qui terminent le ch. XVI dans notre texte, sont
placés dans un certain nombre de documents (L, 200 Mnn., Lectionnaria, Vers. Svr. Phil.) à la fin du ch. XIV; d’où l'on peut inférer que pour ces auloriiés les ch. suivants ne faisaient pas partie de Pépitre.
Semler supposa que c’étaient là deux appendices remis par Paul aux porteurs de sa lettre, pour leur indiquer les noms des docteurs qu'ils devaient visiter dans leur voyage. Le ch. XV devait former le sujet d’un entretien qu'ils auralent avec eux. Paulus, de Heidelberg, les envisagea comme un supplément destiné uniquement aux membres les plus avancés de l’église romaine. Griesbach, puis Eichhorn, virent dans le ch. XV un supplément ajouté après coup, lorsque le ch. XIV était déjà rédigé, le ch. XVI était selon eux la réunion de plusieurs billets adressés
1 « Caput hoc (XVI, 25-27) Marcion de hàâc epistolà penitüs abstulit et non solum hoc, sed ct ab eo loco ubi scriptum est : Omne autem quod non est ex fide, pecatum est, usquè ad finem omnia dissecuit.» F. Nitzsch a entendu ce dissecuit non d’un retranchement Lotal, mais d’une simple mutilation. Mais Rôünsch, dans Ztala und Vulyata, a prouvé que dissecare était employé, dans le latin vulgaire de l’époque, dans le sens de desecare. L'opposition dans cettephrase n'est pas entre les deux verbes penitès abstulit et dissecuit, mais entre les deux objets caput hoc et omnia.
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séparément par lapôtre, ce qui expliquait les finales multiples que l’on croit discerner dans ce chapitre. Depuis D. Schulz, l'on admet plutôt que le ch. XVI a été adressé non point à l’église de Rome, mais à celle d’Éphèse, où Phébé devait s'arrêter en se rendant à Rome. Cette supposition repose sur deux raisons principales : la première, que d'aussi nombreuses salutations ont dû être adressées plutôt à une église connue de Paul qu’à une église qui lui élait étrangère; la seconde, que les trois premières personnes saluées, Aquilas, Priscille et Epénète, habitaient certainement Éphèse, d’après 4 Cor. XVI, 19 et Rom. XVI, 9 (vraie leçon). Mais les nombreux critiques qui aujourd’hui partagent cette opinion se divisent sur certains points secondaires. D’après D. Schulz, Reuss, Werss, le fragment adressé aux Éphésiens comprend XVI, 1-20; d’après Weizsæcker, 1-23; d'après Lucke et Lipsius, 1-6 et 17- 20. Ewald et Mangold ne le font commencer qu’au wv. 3. D’autres, autrement. Afin de donner plus de consistance à celte hypothèse d’un fragment de lettre aux Éphésiens inséré dans notre épitre, A. Schultz l'a étendue aux ch. XIE, XII et XIV qui auraient aussi fait partie de cette prétendue lettre. Ces chapitres ne sauraient, dit:1l, avoir appartenu à lépiître aux Romains, puisque la quintessence des exhortations morales qu’ils renferment, avait déjà été exposée par Paul dans les ch. VI-VIHT. Toute cette parte, XII, 4 jusqu’à XV, 6, appartenait donc à une lettre aux Éphésiens, et le morceau de salutations XVI, 3-20 est un autre fragment de la même lettre, que Paul a écrite à une époque beaucoup plus tardive, durant sa captivité romaine. M. Renan est surtout frappé des nombreuses finales que renferment les deux chap. XV et XVE, et dont il compte quatre au moins. Elles prouvent, selon lui, qu'il y à 1c1 amalsame de conclusions diverses appartenant aux exemplaires
multiples de notre lettre, adressés à quatre églises. L’exemplaire destiné à Rome contenait ch. I-XT + ch. XV; un second, adressé à Éphèse, comprenait ch. I-XI + ch. XII- XIV et XVI, 1-20; un troisième, envoyé à Thessalonique, renfermait ch. I-XI + ch. XIT-XIV — XVI, 21-24; le quatrième enfin, destiné à une église inconnue, renfermait Ch. IXE + ch. XTI-XIV + XV, 25-27, — de sorte que chacun de ces exemplaires ne possédait qu'une des finales renfermées dans notre texte.
Baur va plus loin; 1l affirme simplement, avec Marcion, linauthenticité complète des ch. XVet XVE. La position de la doxologie (XVI, 25-27) à la fin du ch. XIV, dans un orand nombre de documents, lui parait un indice significatif dans ce sens. D'ailleurs Paltitude conciliante que prendrait Papôtre dans ces chapitres par rapport au judéochristianisme ne peut convenir au vrai Paul. Puis le faussaire se trahit dans plusieurs petits détails dont le but évident est d’écarter de Paul le soupçon de toute participalion à l’antinomisme marcionite.
Mais, comme 1} était impossible de supposer que Papô-
tre eût terminé sa lettre avec la fin du ch. XIV, Volkmar et Lucht, deux disciples de Baur, ont cherché dans ces deux derniers chapitres quelques paroles vraiment authentiques qui auraient été amplfiées dans la suite. Volkmar les trouve dans les versets XV, 53-XVI, 1-2, en y ajoutant encore XVI, 21-24. Ee reste a été ajouté, en partie en Orient, vers 120, pour produire l'impression d’une relation amicale entre Paul et l’église de Rome; le morceau XVI, 17-20, en Occident, vers 150, pour combattre sous le nom de Paul lhérésie immorale carpocratienne. — D’après Lucht, la fin authentique, dirigée contre la minorité ascétique du ch. XIV, aurait été jugée trop sévère par les presbytres romains, qui la supprimérent. Mais la feuille
qui la contenait fut retrouvée plus tard, et un rédacteur la remania, en en retenant le passage XVI, 21-25 et en l’amalgamant avec une lettre de l’apôtre aux Éphésiens, où se trouvaient les passages XVI, 1-6 et 17-20; il ajouta de son chef XVI, 7-16 et 25-27.
Hilgenfeld, quoique‘ appartenant à la même école, a pris résolument dans son Introduction (voir aussi Zeëlschr. f. hast. Theol., 1855) la défense de l'authenticité de ces deux chapitres, sauf de la doxologie finale XVI, 25-27; c'était l'opinion défendue auparavant par Reiche.
Il n’est pas aisé de se frayer un chemin au travers de ce dédale d’hypothèses dont la variété trahit le caractère plus ou moins arbitraire.
L'opinion la plus radicale, celle de Baur, s'appuie sur un témoignage antique, celui de Marcion, vers 140. Mais si lon pense à la manière dont Marcion mublait les écrits bibliques qu'il admettait, pour les accommoder à ses vues dogmatiques, retranchant par esemple de Fépitre aux Romains les morceaux VIII, 19-IX, 3 et X, 5-XI, 32, on comprend le peu de valeur du témoignage de cet hérétique. Il avait pour retrancher ces chapitres les mêmes raisons que Baur a fait valoir contre leur authenticité.
L'absence de citation chez Tertullien n’est pas tout à fait exacte, comme l’a montré Rônsch; voir Mangold, p. 38. Quant à Irénée, il peut fort bien ne pas avoir cité ces chapitres parce qu'il n’a pas eu l'occasion de le faire, de même qu'il ne cile pas une seule fois d’autres morceaux bien plus importants, comme les huit premiers ch. de fa 2me aux Corinthiens et deux chapitres entiers de la 4re, L'auteur du Fragment de Muratori, contemporain d’Irénée, avait bien probablement en vue Rom. XV, 24 et 28, quand il expliquait la non-mention, dans les Actes, du martyre de Pierre et du voyage de Paul en Espagne, par la raison
que Luc ne racontait que les faits dont il avait lui-même été lémoin (voir Mangold, p. 43, note).
Quant aux raisons internes alléguées par Baur, elles n'ont de valeur que si on admet l’antagonisme de principes qu'il établit entre Paul et les Douze. Hülgenfel lui-même demande avec raison si l’auteur de notre chapitre XV, en appelant Jésus servileur de la circoncision (v. 8), a réellement dit quelque chose de plus en faveur du judaisme que le vrai Paul, quand il fait des païens croyants un rejeton ereffé sur l’olivier franc du peuple d'Israël (XI, 17 et suivant). Pfleiderer {Puulinimus, p. 314%) reconnait linsuffisance des raisons alléguées par Baur!. Du reste, comme Reuss le dit avec raison : € On n’entrevoit pas le moins du monde la possibilité que lépitre se soit terminée avec le ch. XIV » fÉpitres pauliniennes, 1, p. 196).
Les hypothèses compliquées de Volkmar et de Luchi reposent, comme lopinion de Baur, sur la fausse supposilion d’une opposition de principes entre le paulinisme el le christianisme apostolique. Ge que Volkinar laisse subsister d’authentique pour former la conclusion de la lettre est insuffisant pour faire le pendant du préambule F, 1- 16. D'ailleurs s'imagine-t-on que les exemplaires des écrits apostoliques fussent à la merci du premier venu à qui il prenait fantaisie de les falsifier ? [Il est vrai que Lucht met dans ce cas à l’œuvre les presbytres mêmes de l’église romaine, et après cela seulement un falsificateur inconnu. Si fines que soient les observations du critique, elles ne sauraient rendre vraisemblables de telles manipulations opérées sur des écrits qu'enlourait le respect des églises.
Le seul fait propre à soulever des doutes à l'égard de
1 Comparez aussi das Urchristenthum, de ce même auteur :
« L'authenticité de ce ch. (XV) ne saurait être mise en doute. » Du ch. XVI, il rejette seulement v, 47-20 et 25-27 {p. 145).
ces deux chapitres, est la place qu'un certain nombre d’au- Lorités assionent à la doxologie finale, à la fin du ch. XIV. . Ces aulorilés ne sont, il est vrai, ni les documents de l’ancien texte alexandrin (KR B), ni le témoin le plus ancien du texte gréco-latin, le Claromontanus (D), n1 même les Codd. Alexandrinus et Porfirianus (A P, qui lisent ce passage aux deux endroits). On ne peut pas non plus citer en faveur de cette leçon les anciennes versions, syriaque el latine, non plus que les anciens interprètes, Origène et Ambrosiaster. Elle à pour elle seulement un grand nombre de documents byzantine (L, 200 Mnn.), les Lectionnaires et plusieurs Pêres grecs {Chrysostome, Théodorel). Origène mentionne d'anciens manuscrils qui présentaient aussi cette leçon. Exégétiquement 1! n’est pas possible de rattacher rationnellement celle doxologie aux derniers mois du ch. XIV : Ce qui se fait sans la foi est péché. » Hofmann Va essayé, inais en vain. Il faudrait donc en tout cas admettre dans le texte à la fin du ch. XIV une forte lacune. L’invraisemblance de cette supposition parle contre la leçon des documents qui placent la doxologie à cet endroit et contre celle des documents qui la placent aux deux endroits.
La seule supposition possible serait que, dès une époque très ancienne, toute la portion du texte depuis XIV, 93 à XVI, 24 aurait été retranchée dans un certain nombre de documents Une telle supposition est-elle admissible? Rinck a pensé que des exemplaires mutilés par les Marcionites avaient été employés plus tard dans l’Église orthodoxe et que l’on avait négligé d'y réintégrer les ch. XV et XVE Il ya, me parait-il, une explication moins invraisemblable. On sait qu'un grand nombre des leçons propres au texte byzantin proviennent de modifications exigées par les besoins de la lecture publique; ainsi la substitution si fréquente du nom propre au pronom, au
L'INTÉGRITÉ. (5 commencement des morceaux destinés aux lectures régulières. Or ce sont précisément les autorités byzantines (Minuscules, Lectionnaires, Cod. L) qui présentent la leçon dont nous nous occupons. Pourquoi? Parce que la lecture publique avait uniquement en vue l'édification et que les ch. XV et XVI, ne contenant guère que des détails historiques, d’un intérêt local et temporaire, n'avaient que peu de prix à ce point de vue. Il était donc assez naturel de les oweltre dans ces lectures. Nous avons un exemple frappant de celte manière de faire dans l’extrait syriaque des lettres d’Ignace publié par Cureton. On avait cru un moment que c'était la vraie teneur du texte primitif. Zahn a mis hors de doute, me parait-1l, que c'étaient là des extraits faits à l'usage d’un couvent syrien, et dans lesquels on avait omis tout ce qui n'allait pas à lédification, c’est-àdire tous les détails historiques et personnels qui nous intéressent précisément aujourd'hui à notre point de vue critique. C’est la même raison sans doute qui, à une époque ancienne, a occasionné dans la lecture publique Pomission de nos ch. XV et XVI et par suite, dans les documents byzantins, la translation de la doxologie à la fin du ch. XIV où s’arrêlait cette lecture. On comprend par là que l'influence de ce fait se soit surtout fait sentir «ur les Lectionnaires ou recueils des péricopes et sur des ex-. plications homilétiquès, comme celle de Chrysostoime. On a objecté qu'au Ve siècle Æuthalius, à Alexandrie, faisait rentrer notre ch. XV dans le cycle des péricopes destinées à la lecture publique. Mais lomission des ch. XV et XVI pouvait fort bien remonter à une époque antérieure à Euthalius; 1l y remédia pour le ch. XV. Mais Pomission, maintenue par lui, du ch. XVI confirme notre explication. Quant à la question de l'authenticité de la doxologie, nous y reviendrons plus tard.
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L'autre opinion, qui admet la composition apostolique de ces deux chapitres, mais qui ne peut consentir à reconnaitre leur domicile primitif dans l’épitre aux Romains, a beau être aujourd'hui la plus répandue, elle ne repose que sur des appuis chancelants. On allègue qu’Aquilas et Priscille, que Paul salue XVE, 3, habitaient alors à Éphèse et non à Rome (Act. XVII, 18. 19 et 4 Cor. XVI, 19); Épénète également, d'après Rom. XVI, 5 (conformément à la vraie leçon « prémices de PAsie »). Mais les deux premiers, venus d’abord d’Asie-Mineure à Rome, s'étaient rendus ensuite de Rome à Corinthe, puis de Corinthe à Éphése avec Paul (Act. XVIII, 2). Pourquoi ne seraient-ils pas retournés d'Éphèse à Rome, quand Paul quitta l’Asie- Mineure, et cela afin de préparer son arrivée dans la capitale de l'empire, comme ils avaient préparé son séjour dans la capitale de l'Asie? C’est dans la bouche de ces Juifs ambulants, négociants où industriels, que Jacques met ces paroles : «Aujourd’hui et demain nous irons dans cette ville, el nous v passerons une année, el nous y trafiquerons et y ferons du gain » (Jacq. IV, 13). Une fois l’édit impérial, qui avait chassé de Rome ces deux époux, tombé en désuétude, pourquoi n’y seraient-ils ‘pas retournés? Wesss objecte le peu de temps qui s'était écoulé depuis que Paul, écrivant à Éphèse, saluait les Corinthiens de leur part(1 Cor. XVI, 19). Mais du printemps de l'an 97, où Paul écrivait la {re aux Cor., à l’hiver de l'an 99, où 1l écrivait la lettre aux Romains, il v avait eu un lemps suffisant pour le déplacement supposé. Quant à Épénète, s’il était le premier converli d'Éphèse, c'est qu'il avait été gagné par Aquilas et Priscille, dont l’activité dans cette ville avai précédé et préparé celle de Paul (Act. XVII, 18 et suiv.). Il
n’y a donc rien d’invraisemblable à supposer qu'illes avait
accompagnés, lorsqu'ils s'étaient rendus d'Ephèse à Rome,
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On allègue surtout les nombreuses salutations adressées à une église à laquelle Paul était encore étranger et qu'il est bien plus naturel de supposer adressées à une église où il avait séjourné durant des années. Cette objection me parait déjà résolue par ce que nous avons dit précédemment. Ces personnes étaient des frères et des sœurs que Paul avait connus en Orient et qui avaient contribué à l'établissement du christianisme à Rome. Les qualifications honorifiques qu'il ajoute à leur nom, s'expliquent bien mieux dans ce cas que s’il s'agissait d’une salutation ordinaire occasionnellement adressée. Paul tient à les honorer et à leur témoigner devant toute l'église et même par son intermédiaire (dsraäcache, saluez) l'affection et la reconnaissance qu’il ressent pour eux. Friedländer, dans sa Sillengeschichte Rom’s, dit que Roine foisonnait d’Asiates, et Farrur rappelle la remarque de Strabon qu'il s’y trouvaiten particulier « beaucoup de Tarsiens. » De là ces nombreuses connaissances, compatriotes ou parents (ou7yéveis), que Paul pouvait connaitre et faire saluer à Rome. Aujourd’hui les villes de Paris et de Rome ne fourmillentelles pas d'étrangers des deux sexes, dout un grand nombre sont venus s’y établir dans le but d'y accomplir une œuvre d'évangélisation? Nous ne saurions trouver étonnant que Rome fût devenue le point de mire du zèle religieux des chrétiens d'Orient.
L'on suppose que Phébé devait porter toutes ces salutalions à Éphèse en passant par cette ville. Mais depuis quand le chemin de Corinthe à Rome passe-t-il par Éphèse ?
Les raisons tirées du passage v. 17-20, où Paul met en œarde les chrétiens de Rome contre les docteurs judaïsants, ne me semblent pas plus solides. Cet avertissement, diton, ne peut être adressé qu’à une église où ces docteurs
étaient déjà connus ; autrement Paul devrait les désigner plus clairement; et le terme d’obéissance, v. 19, ne peut s'appliquer qu’à une église fondée par lui-même.— Assurément, s'il s'agissait d’obéissance par rapport à lui, Paul; mais il veut parler de leur obéissance par rapport à l'Évangile, comme 1, 5et VI, 17. Que signifierait en effet une expression comme celle-ci : « Le bruit de votre ohbéissance (envers moi, Paul) est parvenu aux oreilles de tout le monde? » tandis que s’il s’agit de l’obéissance à
l'égard de l'Évangile, cette parole rappelle celle de [, 8. —
Si d’Éphèse l’apôtre écrivait à une église fondée par lui, il ne dirait pas v. 17 : « La doctrine que vous avez apprise, » mais, comme 1 Thess. IV, 1. 2: «Ce que vous avec appris de nous » (comp. 1 Cor. XE, 2; XV, {et suiv.; Philip.
S'il s'exprime si brièvement au sujet des judaïsants, c’est qu'il y avait à Rome quantité de personnes qui, comme Aquilas et d’autres, avaient vécu en Orient au moment de la orande lutte et pouvaient donner des nouvelles de ces sens à l’église de Rome. Et d’ailleurs cet avertissement, v. 17-20, suppose certainement des lecteurs qui n'avaient point encore fait eux-mêmes l'expérience du caractère moral et des manœuvres perfides des adversaires de Paul. Assurément lPapôtre n’eût point parlé ainsi aux chrétiens d'Éphèse au milieu desquels il avait traversé les crises violentes de Galatie et de Gorinthe.
La salutation du v. 16 de la part & de toutes les églises du Christ » est remarquable. Si elle eût été adressée à l’église d'Éphèse, Paul eût dit : toutes les églises de Grèce. Mais celte expression beaucoup plus générale : les églises du Christ, comprenant toutes les églises de Grèce et d'Asie, s'adresse très naturellement à une nouvelle sœur, comme l'église de Rome, ce point central vers lequel se diri-
gaient les regards de toutes les églises déjà fondées en Orient.
Enfin, indépendamment de toutes ces circonstances exévéliques, y at-il rien de plus invraisemblable que le faut supposé qu'une feuille adressée à Éphèse ait pu venir échouer dans l’exemplaire d’une épitre aux Romains conservé dans les archives de l’église de Rome ? Cela supposerait dans l'usage des documents apostoliques une néglivence et une légéreté absolument incompatibles avec le prix qu’on y atlachaut !.
L'hypothèse de Schultz a cet avantage sur la précédente, qu’elle substitue à un simple billet de salutations une leltre sérieuse aux Éphésiens comprenant toute la fin de notre épitre depuis le ch. XII à XV, 6 et de plus XVF, 3-20. La vraie lettre aux Romains reprendrait à XV, 7. Mais, s'il en était ainsi, le vers. XV, 7 aurait dü être la continuation de XI, 36, ce qui frise l’absurde. Le terme de rpoclaufavecha relie évidemment ce vers. à XIV, 1. La raison alléguée par Schultz, que les préceptes divers donnés XIT-XIV font double emploi avec les chapitres VI-VII, n'a pas le moindre fondement. Dans les ch. VI-VITF Paul pose Les bases de la sancüfication chrétienne; dans les ch. XII-XIV il développe en détail les applications et les manifestalions pratiques du principe posé.
1 L'évêque Lightfoot a émis une supposition ingénieuse. On sait que le Cod. gréco-latin G omet dans Rom. I, 7 et 15 les mots àv ‘Pun. Laightfoot pense qu'il existait une édition de l’épitre aux Romains qui Supprimait ces mots, et avec eux nos deux derniers chapitres, et que celte édition provenait de saint Paul lui-même, qui, vers la fin de sa vie, désirant donner à l’épitre adressée à Rome une plus grande publicité, avait supprimé les mols év ‘Peur et remplacé les deux derniers chapitres par la doxologie (voir Salmon, p. 415). Je pense bien que les choses ont pu se passer à peu près ainsi, mais plus tard et non par les soins de l’apôtre.
Toutes les nombreuses hypothèses (Seinler, Griesbach, Eichhorn, Weiss, Reuss, Renan, etc.), qui d’une manière ou d’une autre rompent l’unité de ces deux chapitres et en font des feuilles ou des fragments détachés, nous paraissent en définitive reposer sur le fait auquel Renan à accordé l’importance capitale : la multiplicité de ce qu’on appelle les finales. On en cite cinq : XV, 43; 33; XVI, 90; 24; 25-27. Mais en réalité elles s'expliquent sans qu'il soit besoin de recourir à des hypothèses aussi arbitraires que toutes celles qui ont été proposées.
La première, celle de XV, 15, n’est que la conclusion de la recommandation relative à l'union. La seconde, le vœu ÀV, 33, est amenée par les détails que Paul vient de donner sur sa siluation actuelle et par les inquiétudes que lui inspire ce voyage à Jérusalem pour lequel il réclame lintercession des Romains. Après cela, nous Île reconnaissons, le ch. XVI a certainement, comme en géntral les conclusions des épiîtres de Paul, qui renferment des commissions et des recommandations particulières, un caractère plus ou moins brisé. y a, d’abord, la recommandation de Phébé; puis les salutations de Papôtre, suivies de celles des églises d'Orient. L’avertissement à l’égard des judaisants est un vrai post-scriplum, ainsi que le vœu qui le termine, vœu qui est motivé par le sentiment du danger qui à provoqué cet avertissement. Ce vœu de bénédiction est en même temps celui par lequel lPapôtre à l'habitude de terminer ses lettres. Par là 1l arrive que les salutations des compagnons de lapôtre, de son secrétaire et de son hôte, v. 21-23, sont mises comme en dehors de la lettre; mais, ainsi que nous l’avons dit en parlant de la non-mention de Timothée dans l'adresse, cette manière d'agir est probablement intentionnelle. Gette lettre n’était point une lettre ordinaire. Paul la écrite en
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sa qualité personnelle d’apôtre des Gentils, qu’il ne parlageait avec aucun de ses frères ou collaborateurs. De là celte place tout à fait à part donnée à ces salutations secondaires, dans laquelle on a vu, bien à tort, une preuve de désordre. Quant au vœu du v. 24, il est certainement inauthentique. Sa place, d’après les documents, est à la fin du v. 20. Les documents gréco-latins l'ont transposé ici pour rendre aux salutations des compagnons d'œuvre la place qui leur est ordinairement accordée avant le vœu final. En vérité, si nous nous représentons ce dernier chapitre écrit un peu à bâtons rompus, il ne s’y lrouve rien qui puisse motiver les doutes relatifs à l’unité de sa composition.
Reste la doxologie. Paul avait terminé chacune des parlies principales de cet écrit exceptionnel en élevant l’âme de ses lecteurs jusqu’à l'auteur de ce salut dont il exposait les bienfaits; comp. la fin des ch. VITT et XI et le passage XV, 13. N’était-1l pas naturel qu’il le fit une dernière fois en terminant l’œuvre entière ? Le passage XVI, 95-27 est comme l'accord final qui réunit toutes les notes particulières qui ont successivement retenti dans cet écrit. Les objections contre son authenticité élevées par Reiche, Mangold, Hilgenfeld, Lucht, etc., n'ont rien de décisif. Feuss lui-même ne découvre dans ce morceau quoi que ce soit qui ne puisse être sorti de la plume de Paul. Holtzmann a fait ressortir la relation entre quelques idées et expressions de ce passage et plusieurs morceaux de lPépitre aux Éphésiens ; il en a conclu qu’il faut l’attribuer à auteur imconnu de cette épiître, l’interpolateur de celle aux Colossiens. Mais on peut conclure aussi à l'inverse et dire que le faussaire qui, selon Holtzmanu, aurait composé ou amplifié ces deux lettres à la fin du premier siècle, devait avoir trouvé dans les écrits authentiques de Paul un point
de départ quelconque pour sa composition frauduleuse. Je suis bien convaincu que notre doxologie est due à la même.
pensée que celle d’où sont procédées ces deux lettres ; mais c’est précisément pour moi une raison de ne pas douter de son authenticité.
Mangold allègue la construction incorrecte du & au v. 27. Mais les anacoluthies ne sont pas étrangères au style de Paul, et celle-ci est due au sentiment vif et profond qui a dicté ce morceau, et que ne comporte guêre la composition à froid d’un faussaire. Enfin rappelons-nous que les exemplaires des écrits apostoliques n'étaient pas au pouvoir de quiconque prétendait les manipuler.
Conclusions.
Le poète anglais Coleridge a déclaré que Pépitre aux Romains était à ses yeux ce que l’homme a écrit de plus profond. En effet les deux pôles de lexistence terrestre, le péché et le salut, y sont saisis avec une égale énergie et l’on voit se dessiner avec une admirable netteté, autour de ces deux points fixes, la petite et la grande ellipse du salut individuel et du salut humanitaire.
Dans l’épitre aux Galates, Paul avait montré la relation normale du salut chrétien avec l’économie juive. L'épitre aux Romains embrasse un horizon plus vaste. C'est tout le passé de lhumanité, avec ses deux grands courants, paien et juif, qu’elle nous montre aboutissant au salut chrétien. Elle oppose, non lalliance mosaique, mais le règne de la mort provenant du chef de Phumanité pre-
FANS Nr *.
mière et dont la période de la loi n’est qu'un épisode, au rêgne de la vie émanant du nouveau chef de l'humanité. En conséquence de ce point de départ plus reculé, la perspective d'avenir aussi est plus avancée. Le salut n’est point présenté seulement au point de vue des bénédictions spirituelles auxquelles s'arrête lPépitre aux Galates; la description de l’œuvre divine est poussée jusqu’à la résurreclion des corps et à la restauration de la nature entière. Et quant au rejet d'Israël, à peine indiqué dans les Galates (1V, 30), il est ici traité de front; Paul en montre la relation étroite avec le sort des païens et le présente comme rentrant dans le plan du salut universel, qui correspond au tableau initial de la condamnation universelle.
Ces vastes horizons dans lesquels se meut lépitre aux Romains montrent loute la distance qu’il y a entre cette lettre et celle aux Galates et l'erreur de ceux qui leur assignent le même but, celui de combattre le judéo-christianisme. L’une oppose le pur spiritualisme évangélique à une tentative d'aller la légalité à la foi en Christ; l’autre montre le besoin que l'humanité paienne et Juive a du christianisme. On comprend ainsi que le sujet de l’épitre aux Galates est virluellement renfermé dans celui de l’épitre aux Romains, ce qui explique sans peine l’analogie entre certains passages de l’une et de l'autre.
La relation de cette épitre avec les deux aux Corinthiens, qui l’ont immédiatement précédée, est d’une tout autre nature. Ces trois écrits traitent trois sujets d’ordres diffé-
rents, mais propres à se compléter : le salut — c’est le sujet de l’épitre aux Romains, — l'Eglise — c’est celui de la première aux Corinthiens, — le ministère — c’est
celui de la seconde aux Corinthiens. Aucun plan préconçu n’a présidé à cet arrangement, car dans ce cas elles eus-
sent été composées dans l’ordre indiqué et non dans l’ordre inverse. À chaque fois le sujet a été donné par des circonslances locales et occasionnelles.‘Et pourtant ces trois écrits n’en forment pas moins une remarquable trilogie : le salut, but suprême ; l'Église, colonne de ce salut dans l’humanité ; le ministère, point d'appui et, en quelque sorte, colonne dorsale de l’Église. Les deux derniers sujets sont naturellement traités sous l'angle d’une situation très spéciale, ce qui fait qu'il y aura encore place plus lard pour une tractation d’une nature toute différente. Où Paul a-t-1l puisé la connaissance du salut divin telle qu’il l’expose dans notre épitre? Cet enseignement est-il uniquement le fruit de ses méditations sur l'apparition et les paroles de Christ? Ou bien la pensée divine sur ce point central lui a-t-elle été communiquée par voie de révélation positive? Nous savons quelle était sur ce point la pensée de Paul lui-même; comp. Gal. [, 12; 4 Cor. II, 10-49; Éph. HI, 3, et dans notre épître même XVI, 25. Mais l’apôtre ne s'est-il point fait illusion à cet égard? N’a-t-il point pris pour un rayon de lumière venu d’enhaut une clarté qui se dégageait naturellement du travail de sa pensée ? Si le Seigneur est réellement intervenu personnellement! dans la vocation de Paul, comme nous croyons l'avoir prouvé, la question est résolue, non que nous pensions à exclure le travail réfléchi de Papôtre sur les faits connus de lui au moment de sa conversion et sur les passages scripturaires qui s’y rapportalent; mais celui que le Seigneur appelait si directement à éclairer le monde ne pouvait être abandonné à son propre esprit en ce moment décisif pour toute son œuvre future; et la conscience distincte qu'a eue Paul d’avoir été à l’origine de son œuvre l’objet d’une 1illumination supérieure, ne peut avoir été trompeuse. Elle a pour garantie l'appel divin
, FdÉ:
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qui avait précédé et l’œuvre incomparable qui a suivi. Elle est confirmée par l'expérience des mille milliers d’âmes qui ont trouvé, sur la voie tracée ici par l'apôtre, la justification par la foi, d’abord, puis la sanctification par le Saint-Esprit. Ces fruits témoignent de la nature de l'arbre qui les a portés.
Il est remarquable qu’une fois ce fait central, le salut, mis en pleine lumière dans l’esprit de Paul par la révélation, le rayonnement de cette clarté supérieure se soit répandu jusqu’à la circonférence de la connaissance chrétienne, sur tous les points où elle confine aux différents domaines de la connaissance humaine. Nous avons vu l'apôtre s’expliquer avec la plus surprenante netteté de vues sur l’origine de la religion et sur celle du paganisme (ch. 1), sur la loi psychologique qui préside au développement moral de lindividu (ch. VF), sur la vraie raison de l'insuffisance de .a
loi pour sanctüfier (ch. VII), sur l'influence opposée des
deux chefs de la race humaine (ch. V), sur la nature divine de l’État (ch. XIID), sur la marche et le but de l’histoire (ch. ÀT), sur le terme glorieux réservé à la nature en vertu de sa relation organique avec la vie de l’humanité (ch. VID).
Un écrivain à appelé lépître aux Romains la clef d’or des Écritures ; il eût pu dire : la clef d’or de l’histoire. Si en effet le salut est le centre de l’histoire, lever le voile dont ce salut était couvert, c'était jeter le jour sur le fond des choses.
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