‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 25 sur 92 · J. — ORIGINE DE PAUL, SON NOM, SA SITUATION JURIDIQUE, SA FAMILLE · texte numérisé non relu

J. — ORIGINE DE PAUL, SON NOM, SA SITUATION JURIDIQUE, SA FAMILLE

On sait que, dans les textes du Nouveau Testament, l’apôtre est désigné successivement par les noms de Saul et de Paul. Krenkel (p. 20 s. CE, SCHWARTZ, GG A°, 1911; p.665) a%con> testé qu'il ait jamais porté le premier qui était peu usité parmi les Juifs, parce qu'il évoquait le souvenir du roi qui avait désobéi à Samuel et persécuté David. Ce nom, pense-t-il, est aussi peu vraisemblable dans une famille juive que le seraient, dans une famille chrétienne, ceux d'Hérode, de Caïphe ou de Judas. Saul serait, d’après lui, une sorte de quolibet par lequel les chrétiens désignaient le persécuteur du Messie davidique. Cette théorie nous paraît se heurter à diverses objections. Avant d’être rebelle, Saül avait été l’élu de Yahweh et il n’y a aucune invraisemblance à ce qu’une famille qui se vantait d’appartenir à la tribu de Benjamin, ait

donné à un enfant le nom du seul roi d'Israël qui en soit issu (ZAHN, art. Paulus, R. E., XV, p. 70; J. Weiss, Urchr., p. 130). Si Saul avait été un quolibet désignant le persécuteur, on devrait trouver ce nom sous la forme Ya et -non sous la forme X335x:5. On ne comprendrait pas qu’il se trouve dans le livre des Actes, non seulement avant la conversion, mais un cer- / tain temps encore après.

Le nom de Paul apparaît, pour la première fois, dans l’épisode de la conversion du proconsul Sergius Paulus (Actes, 13,9). L’exégèse traditionnelle, depuis Origène (Comm. in ep. ad. Rom., praef.), Jérôme (1n Phmonem, v.1.) et Augustin (Conf., VIII, 4), a cru, bien que ce ne soit pas indiqué dans le texte, que l’apôtre prit le nom du proconsul Sergius Paulus, le premier païen dont la conversion soit rapportée! On invoque l’exemple de Josèphe qui-prit de son protecteur impérial le nom de Flavius. Il est vrai qu’un changement de nom était juridiquement possible? et Dessau* a cité le cas d’un

1. WEIZSAECKER, Ap. Zeit., p. 66; BoEnLic, Geistesk., D'Ho2 MEVER UrSprau- An LI D 4107)

2. MomMseN, Die Rechtsverhältnisse des Apostels Paulus, Z. N. T. W., II, 1901, p. 84. On trouvera dans DEISSMANN {L. v. O., p. 123, n. 18), un exemple de changement de nom.

3. Dessau, Der Name des Apostels Paulus, Hermes, 45 1910, p. 3475.

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cypriote qui adopta le nom d’un des prédécesseurs de Sergius Paulus, C. Ummidius Quadratus. Cette explication est très hypothétique car si l’apparition du double nom de l’apôtre dans le récit de sa rencontre avec Sergius Paulus avait le caractère qu’on lui prête, il serait surprenant’ que l’auteur des Actes ne l’ait pas clairement indiqué.

Le fait de porter deux noms, l’un sémitique et l’autre romain, n’est pas isolé et la formule & xx qu'on trouve dans Actes, 13,9, est courantet. Paul aurait pu, au moment où son activité missionnaire abordait le monde gréco-romain, éprouver le besoin de prendre un nom latin et il pourrait avoir adopté celui qu’il choisit parce qu'il ressemblait à son nom sémitique. Il y a plus : en sa qualité de citoyen romain, l’apôtre devait porter un nom romain complet?. Ramsay: suppose que ce pourraitavoir été, par exemple, Gaius Julius Paulus ou un nom analogue. Cette restitution est entièrement conjecturale et donc sans intérêt. On pourrait plutôt penser avec

1. On en trouvera de nombreux exemples dans DEISSMANN, Bibelst., p. 1825.

2. Boen1iG, Geistesk., p. 153; Juster, 11, p. 220; Jo. Weiss, Urckhr., p. 133.

3. Pauline and others Studies, London, 1906, p. 65. Ramsay suppose que Luc n’a pas donné le nom complet parce qu’en tant que grec, il ne s’intéressait pas au nom romain de l’apôtre.

Zahn (R. E., XV, p. 70) que Saul nomen gentilicum de l’apôtre lui aurait servi de nomen, Paulus serait son cognomen, son praenomen serait inconnu. S'il en était ainsi ce serait dès son enfance que l’apôtre aurait porté les deux noms de Saul et de Paul, il se serait servi du premier dans ses rapports avec les Juifs et du second dans ses relations avec les Romains.

Paul est né, sans doute, nous l’avons vu, aux environs de l’ère chrétienne, à Tarse en Cilicie!, Sa nationalité juive ne paraît pas avoir été mise en doute par ses adversaires?. Krenkel (p. 4 s.)

1. Ce fait résulte de trois passages des Actes (9,11 ; 21,39 ; 22,3). Les confirmations que l’on a cru en trouver ne résistent pas à l’examen ou, du moins, se révèlent comme dépendant du témoignage .des Actes. C’est ainsi que ZAHN (R. E., XV, p. 68) fait valoir qu'après sa conversion Paul séjourne un certain temps à Tarse et que c’est là que Barnabas va le chercher pour le conduire à Antioche (Actes, 11,25). Tous- SAINT (L’'apôtre Paul et l'Hellénisme, Paris, 1921, p. 205) met en avant un fragment des Acta Pauli découvert dans les écrits de Cyprien (Harnack, Patristische Miszellen, Leipzig, 1899, T. U., N. F.1V, 3 b.), où il est dit que Paul revêt «un habit de Tarse » (Tharsicam veslem).

2. KRENKEL, p. 3. L'opinion contraire est soutenue par Toussaint (l’Ap. P. et l’hell., p. 190) qui s’appuie sur des passages comme 1 Cor., 11,22 s., Phil., 3,4 s. où Paul se vante de ses privilèges juifs ; mais il paraît bien que, dans ces passages, Paul énonce des faits que ses adversaires connaissaient et ne songeaient pas à contester. L'origine juive de Paul a été niée par les Ébionites qui racontaient que, grec de race, il s’était fait circoncire dans l'espoir d’épouser la fille

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a essayé de montrer que le témoignage des Actes sur le lieu de naissance de Paul était sans valeur. Il aurait été déduit du surnom de Taos:x porté par lui, surnom qu'un séjour de quelque durée dans la capitale de la Cilicie suffirait à expliquer. Le surnom serait resté parce que l’apôtre était à Tarse au moment où les chrétiens de Judée entendirent pour la première fois parler de son activité missionnaire (Gal. 1,21). Mais il n’est guère vraisemblable que le surnom de Tarsiote ait pu être donné à un homme qui n’aurait fait à Tarse qu’un séjour occasionnel. Semblable hypothèse ne saurait être envisagée que si, par ailleurs, une tradition solide attribuait à Paul un autre lieu d’origine que Tarse. Il est vrai que saint Jérôme, dans son commentaire sur Phm.,23 dit qu'on racontait à Giscala, petite ville de la Galilée, que les parents de Paul en étaient originaires et que, lorsque la province fut dévastée par la main des Romains, et les Juifs dispersés dans le monde entier, ils furent transportés à Tarse ville de Cilicie et que Paul jeune homme (adulescentulus)

du grand-prêtre et que, repoussé par eile, il poursuivit lejudaïsme tout entier de sa haine (ÉprpHANE, Haer., 30,16.25). Cette accusation s'explique par des raisons dogmatiques sans. qu'il soit nécessaire de faire intervenir aucune tradition historique.

suivit le sort de ses parents!. Que peuvent valoir des traditions sur la famille de Paul recueillies au temps de saint Jérôme et ne faut-il pas penser que le désir des gens de Giscala de faire de leur ville un lieu de pèlerinage suffit à les expliquer ? Jérôme parle de la dévastation de toute la province et de la déportation des Juifs en des termes qui font penser aux événements de 69 et non à la répression de la révolte qui suivit la mort d'Hérode le Grand?. Krenkel estime que cette inexactitude ne ruine pas entièrement le témoignage des gens de Giscala et il tente de justifier leur affirmation par diverses considérations. La principale est qu’on comprendrait malaisément comment, à un moment où personne ne songeait à contester le témoignage des Actes sur la naissance de Paul à Tarse, aurait pu se constituer une tradition donnant à l’apôtre une autre origine, mais il faut remarquer que le

1. La même histoire est reproduite sous une forme plus brève dans le De viris ill.,5, mais Jérôme y emploie le terme de commigravit (Dans In Phm., 23 il y a tanslatos). Ce désaccord peut. faire douter de la solidité de la tradition recueillie par Jérôme.

2. Il faut ajouter que si Paul, jeune homme, avait été emmené en captivité en même temps que ses parents, il n'aurait pu

posséder par sa naissance le droit de cité romaine. Cf. Momm- SEEN, 2 N A ON, CIT, 1901 %p282n.41°

3. Zanx (Zur Lebensgeschichte des Apostels Paulus, N. k. Z., XV, 1904, p. 29) souligne de même l’indépendance du témoignage de Jérôme à l’égard des données du Nouveau Testament.

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moment où apparaît cette tradition est celui où l’on commence à s'intéresser aux pèlerinages aux lieux saints. De plus, la tradition relative à Giscala, loin d’être en opposition avec celle qui se rapporte à Tarse, est venue se greffer sur elle. Krenkel et Zahn ajoutent que, dans l’hypothèse de l’origine galiléenne de Paul, il y a certains faits (éducation de Paul à Jérusalem, autorité dont il y a joui, présence dans la ville de son neveu) qui s'expliquent mieux que si l’apôtre était venu de la Diaspora. Zahn (N. k. Z., XV, 1904, p. 32) voit même une sorte de disposition providentielle dans l’origine galiléenne de Paul qui l’aurait prédisposé à devenir l’apôtre du galiléen Jésus. Nous ne croyons pas ces considérations décisives puisque le zèle juif de la famille de Paul suffit pour expliquer les faits dont il s’agit.

S'il ne faut pas entièrement rejeter le témoignage de Jérôme!, tout ce qu’on pourrait en retenir c’est que la famille de Paul se donnait, à tort ou à raison, Giscala comme patrie d’origine, mais ceci même ne saurait être considéré comme une donnée au-dessus de toite contestation.

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