‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 31 sur 92 · Voir les textes cités par LIETZMANN, p · texte numérisé non relu

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sens généralet ne fournit aucune indication précise sur le mal dont Paul pouvait être atteint.

Le dernier des passages que nous avons à examiner est 11 Cor., 12,7-9 : « Afin que je ne m'enorgueillisse pas, il m'a été donné une écharde dans ma chair, un ange de Satan qui me soufflette afin que je ne m'’enorgueillisse pas. Trois fois, à son sujet, j’ai prié le Seigneur qu'il s'éloigne de moi mais il m’a dit : ma grâce te suffit, la puissance est parfaite dans la faiblesse ».

On peut, sans hésiter, écarter l’hypothèse ancienne qui voit ici une allusion à des tentations charnelles. La manière dont Paul parle dans I Cor., 7 montre qu’elles n'avaient pas de prise sur lui. Comment, s’il en avait été autrement, l’apôtre aurait-il pu souhaiter aux Corinthiens d’être à cet égard comme lui-même (7 Cor., 7, 7) ? Aussi peu vraisemblable est l’interprétation qui voit ici les obstacles de toute nature que Paul rencontrait dans son ministère et qu’il pouvait considérer comme des entraves suscitées par Satan (cf. Z Thess,,2,18). Cette interprétation se heurte aux termes « dans la faiblesse » et « dans la chair » qui imposent, croyons-nous, comme le reconnaît l'unanimité des exégètes modernes, l’idée d’un mal physique.

Preuschen (Paulus als Antichrist, Z. N.T. W., II, 1901, p. 193-195) a vu dans ce texte une allu-

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sion à une forme atténuée de la lépre. Le terme de sx#kcy devrait, d’après lui, être pris au pied de la lettre et viserait les morsures du mal. Le mot «souffleter » se rapporterait aux taches de lèpre au visage. Preuschen fait remarquer que le mot hébreu qui signifie lèpre vient d’une racine dont le sens est « frapper » et que le traité talmudique consacré à cette maladie est intitulé «negaim» Ce qui signifie «les coups ». Dans l'hypothèse de la lèpre, on comprendrait la purification à laquelle Paul se soumet en arrivant à Jérusalem. Outre que cette théorie repose sur de bien subtiles combinaisons, on peut lui opposer que, même en admettant que les Grecs et les Romains n’aient pas pris à l’égard des lépreux des mesures aussi rigoureuses que les Juifs, on ne peut comprendre, dans cette hypothèse, le ministère de Paul au cours duquel il a été en contact non seulement avec des Grecs mais aussi avec des Juifs. Quant à faire intervenir’ l’idée d’une forme atténuée de la lèpre, il est évident que, dans la mesure où elle porte, elle détruit le système de Preuschen et que, dans la mesure où elle le laisse subsister, elle ne porte pas.

Bachmann (p. 392) a fait ne observer que Paul demande à Dieu que l’ange de Satan s'éloigne et non qu’il ne revienne pas. Par suite,

le mal dont il parle devait avoir un caractère chronique et ne pas consister en crises laissant entre elles des intervalles de répit. Il y a là un argument très sérieux contre l'hypothèse de ceux! qui pensent que Paul veut parler ici d'attaques d’épilepsie.

L’apôtre établit une relation étroite entre le mal dont il souffre et les visions. Schmiedel (p. 294) pense que cette relation est directe et beaucoup d'auteurs se sont appuyés là-dessus pour soutenir que c’était pendant des crises

d’épilepsie que l’apôtre avait ses visions et ses extases. Mais, en général, les épileptiques ne con-

servent pas le souvenir de ce qui s’est passé pendant leurs crises tandis que Paul, quand bien même il évite d’en parler avec trop de précision, a le souvenir très net de ses visions. En second lieu, Paul attachait trop de prix aux révélations qui lui étaient accordées pour avoir pu les mettre en relation organique avec ce qu'il tenait pour

des manifestations démoniaques et pour avoir pu demander à Dieu de le délivrer de ce qui lui

1. W.-K-.L. Zrieccer, Theol. Abhandl., II, Goettingen, 1804, p. 127 s.; HozsreN, Zum Evangelium des Paulus und Petrus, Rostock, 1868, p. 28-32, 85-87, 395 n. 1 ; KRENKEL, p. 47-126; Scamiepez, H. C., II, 1, p. 294 s.; WENDLAND, Hell-rôm. Kult., p. 125; Bousser, Schr., II, p. 217 (avec hésitation) ; Fiscxer, Die Krankheit des Apostels Paulus, Gr. Lichterfeld, 1911.

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apparaissait comme étroitement lié à elles. Il vaut donc mieux penser que le rapport affirmé par Paul est non pas d’ordre physique mais d'ordre téléologique. La réponse de Dieu à ses prières, réponse qui a été sans doute l’interprétation qu’il a donnée de leur non-exaucement, a été la révélation du sens mystérieux de son épreuve. On ne peut donc faire état des visions comme d’un symptôme direct du mal dont il souffrait!.

Rien n'autorise donc à voir dans 11 Cor., 12, 7-9 une preuve que Paul était épileptique. Les arguments complémentaires apportés par Krenkel perdent une grande partie de leur valeur s’ils ne peuvent être appuyés sur ZI Cor., 12, 7-9. Il suffira de les passer rapidement en revue.

Mentionnons d’abord la confirmation du diagnostic d’épilepsie que l’on a cru trouver dans : des accidents oculaires dont Paul aurait souffert mais qui ne nous paraissent pas établis par les textes de l’épître aux Galates que l’on invoque. Ce que les Actes y ajoutent est de peu de valeur. Il y a d’abord le fait que d’après 9,9

1. Ce qui ne veut pas dire, bien entendu, que le tempérament nerveux de Paul ne l’ait pas prédisposé aux visions. Il convient d’observer que l’état des esprits au temps de Paul faisait des visions un phénomène beaucoup plus répandu que de nos jours.

et 22,11, Paul resta trois jours aveugle après l’événement du chemin de Damas (KRENKEL, p. 111): Mais il ne faut pas voir dans le récit qui nous est donné de cet événement une relation préciseet, dans la cécité de Paul comme dans les écailles qui tombent deses yeux (9,18), on doit certainementreconnaître des détails allégoriques?. On a aussi invoqué l'épisode d’Actes, 23, 2-53 où Paul ne reconnaît pas le grand-prêtre, mais le récit n’est pas assez clair pour qu’on puisse affirmer que ce soit à cause de sa mauvaise vue. Il y aurait lieu de rappeler aussi que nous sommes loin d’avoir un procès-verbal de la séance du sanhédrin et que le détail considéré pourrait fort bien avoir été introduit pour illustrer l’indignité du souverain pontife et la déférence de l’apôtre pour les autorités de son peuple.

Krenkel (p. 111 s.) invoque encore les faits

suivants :

19 Sur le chemin de Damas, Paul tombe à terre (Actes, 9,4. 8 ; 22,7 ; 26,14), ce qui caractérise bien la crise d’épilepsie avec cette réserve

1. 11 faut remarquer que le détail des trois jours manque au chapitre 22 et toute l’histoire de la cécité au chapitre 26.

2. On doit ajouter que l’idée que contempler la divinité rend aveugle était très répandue dans l’antiquité. Cf. WEND- LAND, Hell.-rôm. Kult., p. 125 n. 7.

3. NyecaArD, L’écharde de saint Paul, Revue chrétienne, 1878, p. 184 s.

toutefois que le patient n’a pas de souvenir de ce qui s’est passé ;

29 A son arrivée à Damas, Paul jeûne pendant trois jours. Or trois jours de jeûne étaient recommandés par les médecins de l’antiquité après les: crises d’épilepsie.'

‘Pour pouvoir retenir ces deux arguments, il faudrait d’abord attribuer au récit des Actes une précision qu’il ne nous paraît pas avoir. Si on s’y décidait plusieurs faits resteraient à expliquer. Dans un des récits il est dit que les assistants entendent la voix céleste mais ne voient pas la lumière (9,7), dans un autre qu’ils voient la lumière mais n’entendent pas la voix (22,9), dans le troisième, enfin, qu'ils tombent à terre en même temps que Paul (26,14). L’intention du narrateur est de souligner le caractère objectif du phénomène. La contradiction est sans portée, elle montre cependant qu'il serait imprudent de faire fond sur le détail du récit. La même observation porte aussi sur le deuxième point. Il n'est question des trois jours de jeûne ni au chapitre 22, ni au chapitre 26, leur historicité est donc sujette à caution et l’on pourrait se demander si l’auteur n’a pas pensé ici au jeûne précédant le baptême.

Enfin Krenkel (p. 112 s.) rappelle que la médecine antique recommandait à ceux qui

avaient eu une crise d’épilepsie de se faire raser la tête. Or, Paul s’est fait raser la tête à Cenchrées (Actes, 18,18): ce qui, pense Krenkel, doit être retenu comme historique bien que l’explication qui en est donnée — un vœu qu'aurait fait l’apôtre — soit sujette à caution parce qu'elle ne s’accorde pas avec les idées de Paul sur l’abrogation de la Loi juive. On doit remarquer d’abord que la rédaction du texte est obscure et qu'il n’est pas certain que la phrase considérée se rapporte à Paul et non à Aquilas. D'autre part, il faut distinguer entre les idées théoriques de Paul et son attitude pratique. Ne dit-il pas qu'il s’est fait juif pour les Juifs (I Cor., 9,20) et ne s’associa-t-il pas à Jérusalem à une pratique de dévotion juive, se soumettant lui-même à une purification rituelle (Actes, 21, 23-27)??

1. KRENKEL (p. 114) fait aussi remarquer que Phœæbé, la diaconesse de Cenchrées avait rendu service à Paul (Rom., 16,2). I1 pense qu’elle l’avait soigné au moment d’une de ses crises. Il est à peine besoin de dire que cette explication toute conjecturale est loin d’être la seule qu’on puisse imaginer.

2. Les objections qui portent contre l'hypothèse de lépilepsie, portent en même temps contre celle de l’hystérie (admise par BinxswaNGEr, Lehrbuch der Psychiatrie?, 1907, p. 41 ; LIETZMANN, Cor., p. 153 s. et LomBarp, Les extlases et les souffrances de l’apôtre Paul, Rev. de théol. et de phil., 1903, p. 483). Il faut ajouter qu’en l’état actuel des idées sur l’hystérie, telles qu’elles résultent notamment des travaux de

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Il résulte, nous semble-t-il, de l’examen des textes qu’il est impossible de porter un diagnostic précis?, qu’il s'agisse d’épilepsie, de maladie oculaire (glaucome ou trachome})® ou d’un

Babinski, le diagnostic d’hystérie est particulièrement délicat à porter, à plus forte raison quand il s’agit d’un diagnostic rétrospectif. En outre, ce que nous connaissons de la vie de Paul est en contradiction avec les rétrécissements du champ de conscience et les affaiblissements de la personnalité qui caractérisent la psychologie des hystériques telle qu’elle a été décrite dans les travaux de PIERRE JANET (L'état mental des hystériques?, Paris, 1911).

2. C’est la conclusion à laquelle aboutissent beaucoup de critiques en admettant, d’une manière générale, l’état nerveux de l’apôtre. On peut citer ici :: RENAN, Les Ap., p. 1715.; Heinrici, 11 Cor., p. 402 ; Lrpsrus, H. C., II, 2, p. 51 ; Har- NACK, Medizinisches aus der alten Kirche, Leipzig, 1892, T. U., VIII, 4, p. 93s.; SEELIGMÜLLER, War Paulus Epileptiker?, Leipzig, 1910 ; Rour, Paulus und die Gemeinde in Korinth, Freiburg i. B., 1899, p. 5 n. 5; JacquiEer, Histoire, I, p. 34. ZAHN (R. E., XV, p. 70) hésite entre les trois diagnostics de neurasthénie, de maladie oculaire et d’épilepsie.

3. Parmi les auteurs, autres que ceux que nous avons déjà cités, qui admettent l’hypothèse de la maladie oculaire on peut nommer : LomLer, Ann. d. ges. theol. Lit., 1831, p. 276; WEIZSAECKER, Ap. Zeit., p. 76; CREIGHTON, art. Diseases of the eyes, Enc. Brit., II, c. 1456 ; KOTELMANN, Verh. d. 48 Phi- . lologenversammlung, 1906, p. 170-172, id. Die Ophtalmologie bei den Hebräern, Hamburg, 1910 (d’après Nowacr, Th. Litzg:, 1911, ©. 41) ; GRIMBERT, La maladie oculaire de saint Paul et l'apparition du chemin de Damas, Bulletin de la société française d'histoire de la médecine, mars-avril, 1923, p. 114-118 ; LomBaRD, Rev. d. th. et d. ph., 1903, p. 464-467; MeYeRr, Urspr tu An, LIL "p388.

autre malt. Tout ce qu’on peut dire, c’est que Paul a souffert d’un mal chronique qui donnait à son apparence quelque chose de chétif et de faible ; il était certainement impressionnable à l’excès et devait traverser des moments de profonde dépression. Ainsi s'explique la manière très vive dont il ressentait ies attaques de ses adversaires et les alternatives de découragement et d'enthousiasme par lesquelles il passait et que révèlent notamment ses relations avec l’Église de Corinthe. En outre, Paul a certainement traversé à diverses reprises des crises aiguës mais on ne peut affirmer ni qu'elles aient toujours été de la même nature, ni qu’elles aient été en relation avec son mal chronique.

Tout cela donne à sa vie un caractère éminemment dramatique par le contraste qu’il y a entre la faiblesse de ses moyêns physiques et la puissance de son action.

1. On a pensé à des hémorrhoïdes (BERTHOLDT, Opuscula academica, Leipzig, 1824, p. 134 s.), à des migraines (WABNITZ, Le mal dont l’apôtre Paul a souffert pendant sa carrière apostolique, Rev. d. th. et des quest. rel., 1905, p. 495-502), à la malaria (Ramsay, The Church in the roman Empire, p. 62-64, Paulus in. d. Apgsch., p. 765s.), à des rhumatismes (hypothèse émise par Renan ,cf. MARY JAMES-DARMESTETER, Vie d Ernest Renan, Paris, 1898, p. 17), à la fièvre de Malte (ATEXANDER, St. Pauls infirmity, Expos. Times, XV, p. 469), etc.

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