IV. — L'ÉDUCATION GRECQUE DE PAUL
Il n’est pas sans intérêt pour la formation de Paul qu’il soit né à Tarse* et que, sans doute, il
1. KRENKEL (p. 39 s.) fait remarquer avec raison que ce sentiment de la famille est aussi très profond chez Jérémie qui cependant renonça au mariage (16,1 s).
2. Il est vrai que Josèphe emploie des termes analogues à propos d'hommes d’une quarantaine d’années dont plusieurs avaient des enfants (Voir les textes cités par KRENKEL, p. 31). Il faut cependant reconnaître que l’argument indiqué ne serait pas à lui seul décisif, car si nous ne possédions que le livre des Actes nous pourrions aussi penser que Pierre n’a pas été marié.
3. Sur Tarse voir l’importante étude de Bôuxzre, Die Geisteskultur von Tarsus, Goettingen, 1913. L'influence de Tarse sur Paul est niée par PRAT (1, p. 18).
y ait, Comme nous essayerons de le montrer, reçu sa première éducation. Située à un carrefour important de routes, à l'entrée du défilé du Taurus qui conduit à l’intérieur de l’Asie Mineure et, par là, de l’Asie, Tarse est à la frontière de deux mondes. Assujettie tour à tour à l’Assyrie, à la Macédoine et à Rome, siège d’une importante colonie juive, Tarse a vu passer sur elle les flots des diverses cultures philosophiques et religieuses de l’Orient et de Rome. Au temps de Paul, elle était le siège d’un syncrétisme original et il se pourrait que, dès ce moment-là, le culte de Mithra y ait pénétré. Au point de vue philosophique, Tarse était, au témoignage de Strabon (XIV, 10, 13-15), l’égale d'Athènes et d'Alexandrie, mais, tandis que les écoles de Grèce et d'Égypte étaient surtout fréquentées par des gens venus du dehors, celles de Tarse l’étaient par des habitants du pays, ce qui suppose un milieu remarquablement cultivé. Beaucoup de ceux qui y avaient été formés allaient ensuite compléter leurs études ailleurs et ne revenaient pas se fixer à Tarse en sorte qu'ils étaient, dans le monde grec, comme des missionnaires de la culture de Tarse. Paul a bien été, à ce point de vue, un Tarsiote.
Parmi les philosophes originaires de Tarse ou de ses environs, on cite Aratus, Apollonius et
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son fils Chrysippe, Zénon, Antipater, Archidémos, Cratès, un des maîtres de Panétius, Héraclide, les deux Athénodores dont le plus jeune fut le précepteur d’Auguste. Strabon nomme encore les grammairiens Artémidore et Diodore et le poète dramatique Dionysiadés.
Que Paul ait reçu sa première éducation à Tarse, cela résulte de la langue même qu'il parle. Les épîtres prouvent, en effet, que l’apôtre maniait le grec comme sa langue maternellet, S'il faut certainement rejeter comme erronée la théorie de Blass sur la prose rythmée de Paul? et s’il y a lieu aussi de formuler de sérieuses réserves sur le système de rythme et de strophes que Loisy a cru retrouver dans les épîtres?, ce serait une erreur non moins grave que de qualifier le style de Paul de populaire et de non-littéraire Car, ainsi que l’a justement remarqué