Meyer, Urspr. u. Anf., p
188 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
Certains auteurs! cependant ont cru pouvoir écarter complètement le témoignage des Actes et soutenir que c'était seulement dans la Diaspora, sans doute à Damas, que Paul avait persécuté les chrétiens.
Si cette opinion était établie, elle ne serait pas sans importance pour la manière dont ik convient de se représenter la préparation de Paul au christianisme. Celle-ci se serait faite, au contact, non pas de la communauté de Jérusalem, mais d'Églises de la Diaspora dont nous ne savons rien, mais par lesquelles Heitmüller (ZN'T°WE XI, 1912; p. 329) a cependant pensé qu’il faudrait expliquer le caractère propre du paulinisme.
Les arguments invoqués pour nier que Paul ait persécuté les chrétiens de Jérusalem sont tirés de l’épître aux Galates. Parlant de la période qui a suivi sa conversion, Paul dit : « Je ne montai pas à Jérusalem » (1,17), il ne dit pas : «Je n’y revins pas », ce qui, dit-on, prouve qu’il n’y était pas auparavant. On ne serait en droit de souscrire à cette conclusion que si le contexte imposait une allusion au séjour de
1. MomMsEN, Z. N. T. W., II, p. 85; Loisy, Gal., p. 69, Actes, p. 389; ScHxwaARTZz, Z. Chronologie, p. 275 ; HEITMÜLLER, Zum Problem Jesus und Paulus, Z. N. T. W., XIII, 1912, D: 22785
Paul à Jérusalem avant sa conversion. Or, tel ne paraît pas être le cas. Dans tout le passage, l’apôtre envisage la conversion comme le commencement de quelque chose d’absolument nouveau. Ce qui lui importe c’est d’exposer clairement quelles ont été ses relations avec l’Église de Jérusalem à partir du moment où il est devenu chrétien, afin de montrer que ce n’est pas des Douze qu'il tient son Évangile. À ce point de vue, les séjours antérieurs de Paul à Jérusalem sont sans intérêt ; il n’y avait aucune raison de les mentionner.
On remarque aussi que, parlant &e la période où, après sa visite à Pierre, il séjournait en Cilicie et en Syrie, Paul dit : « J'étais inconnu de visage des Églises du Christ, qui sont en Judée. Elles avaient seulement entendu dire : Celui qui nous persécutait autrefois prêche maintenant la foi qu’alors il combattait. Et elles glorifiaient Dieu à mon sujet » (1,22-24). Il y aurait, pense-t-on, contradiction entre la persécution des Églises de Judée par Paul et le fait que, postérieurement à l’époque où elle se placerait, il aurait été personnellement inconnu des chrétiens de Judée. Mais il n’est pas légitime de trop presser les termes employés. On y découvrirait sans cela une autre contradiction, les chrétiens de Judée affirmant à la
490 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
fois que Paul les avait persécutés et qu’ils ne le connaissaient past. Il est parfaitement concevable que Paul ait pu persécuter les Églises de Judée tout en restant personnellement.
inconnu des chrétiens qui les constituaient.
Au temps où se placent ces persécutions, l'Église n’était pas encore un établissement constitué en face de la synagogue, il y avait seulement de petits groupes de frères qui, tout en continuant à participer au culte juif, se réunissaient, tantôt chez l’un et tantôt chez l’autre. La persécution ne pouvait consister qu’en mesures contre des personnes qu’il fallait d’abord dépister. Dans ces conditions, les chrétiens avaient toutes les raisons possibles d'éviter la rencontre de leur persécuteur. La lutte a pu se poursuivre un certain temps, sans qu'il y ait eu de contact personnel entre le persécuteur et ses victimes. Il faut ajouter que la persécution a provoqué une émigration importante et qu'il y a eu ainsi un renouvellement considérable des membres de l’Église. Il est ainsi possible qu’une dizaine d’années après les persécutions, la majorité des membres ded’Église de Jérusalem ait pu ne pas connaître Paul.
D'ailleurs le plus naturel paraît être d'admettre