MEYER, Urspr. u. Anf., III, p
que, dans le passage considéré, Paul veut dire qu’au moment dont il parle, il n’était pas encore entré, Comme chrétien, en relation avec l’Église de Jérusalem.
On doit ajouter que nous n'avons aucun renseignement sur l'existence de communautés dans la Diaspora avant la conversion de Paul. La mission dont il fut chargé par le sanhédrin s’expliquerait si l'existence de chrétiens à Damas était un fait isolé, beaucoup mieux que si l'Évangile s'était déjà passablement répandu hors de Judée.
Pour apprécier exactement en quoi a consisté la conversion de Paul et comment elle s’est produite, il faudrait savoir ce que le futur apôtre connaissait de la tradition chrétienne au moment où il persécutait la foi qu’il allait bientôt partager. |
Savait-il seulement que les chrétiens révéraient comme l’envoyé de Dieu un homme qui avait ignominieusement péri sur la croix ou bien connaissait-il quelque chose de ses paroles et de ses enseignements ? Ce n’est qu’indirectement que nous pouvons essayer de déterminer quelle était la situation de Paul par rapport à la tradition chrétienne. Il semble, au premier abord, que les épîtres ne fassent au souvenir des faits de la vie de Jésus et à ses
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paroles qu’une place extrêmement réduite. Ce fait a été invoqué par ceux qui voient dans le paulinisme une construction mystique édifiée par un esprit systématique. Mais, à regarder les choses de près, on voit que la rareté des allusions à l’histoire évangélique qu’on relève dans les épîtres tient, pour une part, à la nature de ces documents.
Rien n'autorise à identifier ce que Paul connaissait de la tradition évangélique avec ce qu'il en dit dans ses épîtres. Celles-ci sont adressées à des gens qui ont reçu l’enseignement de l’apôtre ou de ses collaborateurs, enseignement dans lequel le récit de la vie et surtout de la mort de Jésus occupait une grande placet. Elles ne reviennent pas sur cet enseignement fondamental et se bornent à y faire les allusions que les sujets traités rendaient nécessaires.
Le relevé de ces allusions à l’histoire évangélique et à la tradition des paroles de Jésus a été souvent fait?. Nous pouvons nous borner
à noter ici que Paul vise et suppose connus
1. Paul rappelle l’enseignement donné aux Galates en disant que, devant leurs yeux, Christ a été dépeint crucifié (3,1) ce qui signifie que l’apôtre leur avait fait de la mort de Jésus un tableau si saisissant qu'ils pouvaient penser y avoir assisté eux-mêmes,
2. SCHMOLLER, Die geschichtliche Person Jesu nach den paulinischen Schriften, St. u. Kr., 1894, p. 656-705;
beaucoup plus de faits de la vie de Jésus qu’il ne le semble au premier abord. Il s’attache surtout à ce qui se rapporte à la passion. On peut relever dans les lettres de Paul un grand nombre de réminiscences de paroles de Jésus.
Il y a même, dans quelques cas, des citations expresses. La parole du Seigneurest, pour Paul, la plus haute autorité qui se puisse concevoir. Quand il en connaît une qui se rapporte à la question qu'il traite, il la cite et le débat par là se trouve clos. ;
Paul apparaît ainsi nettement comme le porteur d’une tradition. Il serait faux de réduire tout le paulinisme à cela et de lui refuser toute originalité, mais c’est une erreur non moins grave que d’insister seulement sur ce qu’il contient de nouveau.
Cette tradition qui est à la base de la cons-
Drescuer, Das Leben Jesu bei Paulus, Giessen, 1900 ; STURM, Der Apostel Paulus und die evangelische Ueberlieferunÿg, Berlin, 1897-1900 ; Lcovo, Historic Christ in Letters of Paul, Bibliotheca Sacra, 1901, p. 270-293 ; FEINE, Jesus Christus und Paulus, Leipzig, 1902; Maurice GoGuez, L’Apôtre Paul et Jésus-Christ, Paris, 1904; KNowLziNG, Die geistige Einwirkung der Person Jesu auf Paulus, Goettingen, 1906; Jon. Weiss, Paulus und Jesus, Berlin, 1909; Dauscx, Jesus und Paulus, Münster, 1911; Mo, Paulus und die evangelische Geschichte, Leipzig, 1912 ; G. KiTTEL, Jesus bei Paulus, St. u. Kr., 1912, p. 366-402. Voir aussi le chapitre que nous consacrons à la tradition évangélique chez Paul dans notre livre Jésus de Nazareth, mythe ou histoire, Paris, 1925.
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truction religieuse et théologique édifiée par lui, dans quelles conditions Paul l’a-t-il reçue ? Est-ce avant ou après sa conversion ? Dans l’épître aux Galates, l’apôtre insiste avec beaucoup d'énergie sur le fait qu'après sa conversion, il n’est pas venu à Jérusalem auprès de ceux qui étaient apôtres avant lui et que ce n’est que trois ans après, sans doute alors qu'il avait déjà fait œuvre de missionnaire, qu'il vints’entretenir avec Pierre et qu'il rencontra aussi Jacques (Gal., 1, 18-19). Il est difficilement concevable que Paul soit, à ce moment-là seulement, entré en contact avec la tradition évangélique. Dès lors, deux hypothèses restent ouvertes : ou bien Paul a été initié à l’histoire évangélique à Damas au lendemain de sa conversion, ou bien il la connaissait déjà auparavant. Rigoureusement, il faut le reconnaître, nous ne sommes pas en état de nous prononcer entre ces deux alternatives. Il semble pourtant que ce soit plutôt vers la seconde qu'il convienne d’incliner, car il est infiniment vraisemblable qu’au cours des discussions qu'il avait soutenues avec les chrétiens de Jérusalem, Paul avait dû être mis au courant de ce qu'ils racontaient de la vie et de l’enseignement de celui qui était pour eux le : Seigneur.