LES DÉBUTS DE L’APOSTOLAT ET DE LA MISSION
Paul n’a jamais parlé d’un appel à l’apostolat qu'il aurait reçu postérieurement à sa conversion. Dans l’épître aux Galates, il établit un lien étroit entre sa vocation à la foi chrétienne et sa vocation à la mission, spécialement à la mission parmi les païens. C’est parce qu'il voulait se servir de lui pour porter l'Évangile aux païens que Dieu lui a révélé son Fils (Gal., 1,16). Il ne résulte pas de cette affirmation que Paul ait eu immédiatement conscience du but que Dieu poursuivait en l'appelant à la foi. On pourrait ne voir dans la déclaration de l’épître aux Galates que l’expression d’une conviction à laquelle l’apôtre ne serait parvenu que plus tard, à un moment où, jetant un coup d’œil rétrospectif sur sa vie, il y reconnaissait la réalisation d’un plan divin.
Nous sommes mal renseignés sur la période qui suivit la conversion. Nous savons seule-
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ment que Paul s’en alla en Arabie: (Gal., 1,17} mais il ne nous est pas dit ce qu’il vint y faire. Weizsaecker (Ap. Z., p. 79) et Schwartz (Z. Chron., p. 27) ont supposé que Paul avait quitté Damas pour éviter de se trouver en contact, comme chrétien, avec les Juifs quil’avaient connu persécuteur, ce qui aurait pu être dangereux pour lui. L'hypothèse est séduisante mais reste une hypothèse.
Ce que nous savons du tempérament de Paul rend peu vraisemblable qu'il ait éprouvé le besoin de faire, en quelque sorte, une retraite pour méditer dans la solitude?. La vie reli-
1. Par le terme d’Arabie il faut entendre, sans doute, suivant la terminologie de Josèphe, le royaume des Nabatéens qui s’étendait à l'Est et au Sud de la Palestine depuis la région de l’Euphrate jusqu’à la Mer Rouge. Rien ne justifie l’opinion de PFrLEIDERER (Urchr., 1, p. 78) qui pense à une localité de Samarie du nom d’Araba nommée par SL Jérôme non plus que celle de Fries (Was meint Paulus mit Arabia in Gal., 1,17? Z. N. T. W., II, 1901, p. 150 s.) qui propose de corriger ’Apzxëra en ’Apaña et pense à la localité nommée Arab (actuellement Arrabat-el-battôf ; cf. BunL, Geographie der alten Palästina, Freiburg i. B., Leipzig, 1896, p. 222) près de Sephora et de Cana mentionnée par Josèphe (Vita, 51 ;cf. Neu- BAUER, La géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 204 s.). Le fait qu'après le séjour en Arabie, Paul retourne à Damas est défavorable à ces hypothèses à l’appui desquelles on ne peut d’ailleurs fournir aucun argument positif.
2. Ainsi que l’ont pensé quelques auteurs comme Lrpsius (Gal., p. 20), StEFFERT (Gal., p. 66), Zaux (Gal., p. 68) et Meyer (Urspr. u. Anf., III, p. 339).
gieuse a toujours constitué pour lui une impulsion à l’action et non à la méditation. C’est done à la prédication de l'Évangile que Paul a dû consacrer son séjour en Arabiet, On ne peut, comme le fait Zahn (Gal., p. 68), objecter à cette opinion, qui est actuellement celle de la majorité des critiques, qu'il n’y avait pas en Arabie de ces grandes villes que, plus tard, Paul devait de préférence choisir pour y exercer son activité. Rien en effet n'autorise à penser que la méthode missionnaire de Paul ait été immuable et qu’elle ait été, dès le premier moment, constituée comme elle le sera plus tard. Du succès de cette prédication nous ne savons rien, ce qui n’est pas, comme le pense Loisy (Gal., p. 84), la preuve d’un échec; l'hostilité des Nabatéens qui se manifesta peu après indiquerait plutôt que la prédication en Arabie ne fut pas sans quelques résultats. Elle ne semble pas avoir duré longtemps. Paul ne tarda pas à revenir à Damas ; c’est à ce moment sans doute et non immédiatement après la conversion que se place la prédication dans les synagogues dont parlent les Actes (9,20). On sait (Voir p. 88 s.)
1. Lorsy, La carrière de l’apôtre Paul, R. H. L. R., 1920, n. 455. Les Actes (9, 20) ne se trompent sans doute pas en faisant commencer l’activité missionnaire de Paul immédiatement après sa conversion.
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comment elle prit fin. Ce ne fut qu'avec peine que Paul parvint à quitter Damas d’où il gagna Jérusalem. Ce devait être dans le cours des années 32 ou 33.
Il y a, dans le récit que les Actes (9, 19-30) font de cette visite, une série d'erreurs! qui imposent de telles réserves qu’il est plus prudent de n’utiliser que le récit de l’épître aux Galates. « Je montai, écrit l’apôtre, à Jérusalem pour voir Pierre et pour faire sa connaissance?. Je restai avec lui quinze jours et je ne vis aucun autre apôtre*, si ce n’est Jacques, le frère du Seigneur. Ce que j'écris, Dieu m'est témoin que je n’y mens pas » (Gal., 1, 18-20).
La réserve que Paul observa lors de ce voyage est très caractéristique. Cette attitude ne dut pas lui être dictée seulement par le désir de sauvegarder l'indépendance de son apostolat car il ne semble pas qu’un conflit ait, dès ce mo-
1. Elles portent sur le moment du voyage, sur son caractère et sur les conditions dans lesquelles Paul quitta Jérusalem. Pour la critique de ces récits, voir Zntr., III, p. 211.
2. Le verbe forogñoat exprime les deux idées de visiter et d'apprendre à connaître.
3. SIEFKERT (Gal., p. 70) pense que les autres apôtres étaient absents de Jérusalem. Cette opinion ne paraît pas fondée (L1ETZzMANN, Gal., p. 9). Le serment du verset 20 montre quelle importance Paul attache au fait de n’avoir vu aucun des autres apôtres. Aurait-il négligé de dire, s’il avait pu le faire, qu’ils étaient à ce moment-là éloignés de Jérusalem ?
ment-là, éclaté entre Paul et les jérusalémites. La cause de sa réserve fut sans doute l’ensemble des préventions qu'il rencontrait chez les judéo-chrétiens et surtout l'hostilité ouverte des Juifs qui voyaient en lui un renégat. L’apotre dut se cacher pendant ce premier séjour à Jérusalem et Pierre n’osa même pas le présenter à l'Église.
Paul ne fait pas un récit strictement objectif. Il est manifestement préoccupé de répondre à une manière de présenter sa visite à Jérusalem qui en faussait le sens et la portée. On peut reconstituer ce récit en prenant le contre-pied des affirmations de Paul. Ses adversaires devaient soutenir qu'il était venu immédiatement à Jérusalem pour y chercher, en quelque sorte, la confirmation de sa vocation. Paul répond que ce n’est que trois ans après sa conversion qu'il a fait cette démarche’. On disait encore que Paul avait été instruit par les Douze?. Il
1. WEerzsAECKER (Ap. Z., p. 79) pense que c’est avec le sentiment du parti que ses adversaires pourraient tirer de sa venue immédiate à Jérusalem que Paul a ajourné sa visite et qu'il a atlendu pour la faire d’avoir donné la preuve de son apostolat. Mais il est difficile de lui attribuer, dès le début, une attitude de défiance et il paraît probable que s’il n’est pas venu plus tôt à Jérusalem, c’est simplement parce qu’il n’en
a pas éprouvé le besoin.