‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 64 sur 92 · I. — L'ÉGLISE DE THESSALONIQUE APRÈS LE DÉPART DE PAUL · texte numérisé non relu

I. — L'ÉGLISE DE THESSALONIQUE APRÈS LE DÉPART DE PAUL

Les nouvelles que Paul reçut par l’intermédiaire de Timothée qui, sans doute, ne s'était

1. Principaux travaux et commentaires (Voir la bibliographie donnée par BORNEMANN (MEvERr, X°-6, p. 1-7): Commentaires : A. ScHAEFER, Münster, 1890; P.-W. ScamrepeL (A. C. II, 1), 1891, 21892 ; FixDLAY (Cambridge Bible), London, 1891 ; (Cambridge Greek Testament), London, 1904; F. ZIMMER, Theologischer Kommentar zu den Thessalonicherbriefen, Herborn, 1894; BoRNEMANN (MEvEr, X5-6, 1894); JoHANNES, Dillingen, 1898 ; WoHLENBERG (ZAHN, X11), 1903 ; MrrziGAN, St Pauls EÆEbpistels to the Thessalonicians, London, 1908; LuExen (Schr., 1906, 113% 1917, p. 5-30); von DogscnürTz (Meyer, X?), 1909 ; Digerzius (Hdb. LIETzMANN, 111,2), 1911; FRAME (Int. crit. Comm.) 1912; VosTÉ, Rome, Paris, 1917. Études diverses : Lrpsrus, Ueber Zweck und Veranlassung des ersten Thessalonicherbriefs, St. u. Kr., 1854, p. 905-934; P. ScamioT, Der erste Thessalonicher brief nebst einem Exkurs über den zweiten gleichnamigen Brief, Berlin, 1885; VON SODEN, Der erste Thessalonicherbrief, St. u. Kr., 1885, p. 263-310 ; A KiôPper, Der zweite Briej an die Thessalonicher, Th. St. u Sk. aus Ostpreussen, II, 1888 ; DE FAYE, De vera indole epis lularum Pauli ad Thessalonicienses, Parisiis, 1892 ; F. ZIm.

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pas arrêté longtemps à Thessalonique’, étaient. bonnes (7, 3,6). C’est avec joie que l’apôtre parle du témoignage rendu par Timothée à l’amour des Thessaloniciens, au souvenir qu'ils gardent de lui, au désir qu'ils ont de le revoir (1,3,6). Paul résume l'impression que luilaissent les nouvelles qui lui ont été apportées en disant. que les Thessaloniciens sont son espérance, sa joie et sa couronne de gloire (7, 2,19), qu'il a été consolé et que maintenant il vit parce qu'il a appris qu'ils restent debout (J, 3,7-8). Cependant, il y avait quelques ombres au tableau.

Timothée avait remarqué certaines lacunes.

dans le développement des Thessaloniciens, certaines tendances dont l’épanouissement pouvait n'être pas sans danger. Il fallait porter remède à ce que Paul appelle les « lacunes de la foi » des Thessaloniciens (7, 3,10). En ce qui concerne l’amour du prochain, ils n’ont pas.

besoin de l’enseignement de Paul ayant reçu celui de Dieu lui-même (7, 4,9). Leur zèle non.

MER, Der Text der Thessalonicherbriefe, Quedlinburg, 1893 ; CLEMEN, Paulus und die Gemeinde von Thessalonike, N. k. Z.. 1896, p. 139-164; Askwitrx, Introduction to Thessalonicians: Epistels, London, 1902 ; Haporn, Die Abfassung der Thessalonicherbriefe auf der dritten Missionsreise des Paulus, Gütersloh, 1919.

1. Cela résulte du fait que dans 1, 3,2, il n’y a aucune allusion à une activité que Timothée aurait exercée à Thessalonique...

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plus et leur attachement à l'Évangile n’ont pas besoin d’être réchauffés.

Pour déterminer les points sur lesquels les Thessaloniciens avaient besoin des enseignements de l’apôtre, il suffit de passer en revue les principaux développements de l’épître et d’analyser les préoccupations qui les ont dictést.

Cake” (Eert Ep, p. 89: cf. Dipezres, p. 23 s.) a cru reconnaître dans quelques passages (1, 3,12; 5,11. 15) des exhortations à l’unité qui indiqueraient que l’Église était divisée’, mais ces conseils paraissent trop généraux pour qu’on puisse attribuer à Paul le désir de combattre des divisions ou même des commencements de divisions. Il suffit pour s’en convaincre de comparer le ton de ces passages à celui du début de la première épître aux Corinthiens où Paul traite de la question des partis.

1. En notant toutefois, comme DiBezrus (p. 15) le fait avec peut-être trop d’insistance, que certains morceaux ne sont que des exhortations générales. Paul peut aussi, au moment où il écrit aux Thessaloniciens, subir l’influence du spectacle qu’il a sous les yeux. L’exhortation contre l’immoralité (7, 4,2 5.) pourrait ainsi s'expliquer, en partie, par la répulsion inspirée

à l’apôtre par les mœurs corinthiennes.

2. Nous reviendrons plus loin, à propos de l’explication don-

née par Harnack dela seconde épître, sur l’hypothèse d’une opposition entre judéo-chrétiens et pagano-chrétiens à Thes-

salonique.

L'importance de la première partie de l’épître, où Paul présente une apologie de sa personne et de son ministère à Thessalonique, donne à penser que son rôle et particulièrement les conditions de son départ de Thessalonique étaient présentés par certains sous un jour assez fâcheux. Ce n'étaient, sans doute, pas des membres de l'Église qui propageaient ces calomnies, puisque Paul réfute seulement des accusations sans prendre à partie ceux qui les répandaient. Ceux-ci doivent être cherchés en dehors de l'Église, soit parmi les Juifs:, soit parmi les païens?. Choisir entre les deux hypothèses ne paraît pas possible. Il se pourrait aussi que Paul n'ait pas su exactement quels étaient ceux qui le combattaient à Thessalonique. Mais, étant donnée l'importance du développement consacré à cette question, il ne semble pas que l’on puisses lui prêter un caractère général sans relation avec la situation de l'Église à laquelle il s'adresse. L’apôtre, éloigné de Thessalonique, pouvait craindre que les calomnies répandues contre lui ne trou-:

1. SABATIER, art. Thessaloniciens, Enc. de LICHTENBERGER, XII, p. 123 ; Jüzicuer, Einl., p.45; MorFraATT, Introd., p. 68.

2. V. SoDEN, St u. Kr., 1885, p. 302, 306 s.; SCHMIEDEL, p. 5 ; ZAHN, Einl., I, p. 156; CLEMEN, 11, p. 181.

3. Comme le font SpiTraA (Zur Gesch., I, p. 113 s.), von Dogscaürz (p. 107) et DiBELIUs (p. 8).

blassent les fidèles et il n’est pas nécessaire de supposer que Timothée lui avait appris qu'il en était bien ainsi. Il n’y a, en tout cas, rien qui indique ou qui permette de supposer que l’autorité de l’apôtre ait été ébranlée ou qu’on ait cherché à lui opposer celle d’autres prédicateurs de l'Évangile. Paul ne développe ni même n’esquisse aucune théorie de l’apostolat comme celle qu’il présentera au début de la première épître aux Corinthiens. On n’est done pas en droit de mettre l’apologie de Paul dans la première épître aux Thessaloniciens en relation avec la crise corinthienne, comme le fait Hadorn (p. 36-48), et de tirer de là un argument pour soutenir que c'est au moment de la crise corinthienne que Paul a écrit les épîtres aux Thessaloniciens.

Pour réfuter les accusations répandues sur son compte, Paul rappelle quelle a été sa conduite à Thessalonique, il fait valoir son désintéressement et montre qu'il n’a nullement abandonné la jeune Église puisque, deux fois au moins, il a voulu revenir auprès d’elle maïs en a été empêché par Satan! (1, 2,18). L’apôtre rappelle encore qu'il n’a cherché à Thessalonique ni à plaire aux hommes, ni à les flatter et que, dans

1. Les Thessaloniciens devaient savoir à quels obstacles Paul fait allusion.

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sa prédication, il n’y a eu ni mensonge ni ruse, ni désordre (7, 2,3-5).

Paul adresse aux Thessaloniciens un avertissement contre l’immoralité, ce vice cardinal du paganisme antique (JZ, 4,1-9):. I1 n’est point nécessaire de supposer que des scandales s'étaient produits à Thessalonique ou qu’il s’était manifesté une tendance analogue à celle des libertins de Corinthe?. Il suffit, pour expliquer les exhortations de Paul, de penser à la pression que devaient exercersur de nouveaux convertis aussi

1. Ou peut-être à la fois contre l’immoralité et la malhonné- - teté en affaires. Les mots ph Ünepéaiverv xa mhsovexretv v rpäypart rov aûehkpov aitoù (4,6) sont fort difficiles à interpréter. La plupart des exégètes (LUEKkEN, Schr., 118, p. 14 ; Wox- LENBERG, Pp. 885s.; von Dogscaürz, p. 167 ; DIBELrus, p. 17) entendent moäyua dans le sens des affaires, négoce (cf. I Cor., 6,1. La Vulgate porte negotium) et rapportent la phrase aux relations commerciales. Cependant les anciens exégètes grecs, dont l’opinion a été reprise par SCHMIEDEL (p. 27), pensaient qu'ils se rapportaient à l'adultère envisagé comme préjudice causé au prochain. Cette interprétation est recommandée par le verset 7 qui résume le développement et dans lequel il est question d’impureté et de sainteté.

2. Le rapprochement fait par HADoRN (p. 54) entre la situation de l’Église de Thessalonique et celle de l’Église de Corinthe ne nous paraît pas légitime. Les exhortations de TJ Thess. ont un caractère très général et ne visent pas des faits précis. Elles font encore moins allusion à des théories par lesquelles on aurait tenté de justifier des pratiques immorales. Or si des thèses libertines avaient été soutenues'à Thessalonique, Paul n'aurait pas manqué de les combattre.

bien les exemples du milieu dans lequel ils continuaient à vivre que les habitudes qu'ils pouvaient avoir eues, eux-mêmes, avant de devenir chrétiens.

Paul recommande encore l’ordre, la tranquillité et le travail (Z, 4,10-12), ce qui dénote, chez les chrétiens de Thessalonique, l’existence d’une tendance à la turbulence et à l’oisiveté. C’est, sans doute, sous l'influence de leurs vues d’avenir et comme conséquence de leur attente de la parousie pour une date imminente, qu’elle s'était développée. Elle avait fait tomber certains chrétiens dans un état de dépendance à l’égard de leurs concitoyens païens. Paul devait connaître le fait sans en apercevoir nettement les causes, aussi se borne-t-il à un conseil qu’il ne met pas en rapport avec l’enseignement eschatologique.

À la fin de l’épître (JZ, 5,12 s.), Paul exhorte les fidèles à avoir des égards pour ceux qui travaillent parmi eux, qui leur prêchent l'Évangile et qui président leurs assemblées, mais on ne peut reconnaître si c’est là une exhortation générale ou si ces instructions visent une situation spéciale à l'Église de Thessalonique,

L’apôtre traite encore deux questions plus proprement théologiques, à la fois pour répondre à des préoccupations des Thessaloniciens et

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pour combattre certains malentendus. Il s’agit d’abord du sort des fidèles morts avant la parousie du Christ (7, 4,13-18)!, puis, du moment de la parousie (J, 5,1-11)°.

Les Thessaloniciens pensaient que ceux qui avaient péri (il ne s’agit que des chrétiens), n'auraient aucune part à la rédemption que le

1. Lake (Earl. Ep., p. 88) pense qu’il s’agit de chrétiens qui auraient péri dans les persécutions. L'expression of vexpo ëv Xptor® (16) ne justifie pas cette interprétation qui se heurte au fait que rien dans l’épître n'indique que les persécutions subies par les Thessaloniciens aient été sanglantes. Le terme de xo:uœusvot ne convient pas pour des gens qui auraient péri de mort violente.

2. RENDEL Harris (A Siudy in Letter Writing, Expositor, 1899, p. 168 s.), Bacon (cité par MorrATT, Zntrod., p. 67) et LaxE (Earl. Ep., p. 86 s.) pensent que ces questions avaient été posées à Paul par une lettre des Thessaloniciens dont RENDEL Harris (p. 172 s.) va jusqu’à donner une restitution. Les arguments invoqués en faveur de cette hypothèse sont d’abord l’expression « nous aussi nous rendons grâce... » (2,13) qui serait une allusion à une formule semblable employée par les Thessaloniciens et ensuite le fait que dans 4,13 et 5,1 la question du sort des morts et celle de la parousie sont introduites par la préposition zept dont Paul se sert dans la première épître aux Corinthiens à partir du chapitre 7 pour aborder les questions posées par la lettre de l’Église. Mais 2,13 peut viser un renseignement donné oralement par Timothée. Quant à l’emploi de x:pt rien ne prouve que dans l’épître aux Thessaloniciens il faille le comprendre comme dans I Cor., 7,1, où le sens est précisé par le contexte. Si les Thessaloniciens lui avaient envoyé une lettre, il serait bien surprenant que Paul n’y fasse pas allusion dans 3,6. Cf. von DogscaüTz, D. 19;

Christ réaliserait pour ses élus à la parousiet. Paul répond à leur préoccupation en affirmant que les morts ressusciteront pour s’unir aux vivants et participer avec eux à l’avènement du règne messianique.

Les Thessaloniciens attendaient le retour du Christ avec une impatience fébrile, et, dans cette attente, négligeaient le travail et vivaient dans la turbulence et l’agitation. Paulles exhorte au calme et leur rappelle que nul ne connaît le temps et le moment de la venue du Seigneur.

Sur la situation extérieure de l’Église après le départ de Paul, l’épître ne nous apporte que des renseignements sommaires. Les Thessaloniciens avaient eu à souffrir de persécutions dont les auteurs responsables paraissent avoir été à la fois les. Juifs et les païens, ceux-ci parce que Pauldit qu'ils ont eu à souffrir du fait de leurs compatriotes, ceux-là parce qu'il parle de l’opposition qu'ils font partout à la prédication de l'Évangile (I, 2,16). Le fait que c’est au passé qu’il est question des souffrances des Thessaloniciens indique que la

1. Il ne nous paraît pas légitime de rapprocher, comme le fait HAporx (p. 50 s.), les idées des Thessaloniciens de la négation de la résurrection par les Corinthiens. Ceux-ci paraissent avoir nié la résurrection des corps mais non la vie d’outre-tombe.

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persécution avait cessé. L'Église, sans doute, avait continué à se développer depuis le départ de Paul, c’est ce qui explique qu’elle ait été un modèle pour l’Achaïe et la Macédoine et que sa renommée se soit répandue « en tout lieu ».

Paul ne parle pas d’un projet de voyage qu’il aurait formé après avoir été rejoint par Timothée, c’est donc immédiatement après le retour de son envoyé, dès les premiers temps de son séjour à Corinthe, qu’il a dû écrire la première épître.

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