III. — AUTHENTICITÉ DE LA PREMIÈRE ÉPÎTRE
La meilleure preuve que l’on puisse donner de l’authenticité de la première épître aux Thessaloniciens est fournie par la matière entièrement satisfaisante dont elle s’insère dans l’activité de Paul. On peut ajouter, avec von Dobschütz (p.32), que l'hypothèse de l’inauthenticité entraînant nécessairement la composition de la lettre après la mort de Paul, on ne comprendrait pas comment son auteur aurait pu écrire
1. La langue dans laquelle est écrite l’épître ne présente pas de particularités bien remarquables (Cf. BoRNEMANN, p. 289 s.). Il y a dans son vocabulaire (cf. von DoBscaürz, p. 39 s.) un petit nombre de mots (21) qui ne se trouvent pas ailleurs dans le Nouveau Testament et quelques autres (13) qui ne se rencontrent dans aucune autre épître paulinienne. En ce qui concerne le style on doit noter qu’il y a dans l’épître moins d’anacoluthes, de parenthèses, d’ellipses et d’antithèses que dans les lettres postérieures.
2. Sur l’histoire de la critique de la première épître, voir D 205
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le passage 4,17 qui suppose que l’apôtre sera encore vivant au moment de la parousie.
On ne trouve pas d’attestation précise de l’épitre avant Marcion! ce qui s’explique suffisamment par le fait que la première épître aux Thessaloniciens n’est pas une des plus importantes des lettres de Paul et que la notion de l’autorité canonique des épîtres ne s’est formée que lentement, dans la première moitié du second siècle.
Le premier argument que l’on invoque contre l’authenticité de l’épître est tiré de ce qu’elle a de particulier au point de vue du style et du vocabulaire. Cet argument repose sur une conception beaucoup trop étroite de la langue paulinienne : les quatre grandes épîtres retenues comme authentiques par Baur et son école ne suffisent pas à la définir d’une manière rigoureuse. Le vocabulaire dont Paul use dans chaque épître est, dans une certaine mesure, déterminé par les sujets traités. Il y a entre les grandes épîtres elles-mêmes une diversité de vocabulaire que ne dépasse pas celle qu’on constate entre notre lettre et elles.
Quant au style, il est naturel que, dans une lettre où Paul ne vise pas des adversaires et
1. Les allusions que l’on a cru trouver dans la littérature antérieure manquent de précision.
ne polémise pas contre des déformations tendancieuses de sa pensée, il soit moins heurté et. décousu que dans des lettres de combat comme celles aux Galates ou aux Corinthiens SPITTA 2, Gesch. LS p. 116):
Par là s'explique aussi un autre fait souvent invoqué contre l'authenticité de l’épître, à savoir qu’on y trouve peu de citations de l’Ancien Testament. C’est que, dans cette lettre, Paul n’a besoin ni d’argumenter, ni de prouver, 1l lui suffit de parler, il sait que ses lecteurs sont tout disposés à se laisser persuadert,
Enfin Baur (P., 11, p. 94s.) a fait valoir pour rejeter les épîtres aux Thessaloniciens qu’on n’y trouve pas l'affirmation des grandes idées pauliniennes comme celles de l’apostolat, de la justification par la foi, de l’abrogation de la Loi. Cette particularité s’explique par le caractère déjà signalé de l’épître et par le fait qu’à l’époque où elle a été composée, l’apostolat et l'Évangile de Paul, s'ils avaient été discutés à Jérusalem, ne l’avaient pas encore été, comme ils devaient l’être à partir des crises galate et corinthienne, sur le terrain même des Églises pauliniennes.
Ce qui donne aux épitres aux Thessaloniciens,
1. Ge fait a été mis en lumière par VON SODEN, St. u. KTr., 1885, p.270.
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à la fois au point de vue des idées et à celui del’argumentation, une physionomie particulière n’est donc pas une objection fondée à leur authenticité. Il faut aller plus loin encore et dire qu’un auteur qui aurait fabriqué ces épitres n’aurait pas manqué d’imiter de plus près les épîtres authentiquest.
Sans aller jusqu’à rejeter complètement la première épître aux Thessaloniciens, certains auteurs ont cru y reconnaître des interpolations?. C’est, en particulier, le morceau 2,14-16 qui a paru suspect à cause de la pointe polémique contre les Juifs qui paraît cependant justifiée par le fait qu’ils semblent bien avoir eu quelque part dans les événements qui obligèrent Paul
1. BAUR (P., 11, p. 95) et Srecr (Das Herrnwort I Thess., 4,15, Jahrb. f. pr. Th., 1883, p. 520) ont aussi fait valoir contre l’authenticité certains contacts que l’épître présenterait notamment avec les lettres aux Corinthiens. Mais, quand on examine les textes cités, on les trouve peu probants. Ils s’expliquent aisément par l’analogie de la situation et par le fait que dans la plupart de passages considérés, il paraît y avoir des réminiscences de l’enseignement oral de Paul.
2. Sur cette question voir CLEMEN, Die Einheitlichkeit der paulinischen Briefen, Goettingen, 1894, p. 17-18. Outre les passages dont il va être question, Loisy (N. T., p. 135) considère comme interpolés les morceaux 2, 1-12 et 3, 3-4. Le premier d’entre eux cependant n’est pas mis entre crochets dans la traduction.
3. MorrFATT, Introd., p. 73; Knopr, Das nachapostolische Zeïtalter, Tübingen, 1905, p. 139; Lorsy, N. T., p. 135.
à quitter Thessalonique’. Loisy (N.T., p. 136 s.) reconnaît une interpolation dans le morceau eschatologique (4,13-5,11) qui serait, d’après lui, une surcharge dogmatique coupant violemment les conseils moraux de l’apôtre; il faudrait l’attribuer à l’auteur de la seconde épître qui, en l’introduisant, aurait créé un point d’attache pour la doctrine qu'il voulait présenter dans l’épître supplémentaire. Mais il est impossible de comprendre qu'après la mort de Paul, on lui ait attribué l’idée qu'il vivrait encore au moment de la parousie. D'autre part, si la doctrine eschatologique de la seconde épître aux Thessaloniciens n’est pas, à proprement parler, inconciliable avec celle qui est exposée dans la première lettre, elle en est au moins fort différente et le morceau 1, 4,13-5,11 ne peut être considéré comme une introduction à l’eschatologie de la seconde épître (V. p. 324s.).
1. La colère qui atteint les Juifs à la fin paraît avoir un caractère eschatologique. Rien n’autorise à y voir une allusion à un événement historique comme la ruine de Jérusalem, ainsi que l’ont pensé ceux qui ont considéré ce morceau comme une interpolation. Il est possible, d’ailleurs, qu'il faille interpréter le texte autrement qu’onne le fait d'ordinaire et entendre non pas que, maintenant qu’onest à la fin des temps, la colère de Dieu a atteint les Juifs mais qu'ils sont l’objet de la colère suprême, définitive, de Dieu, ce qui serait une allusion au rejet d'Israël et à la vocation des païens.
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