IV. — DATE DE COMPOSITION
C’est de Corinthe, peu après qu’il y eût été rejoint par Silas et rimothée, que Paul a écrit la première épître aux Thessaloniciens. 1Imothée, parti d'Athènes avant Paul, n’a pas dû avoir besoin de beaucoup de semaines pour s'acquitter de sa mission ; connaissant l’anxiété de l’apôtre et son impatience d’avoir des nouvelles de 'hessalonique, il a dû se hâter autant qu? possible. Paul étant arrivé à Corinthe au printemps de l’an 50, ce serait au cours de l’été ou de l’automne de cette année que la lettre aurait été écrite.
Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis que Paul était parti de Thessalonique. Cet intervalle paraît justifié par le développement de l'Église et par la réputation qu’elle a acquiset, par les cas de mort qui se sont produits? et par le commencement de l’évangélisation en Achaïe.
La date que nous proposons est celle qui est admise par la presque unanimité des critiques. Récemment cependant, Hadorn a proposé de
1. On ne peut expliquer entièrement le passage qui y fait allusion (1,7-8) comme une exagération littéraire de l’apôtre.
2. Cependant l'inquiétude des Thessaloniciens s’explique bien si ces cas sont peu nombreux et récents.
placer la rédaction de la lettre au cours du troisième voyage missionnaire, à l’époque de la crise corinthienne’, la date habituellement donnée ne laissant pas, depuis la fondation de l’Église de Thessalonique un temps suffisant pour le développement que suppose l’épître?, Sans doute un intervalle de quelques semaines ne suffirait pas, mais rien n'empêche de penser que l’épître a pu être écrite quelque six mois après le départ de Paul. Il est dangereux de vouloir apprécier par l’expérience que l’on peut avoir de la vie des Églises au temps présent, ce qu'a pu être l’évolution des premières communautés, à une époque d’'intense fermentation et de ferveur comme l’âge apostolique. Ce que nous savons, par exemple, de l’histoire de la mission au premier siècle ou de celle de l’Église de Corinthe montre combien, à ce moment, les situations pouvaient rapidement se transformer. Ce n’est pas tout : si l’on éloigne la rédaction de la première épître de la fondation de l'Église, on fait disparaître le motif même de
1. Plusieurs critiques antérieurs à l’école de Tübingue (KÔHLER, SCHRADER, WURM, BÔTTGER, cités par MorFATT, Introd., p. 74) avaient déjà attribué à l’épître une date sensiblement plus tardive que celle qu’on adopte d’ordinaire dans l'hypothèse de l’authenticité. |
2. Cette idée avait déjà été développée par BAUR, P., II, Da975$.
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la lettre qui est de suppléer à l’action personnelle trop tôt interrompue et on rend invraisemblable que Paul ne se soit pas plus tôt préoccupé des Thessaloniciens. L’anxièté dont témoigne notamment 2,17 se comprendrait mal après un intervalle de plusieurs années.
Hadorn croit aussi — et c’est l’argument qui paraît avoir le plus de poids à ses yeux — qu’on doit reconnaître des affinités étroites entre la situation de l’Église de Thessalonique et celle de la communauté de Corinthe à l’époque de la crise. Il faut se garder de raisonner comme si les mêmes faits étaient nécessairement à Thessalonique et à Corinthe les conséquences des mêmes causes et les symptômes du même état. Hadorn admet, non sans raison, que l'opposition contre Paul, la tendance au désordre et à l’immoralité et la négation de la résurrection sont, à Corinthe, les conséquences d’un mouvement d’enthousiastes qui, forts de leur inspiration, rejettent l’autorité de l’apôtre et celle des règles morales, et vivent sous l’influence prépondérante des préoccupations eschatologiques. Il pense que le même mouvement s’estsimultanément manifesté à Thessalonique et y a produit les mêmes effets, Mais, nous l’avons vu, dans l’épître aux Thessaloniciens, l’apologie de Paul n’est pas dirigée contre des membres de
l’Église, elle vise l'effet que pourraient produire sur eux les calomnies de gens du dehors, elle a pour objet de défendre l'attitude pure et désintéressée de Paul et non pas les droits de l’apostolat. Il n’y a donc aucun rapport entre cette apologie et celle qu’on lit dans l’épître aux Corinthiens.
Les avertissements contre l’immoralité ont, dans l’épître aux Thessaloniciens, un caractère très général et ne visent pas, comme c’est le cas dans la première épître aux Corinthiens, des théories qui auraient justifié des pratiques immorales.
Ce qui est dit des égards dus à ceux qui président les assemblées et travaillent au sein de la communauté ne suppose aucune théorie qui aurait mis leur autorité en péril et la brièveté même du développement consacré à cette question montre qu’il n’y avait pas à Thessalonique un désordre aussi grave que celui que révèlent les chapitres 12 et suivants de la première épître aux Corinthiens.
Enfin il n’y a qu’une analogie toute extérieure entre la préoccupation des Thessaloniciens au sujet des morts qu'ils pensent exclus de la participation au salut et la théorie des Corinthiens qui comportait seulement la négation de la résurrection des corps et non la néga-
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tion de toute vie d’outre-tombe. Rien n'indique que leur conception ait inspiré aucune anxiété aux Corinthiens. Le mouvement de Thessalo- ‘ nique et celui de Corinthe ne sont donc pas du même ordre et rien n'autorise à penser qu'ils aient dû être contemporains.
On peut aller plus loin encore et reconnaître que le développement I Cor., 15 représente une forme plus évoluée de la pensée de Paul que celui de Z Thess., 4. Il comprend en effet, comme élément capital, la notion de la transformation des vivants, notion qui n’est même pas effleurée dans l’épitre aux Thessaloniciens et surtout, ce qui avait été l’essentiel de l’enseignement de Paul à Thessalonique, à savoir le sort des vivants, n’est plus qu’un élément accessoire dans 7 Cor., 15. Ne peut-on légitimement supposer que c’est l'expérience du malentendu qui s'était produit à Thessalonique qui a amené Paul à modifier la manière dont il présentait son enseignement eschatologique?
Il n’y a donc pas d’analogie profonde et, par suite, pas de lien organique entre la situation des Églises de Thessalonique et de Corinthe.
Les épîtres aux Thessaloniciens appartiennent à une toute autre phase de l’activité de Paul que les lettres aux Corinthiens.