‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 69 sur 92 · V,. — ANALYSE ET CARACTÉRISTIQUE DE LA SECONDE ÉPÎTRE · texte numérisé non relu

V,. — ANALYSE ET CARACTÉRISTIQUE DE LA SECONDE ÉPÎTRE

La seconde épître aux Thessaloniciens est formée, en dehors de l'introduction (1,1-12) et de la conclusion (3,16-18), d’un développement central consacré à un exposé eschatologique (2,1-17) et d’une courte parénèse (3,1-15).

La salutation (1,1-2), où Silas et Timothée sont aussi nommés comme cCo-auteurs, est un peu plus développée que celle de la première épître, elle est suivie d’une action de grâce pour la foi et pour l’emour des fidèles dont l’apôtre peut vanter partout la patience dans les épreuves et les persécutions. La récompense de cette persévérance et le châtiment des persécuteurs viendront quand le Seigneur Jésus apparaîtra au ciel. L’apôtre demande à Dieu

1. Sur le problème de la seconde épître aux Thessaloniciens, voir F, SpiTtrA, Der zweile Brief an die Thessalonicher, Z. Gesch., 1 (1893), p.109-154 ; H.-J. HoLTzMANN, Zum zweiten Thessalonicherbrief, Z. N. T. W., II, 1901, p. 97-108; WREDE, Die Echtheit des zweiten Thessalonicherbriefs unlersucht, Leipzig, 1903 (T. U., N. F., IX, 2); G. HozzMaANN, Die Unechtheit des zweiten Thessalonicherbriefs, Z. N. T. W., V, 1904, p. 28-38 ; A. HARNACKk, Das Problem des zweiten Thessalonicherbriefs, Sizber. Berl. Akad. d. Wiss., 1910, p. 560-578; MAURICE GOGUE?r), L'énigme de la seconde épître aux Thessaloniciens, R. H. R., t. LXXI, (1915), p. 248-272.

314 LLS ÉPÎTRES PAULINIENNES

que les ï'hessaloniciens demeurent fidèles à la vocat cn céleste qui leur a été adressée (1,3-12).

La première partie (2,1-12) du développement eschatologique traite du moment de la parousie : les fidèles ne doivent pas se laisser troubler, soit par l'Esprit, soit par une parole (parole du Christ ou parole de l’apôtre), soit par une lettre censée de l’apôtre (2,1-2)1. Les fidèles ne doivent pas s’émouvoir comme si le jour du Seigneur était imminent?. Avant lui, doit venir l’apostasie et la manifestation de l’homme d’iniquité, du fils de la perdition c’està-dire, bien que le terme ne se trouve pas chez Paul, de l’antichrist (2,3-4). L'auteur rappelle qu’il a donné de vive voix cet enseignement à ses lecteurs (2,5), il ajoute, ce qui semble bien être

1. L'interprétation de 2,2 n’est pas certaine. On ne peut décider s’il faut faire porter les mots w: à’ fu&v sur les trois termes «esprit », « parole », « épître » ou sur le dernier seulement. Paul semble parler ici d’une manière hypothétique, sans cela ne rectifierait-il pas l’interprétation erronée de la parole ou de la révélation et s’il savait qu'une fausse lettre de lui circulait parmi les Thessaloniciens, en prendrait-il aussi aisément son parti et ne polémiserait-il pas vigoureusement contre ceux qui l’auraient fabriquée ? Il se peut que ce soit le fait que Paul ait envisagé l’hypothèse d’une fausse lettre qui l’ait amené à préciser dans 3,17 le signe auquel onpeut reconnaître une lettre de lui.

2. Littéralement «était déjà là ». Il ne paraît pas douteux qu’il y ait dans l’emploi du parfait une prolepse destinée à bien marquer l’imminence de l’avènement ‘du Seigneur.

quelque chose de nouveau, que, bien que le mystère d’iniquité soit déjà à l’œuvre, il est encore Contenu par une puissance que les lecteurs doivent connaître puisqu'il l’appelle seulement & xarywvt, Que cette puissance disparaisse seulement et l’inique paraîtra avec une puissance diabolique pour être finalement détruit par le souffle de la bouche du Seigneur Jésus (2,6-12).

1. La doctrine indiquée ici par Paul paraît reposer sur un mythe très répandu d’après lequel une puissance mauvaise, enchaînée au moment de la création, doit être libérée à la fin des temps pour livrer au Dieu suprême un dernier combat. On doit citer ici le mythe babylonien de la création (GReEss- MANN, Altorientalische Texte und Bilder zum Alten Testament, Tübingen, 1909, p. 15 s.), le mythe mazdéen de la libération du serpent Azi-Dahaka (SôbErBLOoM, La vie future d’après le mazdéisme, Paris, 1901, p. 258) et le mythe gérmanique du loup Fenrer (cf. DIBELrus, Geisterw., p. 58 n. 3; Thess., p. 32). Certains textes de l’Ancien Testament et des Apocryphes paraissent faire allusion à cette croyance (Es., 27,1; Ps: 104,26. Job, 3,8; 7,12 (LXX). Apc. Baruch syr., 29,4. Henoch., 60,24 s. I V Esdras, 6,52, cf. GunKkEL, Schôpfung und Chaos im Urzeit und Endrzeit, Goettingen, 1895, p.221 s.; Bousser, Der Antichrist, Goettingen, 1895, p. 13). Mais s’il est certain que la notion du xartéywy ait une origine mythique, il est fort douteux que Paul l’ait interprété dans ce sens ainsi que le pense Bousset (Antichrist, p.82, n. 1) et il se pourrait que l’ancienne exégèse ait eu raison de reconnaître dans le xatiywv l'empire romain qui, maintenant l’ordre dans le monde, empêche les guerres et les révoltes qui seront la première manifestation du règne de l’antichrist. Le fait que Paul en parle comme d’une puissance que ses lecteurs connaissent bien est très favorable à cette interprétation.

316 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES

La mention de l’antichrist et de sa condamnation amène l’auteur à rendre grâce à Dieu de ce que ses lecteurs sont destinés au salut. Il les exhorte à demeurer fidèles à l’enseignement qu'ils ont reçu de lui (2,13-15) et exprime ensuite ce vœu sous la forme d’une prière (2,16-17).

Dans l’exhortation qui forme la seconde partie de l’épître, Paul demande d’abord les prières de ses lecteurs pour l’œuvre qu’il accom- - plit (3,1-2) et affirme sa confiance en Dieu pour eux et pour lui (3,3-5). Il les exhorte à fuir la compagnie de ceux qui vivent dans le désordre et rappelle l’enseignement qu'il a donné, justifiant par son exemple le principe que ceux qui ne veulent pas travailler ne doivent pas non plus manger (3,6-13). Il résume ce qu'il vient de dire en exprimant l’idée qu'on ne doit pas se lasser de faire le bien. Ceux qui n’obéiront pas à la lettre devront être repris comme des frères et non rejetés comme des ennemis (3,14-15). Puis vient une prière finale (3,16) et une salutation autographe qui doit garantir l’authenticité de l’épître (3,16-18).

La langue de l’épître ne donne pas, au point de vue du vocabulaire, une impression sensiblement différente de celle de la première épître (NAEGELI, Wortschatz, p.80 s.; von Dos- SCHÜTZ, p. 39 $s.).

Le style cependant n’est pas tout à fait le même dans les deux lettres, il a, dans la seconde, quelque chose de moins naturel et aussi de plus solennel et de plus grave, on dirait volontiers de plus officielt. Le ton n’est pas sans analogies avec celui de certaines parties de la seconde épître aux Corinthiens et l’on pourrait, pour cela, être tenté d'en chercher l'explication dans quelque incident qui aurait altéré les relations de l’apôtre avec ses lecteurs bien que l’épître ne fasse allusion à rien de semblable. En effet, si les relations qu’elle suppose entre l’auteur et ses lecteurs sont cordiales et confiantes, la nuance d’émotion qui donne tant de charme et tant de vie à la première épître manque dans la seconde. Ce n’est pas une effusion du cœur , c’est une instruction donnée avec autorité et à laquelle il faut obéir (3,14).

Les lecteurs ont reçu l’enseignement de l’a pôtre’ (2,5.15::3,6.10), c’est par lui qu'ils ont été convertis (2,13) mais ils ont été troublés, soit par d’autres enseignements, soit par une fausse interprétation de ceux qu'ils avaient reçus (2,2).

1. SpiTTA, Z. Gesch., I, p. 116; von DogscHütz, p. 435.; HARNACK, p. 562. La comparaison de l’action de grâce initiale fournit un exemple typique de cette différence de style et montre plus de spontanéité dans la première épître que dans

la seconde, 1, 1,2: « Nous rendons grâce... » 11, 1,3 « Nous devons rendre grâce... »

318 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES

Au moment où il écrit, l’auteur se trouve dans une position difficile (3,1-2) ; s’il est fixé dans une Église, il est cependant en relations avec plusieurs communautés (1,4).

Rien ne révèle comment l’apôtre a été mis au courant de la situation des fidèles à qui il s'adresse. Il dit seulement : « Nous avons.

appris » (3,11). L'hypothèse d’une lettre que Paul aurait reçue de Thessalonique (JüÜLICHER, Eïinl., p. 54) n’est justifiée par rien dans l’épître (ZAHN, Einl., 1, p. 1655.) et peu vraisemblable.

Au point de vue de: lal-foi,. de l'amour, de la patience dans les persécutions, la situation de l'Église est favorable (1,3-5) mais les fidèles sont troublés par une attente fiévreuse de la parousie (2,2) qui amène certains d’entre eux à négliger le travail (3,11).

Page 1