VI. — LEs RAPPORTS DES DEUX ÉPÎTRES ENTRE ELLES
Si la seconde épître aux Thessaloniciens avait. seule été conservée le problème qu’elle pose paraîtrait simple et relativement facile à résoudre. Comme le remarque Jülicher, « si nous
1. JüricHer (Einl, p. 55) suppose que Paul s’exprimed’une manière aussi vague pour éviter que celui qui l’a renseigné puisse être mis en cause.
n'avions pas la première épître nous ne songerions pas à contester l’authenticité de la seconde »!, Il est donc nécessaire d’examiner avec soin les relations des deux épîtres entre elles.
Certains auteurs ont pensé que la question serait singulièrement éclaircie si on renversait l’ordre traditionnel des épîtres en admettant la priorité de la seconde?. L'hypothèse est en tout cas légitime puisque, dans la collection canonique, c’est uniquement d’après leur longueur que les lettres de Paul ont été rangées.
Divers arguments ont été invoqués en faveur de la priorité de la seconde épître. On a fait remarquer, par exemple, que la notice de II, 3,17 sur la signature habituelle de Paul suppose que c’est la première fois que les Thessaloniciens ont l’occasion de voir une lettre de
1. Einl., p. 56. Jo. Weiss (Urchr., p. 218) porte un jugement. tout à fait analogue.
2. L'hypothèse de la priorité de la seconde épître a été: défendue au xvr siècle par Huao GrorTrus (Commentatio ad Loca Novi Testamenti quae de Antichristo agunt, 1640, Op. Theol., IV, p. 457, Annotationes, id., III, 936) ; eMe a été reprise par BAUR (P., II, p. 369) et par Ewazp (Sendschreiben des Apostels Paulus, p. 17) puis soutenue par LAURENT (Zur Kritik der Briefen des Apostels Paulus, St. u. Kr., 1864, p. 498-515), RENAN (St. P.,p. 235, n. 5), Jon. Weiss (TA. Ltzg., 1893, col. 396, Urchr., p. 217 s.), J. C. Wesrt (The Order of 1 and II Thessalonicians, Journ. of theol. St., XV, 1913, p. 66-74) et HaDporN (p. 116 s).
320 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
l’apôtre. Mais, nous l’avons vu, la notice de 3,17 pourrait s'expliquer par le fait que Paul sait ou suppose que de fausses lettres de lui circulent à Thessalonique.
Quelques auteurs ont cru trouver dans I, 4,11 une allusion aux instructions données par Paul dans la seconde épître, mais le terme de rxoxyy£kew qu'il emploie peut parfaitement se rapporter à son enseignement oral.
Les partisans de la priorité de la seconde épître soutiennent que les persécutions qui sont présentées comme actuelles dans ZI, 1,4 s. sont passées dans 1, 2,14; 3,3 et que, d’une manière générale, l'Église paraît plus jeune dans la seconde épître que dans la première. Entre les allusions que les deux épîtres font aux persécutions, il n’y a pas autre chose qu'une légère nuance de style : il ne faut pas se représenter les persécutions à l’époque primitive commençant et se terminant à des moments absolument précis.
Elles ont dû consister en tracasseries prenant, à certains instants, un Caractère plus aigu mais il est difficile d'imaginer qu'une Église comme celle de Thessalonique ait jamais joui d’une paix ét d’une liberté complètes. Dans ces conditions rien ne peut être conclu de l'emploi du passé dans la première épître et du présent dans la seconde. Dans la première, Paul pourrait faire