‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 77 sur 92 · II. — L'ÊcLise DE -CORINTHE · texte numérisé non relu

II. — L'ÊcLise DE -CORINTHE

L'Église de Corinthe apparaît nettement comme formée d’anciens païens (1, 12,2). Les Juifs et les Grecs sont présentés comme un bloc qui s'oppose à l’Église de Dieu (7, 10,32).

Paul cependant avait cherché à gagner des Juifs (1, 9,20) et avait converti Crispus, le chef, de la Synagogué (Actes, 18,8, C1,, 01, 4,12

1. Le refus de jouir des droits de l’apôtre et de recevoir un salaire de l’Église est particulier à Corinthe puisque Paul a accepté des subventions des Églises de Macédoine (II, 11,8) et spécialement de celle de Philippes (Phil., 4,15s.). L’attitude de Paul à Corinthe doit avoir été dictée par quelque circonstance particulière, peut-être par une accusation portée contre lui au début de son séjour en Grèce, aussi ne peut-on admettre, comme le pense En. Mever (Urspr. u. Anf., III, p. 109), que la pauvreté des Corinthiens ait empêché Paul de rien recevoir d'eux.

2. I, 7,18 parle aussi, comme d’un cas qui n’a rien d’exceptionnel, dela conversion de Juifs. Dans 7, 10,11, Paul dit «nos Pères » en parlant des Israélites au désert ; mais ce passage peut s’expliquer par l’idée que ce sont les chrétiens qui sont les vrais fils d'Abraham.

mais, dans l’ensemble, sa prédication avait échoué de ce côté-là,et dans la manière dont il parle de la croix, scandale pour les Juifs (7, 1,23) et du voile de Moïse qui est sur leurs yeux quand ils lisent l’Ancien Testament (11, 3,13-15), on perçoit comme l’écho d’un échec.

Les épîtres nous donnent quelques renseignements sur l’organisation et la constitution de la communauté corinthienne. L'Église s’assemblait, sans doute à intervalles réguliers, pour le culte (1, 14,23) et pour la célébration du repas du Seigneur (7, 11,20). Il y avait probablement aussi des réunions plus restreintes quise tenaient chez des particuliers et des assemblées extraordinaires comme celle dont Paul demande la convocation pour le jugement de l’incestueux. Nous savons que c'était dans la maison de Gaius Titus Justus, voisine de la synagogue (Actes, 18,7. Rom., 16, 23) que se tenaient les assemblées chrétiennes, mais nous ne pouvons déterminer si l'Église avait, dans la maison où elle s’assemblait, un local réservé à ses réunions et adapté à cet usage ; cependant le fait que Paul parle comme d’un fait courant et normal de la présence d’un passant à l’assemblée (J, 14,16.23), pourrait faire pencher vers l’affirmative.

Puisque la communauté pouvait être réunie en un seul local pour un repas, on ne peut pas

348 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES

se la représenter trop nombreuse. Les cas de maladie et de mort dont il est question dans I, 11,30, ont dû, plus facilement, frapper l’imagination s’ils se sont produits dans un cercle restreint. Le fait que trois ou quatre partis s'étaient formés dans l'Église de Corinthe ne fournit pas d'indication car les groupes les moins nombreux sont parfois ceux quise divisent le plus aisément.

Aux chrétiens de Corinthe déjà connus par les Actes, Crispus et (Gaius) Titus Justus, que Paul avait baptisés (1, 1,14), l’épître permet d'ajouter Stéphanas, également baptisé par Paul avec sa maison (7, 1,16) dont faisaient peut-être partie Fortunatus et Achaicus nommés à côté de lui dans JZ, 16,15-17. Les gens de Chloé (1, 1,11), c'est-à-dire les membres de la famille ou plutôt les esclaves d’une certaine Chloé (la blonde) dont il n’est pas certain qu'elle ait été elle-même chrétienne, pourraient avoir fait partie de l’Église de Corinthe, à moins que ce n'aient

1. Il n’y a pas d'indication utile à tirer, pour la détermination de l’importance numérique de l’Église de Corinthe, de 1, 12,21, où Paul menace, à son retour, d’affliger roXkods Tv rponuaptnxôtwy Car, d’abord, rien ne prouve que root doive être traduit par beaucoup et non par plusieurs et surtout ce que Paul veut dire, ce n’est pas que ceux qu’il affligera seront nombreux, mais que sa venue sera une cause d’affliction, sinon pour la totalité, du moins pour la majorité du groupe de ses ennemis.

été des Chrétiens d'Éphèse qui avaient passé par Corinthet.

Le chapitre 16 de l’épître aux Romains, écrit de Corinthe et dans lequel l’apôtre salue de la part d’un certain nombre de personnes qui se trouvent auprès de lui, contient sans doute le nom de plusieurs Corinthiens car, si Lucius, Jason et Sosipater peuvent avoir été des compagnons de voyage de Paul, Phœbé, diaconesse de l’Église de Cenchrées, et Éraste, le trésorier de la ville, sont certainement, Tertios,le scribe, et Quartus sont peut-être des Corinthiens.

La majorité des chrétiens de Corinthe appartenait aux classes les plus modestes de la société (affranchis, artisans, esclaves). Comme le dit l’apôtre, il n’y avait parmi eux ni beaucoup de sages, ni beaucoup de riches ni beaucoup de gens de bonnes familles (Z, 1,26) ; la conversion d'esclaves, en particulier, était un cas assez fréquent (/, 7,21). Cependant, quand on célébrait

1. Cette interprétation paraît recommandée par le fait que, si Paul avait été renseigné sur l’affaire des partis par des gens de Corinthe, il aurait probablement évité de les nommer pour ne pas fournir un nouvel aliment à l’esprit de dissension. Il avait, au contraire, intérêt à indiquer qu’il tenait ses renseignements de gens du dehors. Il faut ajouter que les gens de Chloé paraissent avoir été étrangers à tous les partis à Corinthe, Jon. Weiss (p. 15) incline à voir dans les gens de Chloé des Corinthiens.

350 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES

le repas du Seigneur, il y avait des riches qui apportaient assez de provisions pour s’enivrer et l’apôtre dit qu’ils ont des maisons où ils peuvent manger et boire (7, 11,22). Crispus, le chef de la synagogue, appartient à l'élite de la société juive, Titus Justus, qui avait une maison, Aquilas et Priscille, Stéphanas, qui a une maison, c'est-à-dire une clientèle d’esciaves et d’affranchis, Éraste, le trésorier de la ville, ne sont pas des prolétaires.

Tous ces gens venus de milieux divers avaient le sentiment d’avoir été comme fondus en un seul corps par le baptême (J, 12,13) qui passait pour une condition si indispensable du salut que la pratique s'était introduite à Corinthe de se faire baptiser, sans doute après son propre baptême, au bénéfice des morts (7, 15,29):

1. Sur le baptême pour les morts, voir ARNAUD, Examen critique des interprétations du passage I Cor., 15,19, Rev. de th. et de ph. chrét., VII, 1853, p. 349-358 ; SCHILLINGER, Le baptême pour les morts, Nouv. rev. de théol., IX, 1862, p. 113- 118 ; Carr, Baptism fot the Dead, Expositor, 1901, p. 371-378 ; DürseLen, Die Taufe für die Toten, I Cor., 15,29, St. u. Kr., 1903, p. 291-308. 41 n’est légitime ni de supposer, comme le fait SreBecr (Kultische Waschungen und Bäder, N. k, Z., 1910, p. 797, n. 2) que Paul cite l’usage sans l’approuver, ni de contester l’authenticité du verset (comme le fait P. Scamirpr, Die Apg., p. 52, n. 41) sous prétexte que l’usage qu’il vise n’est pas connu par ailleurs. Il n’est pas possible non plus, parce

que l’idée est trop subtile pour avoir pu être sous-entendue, d'admettre l’interprétation de HoEexsTRA (Proeve van Verklä-

Paul déclare que, s’il n’a personnellement baptisé que peu de pérsonnes à Corinthe, c’est que le Christ ne l’a pas envoyé pour baptiser mais pour prêcher l'Évangile (1, 1,17). On ne saurait conclure de là que l’apôtre n’attribuait que peu d'importance au rite’, mais il estimait que l'administration du baptême ne faisait pas partie des fonctions de l’apôtre. On peut

penser que, à part peut-être la période des

ring van I Cor., XV, 29-30, T. T., 1890, p. 135-142, cf. Rev. de th. et ph., 1890, p. 187-189), déjà indiquée, pour l’essentiel,. par Gopet (11, p. 387) qui interprète le terme de baptème d’après Me., 10,39 et entend « ceux qui se font baptiser pour les morts » dans le sens de « ceux qui acceptent le martyre pour hâter le moment où les croyants morts entreront dans la gloire ». L’usage du baptême par substitution que Paul cite sans un mot pour le blâmer ou le combattre, a subsisté longtemps dans certaines sectes, par exemple chez les Marcionites (TERTULLIEN, De resurrectione, A8; adv. Marcionem, V, 10; GrÉGoIRE DE NAZzIANCE, Orat. 403 CHRYSOSTOME, Hom. in I Cor. XV, X, 378 éd. Montfaucon; EzniG, Réfutation de la secte de Marcion, trad. LEVAILANT FLouUvEL, 1V, 15,

-p. 198, (cité par J. Montrer, La descente aux enfers, Paris, 1904,

p. 49 n.), chez les Cérinthiens (ÉPpipnANE, Haer., 28, 6,4), chez les Valentiniens (CLÉMENT D’ALEXANDRIE, Excerpla ex Theodoto, 22) et chez les Montanistes (PHiLASTRIUS, Haer., 49). Il a dû être assez répandu en Afrique, même en dehors de sectes hérétiques, puisqu'il fut condamné par le troisième concile de Carthage en 397 (can. 6) qui ne parle que d’in/irmitas fratrum et non d’hérésie. Sur certains usages païens similaires, voir LIETz- MANN, P. 83.

1. Il suffit, pour s’en convaincre, de rappeler des textes comme Rom., 6,3 s. I Cor., 12,13. Gal., 3,27.

352 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES

débuts de la prédication dans chaque ville, — et ceux que Paul à baptisés à Corinthe paraissent avoir été les premiers convertis — le baptême n’était sans doute conféré qu’à la suite d’un enseignement régulier et au nom de l'Église.

Ceci suppose qu’il y avait déjà à Corinthe, au moins un rudiment d'organisation ecclésiastique. Dès sa naissance, la communauté corinthienne forme un groupe parfaitement défini et nettement délimité par rapport à la synagogue aussi bien qu'aux diverses associations religieuses païennes (7, 10,32). Les non-chrétiens sont les gens du dehors (7, 5,12). Les chrétiens se distinguent des autres hommes par l'appel qu'ils ont reçu de Dieu et en vertu duquel ils ont cessé d’appartenir au monde voué à l’anéantissement pour constituer la société nouvelle des élus. Les chrétiens sont xarzci &ytot (I; 1,2) « appelés saints» c’est-à-dire consacrés à Dieu et appelés à la sanctification. Cette sainteté ou plutôt cette consécration se transmet directement d’eux à leurs enfants (7, 7,14).

Dans son ensemble (7, 3,16), comme dans la personne de chacun de ses membres (1, 6,19), l'Église est le temple de l'Esprit saint. C’est à cause de cet Esprit qui est en eux et qui est celui du Christ que les fidèles lui appartiennent,

qu'ils sont oi ro5 Xpworoù (7, 15,28), membres de son corps (7, 12,27). Ceci vise à la fois le passé, c’est-à-dire la rupture avec le péché au moment de la conversion, le présent, c’est-àdire la foi et l’union mystique et l’avenir un jour, les fidèles verront le Christ (7, 13,12), ils seront en communion avec lui et régneront avec lui (Z, 1,9). La preuve de cette appartenance au Christ est fournie par l’ensemble des manifestations pneumatiques (7,12).

Au point de vue de l’organisation intérieure, tout est encore dans le devenir; on ne trouve ni formes fixes, ni fonctions définies, l’initiative individuelle à tous les droits. C’est la période des charismes. L'Esprit, suivant les besoins, produit au sein de l’Église les diverses activités qui sont nécessaires à sa vie. Il y a un contraste singulier entre la précision de ce qu’on peut appeler les frontières de l’Église et le caractère rudimentaire de son organisation intérieure c’est que l’Église ne pouvait vivre sans définir avec précision son attitude à l’égard des groupes en présence desquels elle se trouvait tandis que, pendant un certain temps au moins, elle pouvait s’accommoder d’une assez grande imprécision de son organisation intérieure. Dès le début cependant, quelques lignes maîtresses se dessinent.

358 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES

Sur la question de l’origine de l’organisation ecclésiastique, trois thèses principales ont été successivement soutenues.{C’est à propos de la communauté corinthienne qu’elles ont été développées et que le débat s’est engagé parce que, en l’état de la documentation dont nous. disposons, il n’y a pas d'Église de l’âge apostolique qui, à beaucoup près, nous soit aussi connue que celle de Corinthe.

Jusqu'en 1876, l’opinion exposée par Vitringa, à la fin du xvrie siècle: domine. On admet que c’est sur le modèle des synagogues de la diaspora que se sont organisées les Églises du monde hellénistique?.

En 1876, Heinricis s’élève contre les idées.

1. De synagoga vetere libri III, Franquerae, 16962, Leucopetrae, 1726.

2. C’est la théorie encore acceptée par Mer. DUCHESNE (Histoire ancienne de l'Église, Paris, 1906, I, p. 50 s.) et, dans une certaine mesure, par HARNACK (Mission, I, p. 416; art. Verfassung, R. E., XX, p. 518 s.). Harnack admet cependant la possibilité d’une influence accessoire des institutions religieuses païennes.

3. Die Chrislusgemeinde Korinths und die religidsen Genossenschaften der Griechen, Z. f. wiss. Th., 1876, p. 465-562. Zur Geschichte der Anfängen der paulinischen Gemeinden, Z. f. wiss. Th., 1877, p. 89-130. Voir aussi ses commentaires sur les épîtres aux Corinthiens. L’essentiel des idées de Heinrici a été admis par HaATcn, The Organization of the earlw christian Churches?, London, 1882.

reçues et fait observer, en s'appuyant sur les travaux qui ont révélé l’organisation religieuse et sociale du monde antique, que certains éléments caractéristiques de la constitution des synagogues ne se retrouvent pas dans l’Église de Corinthe où l’on ne relève aucune trace d’un collège d'anciens correspondant à celui des apyrrvræywyo.. Dans le culte, aucune place n’est faite à la lecture de la Loi et des prophètes, cet élément essentiel du culte synagogal. De telles différences ne s’expliqueraient pas si la synagogue avait vraiment servi de modèle à l’organisation de l’Église. Heinrici note encore qu’on ne trouve pas dans l’Église de Corinthe l’idée de la juridiction de l'Église sur ses membres puisque Paul est obligé de demander le jugement de l’incestueuxt et de s'élever contre l’habitude des fidèles de porter devant les tribunaux païens les conflits qui s’élevaient entre eux (6,1 s.). Enfin, il note que les réunions de l’Église avaient lieu le dimanche et non le samedi (I, 16,2). Il y a, d’autre part, des analogies frappantes entre l’organisation de l’Église et celle des thyases ou associations religieuses

1. Cette observation n’est d’ailleurs pas entièrement juste puisqu'il semble bien que Paul reproche aux Corinthiens de n'avoir pas senti qu'une action disciplinaire aurait dû être exercée dans le cas de l’incestueux.

356 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES

païennes! : accueil des déshérités, vie commune, repas corporatif, par exemple. Heinrici en conclut que c’est sur le modèle des associations religieuses païennes que les Églises se sont constituées.

Dans son livre sur Les origines de l’épiscopat (Paris, 1894, p. 101-122 et surtout 180-194), Jean Réville a proposé une solution moyenne qui paraît être la plus juste parce que, mieux que les autres, elle tient compte de toutes les données du problème. Il n’y aurait eu, d’après lui, imitation systématique d’aucun modèle mais l’Église se serait spontanément développée en empruntant certains éléments tantôt à la synagogue, tantôt aux associations religieuses grecques?.

Il y a quelque chose de nouveau et d’original dans la communauté chrétienne puisqu'elle porte le nom d’Église’ et non celui de thyase

1. Mommsen, De collegiis et sodaliciis Romanorum, Kiliae, 1843; FoucarT, Les associations religieuses chez les Grecs, Paris, 1873 ; LieBENAM, Zur Geschichte und Organization des rômischen Vereinswesens, Leipzig, 1890; ZieBARTH, Das griechische Vereinswesen, Leipzig, 1896; PozanDp, Geschichte des griechischen Vereinswesens, 1899.

2. Jon. Weiss (1 Cor., p. xvrs.) se rallie à une conception très analogue à celle de Jean Réville.

3. Le mot d'Église qui n’a jamais un sens religieux dans la grécité profane n’est que la reprise de la notion israélite de l'assemblée d’Israël (Kahal Yahweh LXX txxhnoia)

ou de synagogue des chrétiens. L'Église, c’est l’assemblée concrète des fidèles, c’est la communauté locale groupée dans le culte et surtout dans la célébration du repas du Seigneur. De cette notion, Paul s’élève à une conception plus générale, celle de l’Église idéale, corps du Christ et synthèse des Églises locales.

Le centre de la vie de l’Église était le culte. Il se célébrait probablement, sinon exclusivement du moins d’une manière plus solennelle, le dimanche:. Les instructions que Paul donne à son sujet dans les chapitres 12 et 14 de la première épître montrent qu’il n’avait pas encore

mais l’élément national est complètement éliminé, ou, plus exactement, dépassé. Le terme d’Église appliqué à la communauté chrétienne paraît antérieur à Paul mais, malgré MH., 16,18 ; 18,17, il est douteux qu'il remonte jusqu'à Jésus. Cf. HARNACK, art. Verfassung, R. E., XX, p. 512; Jo. NWEISS, 1 Cor., p. XVI.

1. C’est ce que pensent, par exemple, GUNKEL (Zum religionsgeschichtlichem Verständniss des Neuen Testaments, Goettingen, 1903, p. 73), Scaürer (Die siebentägige Wocke im Gebrauch der christlichen Kirche des ersten Jahrhunderts, Z. N. T. W., VI, 1905, p. 1) et J. Weiss (p. 381). Cela semble résulter du conseil que Paul donne à propos de la collecte de mettre de côté, le premier jour de la semaine, ce qu’on veut y consacrer (7, 16,2). On peut rapprocher de ce fait la célébration du repas du Seigneur un dimanche, à Troas (Actes, 20,7 s). Cependant, le fait que Paul ne paraît pas connaître le terme de xvproxn uépx qui sera employé à partir de l’Apocalypse (1, 10) ne permet pas d’établir une relation directe entre le dimanche et le repas du Seigneur.

358 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES

de forme arrêtée. Chacun y contribuait, suivant les dons qu’il recevait, glossolalie, interprétation, prophétie, psaume, révélation, ensergnement. Aucune allusion ne permet de supposer que la lecture de l'Ancien Testament y ait eu place, à plus forte raison, qu’elle en aït constitué un élément essentiel, Il n’y avait, à l’origine, aucun rudiment de discipline ; la forte personnalité de l’apôtre suffisait, sans doute, pour imposer un certain ordre.

La manifestation la plus élevée de la vie de l’Église était la célébration du repas du Seigneurt. C'était un repas fraternel dans lequel les provisions apportées par chacun étaient mises en commun?. À un moment de ce repas — nous ne savons lequel — le pain était rompu et distribué, une bénédiction était prononcée sur la coupe qui circulait ensuite, et les fidèles mangeaient le pain et buvaient la coupe avec le sentiment de communier ainsi avec le corps et le sang du Seigneur et de commémorer sa mort en même temps qu'ils évoquaient le moment de son retour.

1. Sur le repas du Seigneur à Corinthe, voir MAURICE GOGUEL, Eucharistie, p. 143 s.

2. 11 en a été ainsi, du moins, pendant le séjour de Paul à Gorinthe. Après son départ, il se produisit des abus sur lesquels nous reviendrons.

En principe, l'autorité appartenait à la communauté elle-même mais ce ne devait être que dans des cas exceptionnels qu'elle l’exerçait directement (7, 5,4). En fait, certaines fonctions particulières, administratives ou spirituelles, étaient remplies par certains hommes qui, cependant, tenaient leur autorité, non d’une délégation de l’Église, mais d’un don et d’un appel de l’Esprit (7, 12,28 s.).

Pour entrer dans la communauté, il fallait rompre avec le péché mais non se séparer du monde (1, 5,9). Les fidèles continuaient à avoir des relations avec leurs concitoyens païens, ils n’éprouvaient aucun scrupule à s'asseoir à la même table qu'eux. Il arrivait fréquemment que de deux époux un seul était devenu chrétien et, dans les premiers temps, on ne semble pas avoir eu le sentiment que cette situation posait un problème. Ce n’est qu'après le départ de l’apôtre que certains se demandèrent si l'époux chrétien ne devait pas se séparer de son conjoint resté paien.

Dans leurs relations avec les gens du dehors, les chrétiens étaient dominés par une préoccupation de propagande. C’est elle qui explique l'habitude qu'ils avaient d’accueillir au culte des non-chrétiens, tïüra et &miore: (1, 14,16.23) ; les premiers étaient, vraisemblablement, des

gens qui suivaient régulièrement les assemblées, avec l’intention plus ou moins arrêtée de devenir chrétiens, les seconds étaient de simples curieuxt.

Peu après sa comparution devant le tribunal de Gallion, Paul quitta Corinthe en compagnie d’Aquilas et de Priscille’. Son départ se place, sans doute, à la fin de l’automne 51, la saison avancée expliquerait bien la hâte qu'il avait d'arriver en Syrie. Quelques exégètes pensent qu’à son passage à Cenchrées, Paul se fit raser la tête pour se libérer d’un vœu qu’il aurait fait, peut-être à son arrivée à Corinthe. Le sens naturel du passage des Actes (18,18) qui relate cet incident, d’une manière d’ailleurs assez obscure, indique plutôt qu’il se rapporte à Aquilas’. Le fait qu’un familier de Paul a fait preuve d’un tel attachement aux usages juifs est, à lui seul, significatif.

De Cenchrées, Paulet ses compagnons gagnè-

1. Cette distinction est faite par Jon. Weiss (p. 333) et écartée par LIETZMANN (p. 75).

2. On ne peut déterminer si Priscille et Aquilas avaient été impliqués dans la plainte déposée contre Paul ou s'ils quittèrent Corinthe pour des raisons personnelles.

Page 1