‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 41 sur 98 · Point de vue de Bornemanx et de HiLGENrFELD · texte numérisé non relu

Point de vue de Bornemanx et de HiLGENrFELD

3. Nous prenons pour point de départ la reconstitution donnée par Blass des deux recensions & et £.

semblables ou parallèles,soit des Actes eux-mêmes, soit des évangiles. En voici un exemple caractéristique. Dans le premier récit de la conversion de Paul (9,5) on lit dans le texte à : « Je suis Jésus que tu persécutes, lève-toi... »; la recension £ ajoute : «Il te serait dur de regimber contre l’aiguillon. Et lui, tremblant et épouvanté de ce qui était arrivé, dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse et le Seigneur lui dit : Lève-toi ». Comment ne pas reconnaître ici l'influence du chapitre 22 (v. 10) qui a fourni la question : « Que ferai-je Seigneur ? » et celle du chapitre 26 (v. 14) d'où viennent les mots: «Il te serait dur de regimber contre l'aiguillon » ? De même dans 7,18, avant de dire que Judas se précipita, £ le fait se pendre : ce détail vient manifestement de A/4., 27,5 *, Il y a donc dans la recension £ tout un groupe de variantes harmonistiques qui sont par conséquent . nettement secondaires.

D’autres fois, comme dans 13,33, la leçon de 6 a pour effet de mieux conformer une citation au texte de l’Ancien Testament. Ce type de variante caractérise en général les textes relativement jeunes. -

On peut en dire autant des nombreuses variantes qui ont pour effet de préciser des circonstances de

1. On trouvera l'indication d’autres leçons présentant le même caractère dans Von Sopen, Die Schriften, 1, p. 1825 s.

temps (7,5; 5,21) ou de lieu (72,1.20) ‘ ou de situation (2,37). La recension & présente en outre, par rapport au texte «, quelques additions stylistiques. La suppression de ces petits membres de phrases par l’auteur [ui-même, revisantson œuvre, ne s’expliquerait chez lui que par une préoccupation d'abréger qu'il ne peut pas avoir eue sans quoi il n'aurait pas laissé subsister les trois récits de la conversion de Paul ou les nombreux éléments du récit de Corneille qui forment doublet. Et l’on ne peut non plus expliquer les divergences dont nous parlons en renversant le système de Blass et en faisant de £ l'original et de « la copie faite par Luc lui-même car l'addition de ces éléments ne s’expliquerait pas plus de la part de l’auteur luimême que leur suppression.

Les observations qui précèdent sont confirmées par l'examen de quelques-uns des passages où les divergences entre les recensions + et £ ne sont pas de pure forme.

6,1. Les Hellénistes se plaignent que leurs veuves soient négligées dans le service quotidien, 6 ajoute « par les diacres des Hébreux ». Cette addition ne peut provenir de l’auteur des Actes ‘lui-même pour qui il n’y avait pas de diacres 1. Voir aussi le relevé des variantes géographiques de $

donné par Harnacx (III, p. 97 s.) qui tient la plupart d’entre elles pour secondaires.

avant l'épisode rapporté. Elle ne peut provenir que d'un rédacteur qui a mal lu son texte. Loisy (p. 298) lui attribue en outre le désir d'écarter des apôtres tout soupçon d’injustice.

8,37.38. 8 introduit, après la demande du baptême par l’eunuque, ce dialogue entre Philippe et lui : « Philippe lui dit : Crois-tu de tout ton cœur ? et lui répondit : Je crois que Jésus est le Fils de Dieu. » Il y a ici une addition faite par un homme d’Eglise qui aura été choqué que le baptême de l'eunuque n’ait pas été, comme l’exigeait de son temps la liturgie, précédé d’une confession de foi explicite (PreuscHeN, p. 54; Loisy, p. 382).

9,40. Une préoccupation du même ordre a déterminé l'addition à la parole de Pierre « Tabitha, lève-toi » des mots « au nom de Jésus-Christ * ».

11,27.28. Recension «. « En ce temps-là, des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche. L'un d'eux, du nom d’Ananias, se levant, révéla par l'Esprit Saint. »

Recension ÿ. « En ce temps-là, des prophètes descendirent de Jérusalem à Antioche. Il y eut une grande joie et, comme nous étions assemblés,

1. Loisx, p. 431. — PREUSCHEN (p. 63) considère au contraire Jes mots « au nom de Jésus-Christ » comme un élément indispensable du récit, par conséquent comme primitifs. Mais s’ils étaient ainsi nécessaires on ne comprendrait pas qu’ils aient été supprimés dans tant de textes.

l’un d’entre eux, du nom d’Agabus dit, révélant par l'Esprit Saint...

Ici encore le ne secondaire du texte 8 n’est pas douteux. Harnack ‘ a fait valoir pour l’établir une série d'arguments dont l’ensemble nous paraît décisif. Nous nous bornerons à relever les plus importants. D'abord le « nous » de 11,27 est différent du « nous » qu’on rencontre à plusieurs reprises dans la seconde partie du livre. Il désigne l’auteur — que ce soit celui du livre ou de la source peu importe — non pas comme un compagnon de route de Paul mais comme un membre de l'Eglise d'Antioche. Or il est question de cette Eglise en d’autres endroits du livre sans que jamais rien n'indique que l’auteur ait avec celle une relation particulière. À cela s'ajoute que ce « nous » est mal intégré. Il est précédé (71,26) et suivi (71,28) de mentions tout à fait objectives des disciples ?

Zahn (Einl., Il, p. 342) soutient que si l’auteur

1. Uber den ursprünglichen Text Act. Apost. 11,97-26, Siltzungsberichte der kôn. preuss. Akad. der Wissensch.zu Berlin, XVII (1899), p. 316-827.

2. WeEnpr (p. 193) a tenté de répondre à cet argument en supposant que le v. 29 ne reproduisait que très imparfaitement la source où il était primitivement question d’ « une faim d’entendre la parole du Seigneur ». Est-il nécessaire de dire combien cette hypothèse est arbitraire et, pour employer l’expression de Loïsx (p. 473), quelle « bêtise » il faudrait ici prêter

au rédacteur ?

de la recension £ avait eu l'intention d'introduire dans son texte une allusion à la tradition relative à l’origine antiochienne de Luc il aurait trouvé pour le faire un endroit mieux approprié, par exemple en 23, 11, et qu'il aurait pu lui donner une forme plus précise en introduisant un membre de phrase tel que « moi Luc qui étais d’Antioche » (xaiiyw Asvxës "Avrwyeis). On peut répondre à cela que l’auteur de & peut avoir choisi la première place où il était question de l’Eglise d’Antioche.

En tout cas Le passage du texte à au texte B est beaucoup plus facile à concevoir que le rapport inverse. On ne s’expliquerait pas, en effet, qu’un rédacteur quelconque, soit Luc lui-même, soit un autre, ait pu effacer un détail qui avait pour conséquence de rapprocher l’auteur du récit des faits qu’il rapportait. On peut au contraire facilement expliquer l'introduction d’une première personne *.

Aux arguments invoqués par Harnack, Loisy *

1. Il n’est pas nécessaire pour cela d’expliquer, comme l’a proposé Hannack (art. cilé, p. 324), la leçon uv comme une corruption de rov palnry ou de aèr&v.

2. Loisy, p.473. Loisx ajoute que dans la recension f les mots Éon..… cnuaivwy annoncent un discours que le texte ne donne pas. Cet argument ne nous paraît pas probant. Il suffit en effet, pour que la phrase soit coulante, de donner comme complément à Egn le membre de phrase Apov peydAnv pédkety Écecdar.… en

en ajoute un autre qui nous paraît avoir une grande portée mais que nous nous bornerons à indiquer, parce qu’il soulève une question sur laquelle nous aurons à revenir : c’est que toute la mise en scène de cet épisode est fictive et que le motif donné au voyage n'est pas historique. Il y a donc ici un petit tableau qui ne peut pas émaner d’un témoin oculaire *.

12, 10. Dans le récit de la délivrance de Pierre le texte « dit : « Ils sortirent et marchèrent dans une rue », le texte 8 dit : « Ils sortirent, descendirent les sept degrés et marchèrent dans une rue ». D'après le texte 6, Pierre aurait donc été enfermé dans la forteresse Antonia, à même où Paul fut conduit après son arrestation et les sept

mettant onmxaivwy Ôix toù nvedwatoc entre deux virgules. 11 n’y a rien, en effet, qui oblige à établir dans le texte $ entre }rpov x.

7. À. et'onuaxt/wv la relation qu’il y a dans le texte « entre ce membre de phrase et Ecigavev.

1. En dehors de Zahn et de Wendt se sont prononcés pour le texte 6 Brass, Zu den zswet Textlen der Apostelgeschichle, St. u. Kr.,1900,p. 13 s.; DrArsecxe, Zur Ueberlieferung der Apostelgeschichte, Z.f. wiss. Th.,1894, p. 197; Hireenrecn, Nachwort zu Acta Apostolorum græce et latine, Z. f. wiss. Th., 1899, p. 384 s.; Zoscxzer, Die Aposlelgeschichtle als Gegenstand h6herer und niederer Kritik, Greisswalder Studien...H Cremer dargebracht, p.137; Porr, Der abendländische Text des Apgsch., p.69 s.; NorDen, Agnostos Theos, p. 325. — B. Werss (Der Codex D.in d. Apgsch.,p. 111 s.) considère que la leçon de $ pourrait être tenue pour primitive sans que, pour cela, la thèse de Blass * fût établie. Il conclut cependant en faveur du texte x.

degrés qu'il descend avant de se trouver dans la rue sont ceux du haut desquels Paul s’adresse à la foule (21, 40). Zahn (Eïnl., Il, p. 352) estime qu’il y a là un détail qui ne peut avoir été introduit après coup parce qu'il suppose une connaissance exacte de la topographie de Jérusalem et qu'il présente en lui-même trop peu d'intérêt pour que son addition soit expliquée. Wendt (p. 97), et Preuschen (p. 77) reconnaissent avec Zahn que cette addition suppose chez le rédacteur des connaissances topographiques précises. Harnack (II, p. 98), tout en admettant qu'il pourrait y avoir ici quelque chose d’original, fait remarquer que le goût du rédacteur pour les détails circonstanciés expliquerait assez bien l'addition. Reste il est vrai à dire d’où il aurait pu la tirer. Loisy ‘ pense au passage 27, 35-40, où il est parlé des

1. P. 487. Zaun (Einl., 11, p. 352) a essayé de répondre à l'avance à une explication comme celle de Loisy en disant que dans 2f, 35. 40 il est question d’un escalier qui part de la place du Temple, dans notre passage, au contraire, d’un escalier qui réunit la rue à la forteresse. Mais il faudrait, à supposer qu'il s’agisse bien de deux escaliers différents, établir que l’auteur de $ n’a pu les confondre et surtout il ne nous semble pas établi que ce soit sur la place du Temple que Paul u été arrêté. Si l'épisode qui a déterminé son arrestation s’est produit dans le Temple la scène se déplace puisqu'il est dit (21, 30) que les portes du Temple furent fermées. On peut supposer que c’est au moment où l’on entraîne Paul hors de la ville pour le Jlapider que le tribun survient.

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marches à propos de l'arrestation de Paui. Il est vrai qu'il n’est pas dit qu’elles sont au nombre de sept, mais rien ne prouve que ce dernier détail soit exact et qu'il n’ait pas été imaginé par l’auteur. Ce qui nous paraît d’ailleurs constituer l’objection la plus grave à la priorité du texte £ pour ce passage c'est qu’il est absolument impossible, si on le prend pour point de départ, d’expliquer la suppression dans + du détail pittoresque qu'il est seul à avoir.

Dans le chapitre 15° le texte occidental se distingue du texte oriental par une série de leçons qui ont pour effet de présenter sous un jour très différent les faits rapportés. lei il ne s’agit pas de corrections de détail mais d'une complète transformation de la tradition. En ce qui concerne ce chapitre le problème ne peut pas être traité en-

1. Sur cette question on consultera, outre les commentaires et les ouvrages généraux sur le texte occidental, les études suivantes que nous citons entre beaucoup d’autres : HiLGENFEL»D, Das Apostelconcil nach seinem urspränglichen Wortlaute,Z.f. wiss. Th., 1899, p.138 s.; Harnack, Das Aposteldekret und die Blass’sche IHypothese, 1899 (Sitzher.Berl.Akad.) [pour le texte]; id., III,p. 190 s. [pour le texte f]; Sanpayx, The apostolic decree Acts 15, 20-29, Theol. St. f. Th. Zahn, Leipzig, 1908, p. 317 s.; H. Dreuz, Das sogenannte Apostleldekret, Ein Beitrag zur Kritik von À Harnack’s Apostelgeschichte, Z. N.T. W., 1909, p.277s.; G. Rescu, Das Aposteldekrelt nach seiner ausserkanonischen Textgestalt, Leipzig, 1905 (T.U.N.F. XI11.3] ; F. Diseuus, Die

doppelte Ueberlieferung des Aposteldekretes, St. u. Kr., 1914, p. 6185.

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‘tièrement du point de vue de la critique du texte. La donnée la plus importante pour sa solution est fournie par la critique du récit lui-même. Nous aurons à y revenir et nous trouverons ainsi l’occasion de vérifier, d’un autre point de vue, les conclusions auxquelles nous aurons été conduit. Voici, dans l’ordre où on les rencontre, les principales divergences entre les deux textes « et £ dans le chapitre 15.

v. 1.2: «Des gens venus de Judée ». Bajoute:«de ceux de la secte des pharisiens »,c’est une addition qui semble postérieure et qui paraît destinée à faire comprendre à des lecteurs qui ne le saisissent plus directement, l'intérêt que présente pour des judéo-chrétiens l’observation de la Loi.

a: « Si vous n’êtes pas circoncis suivant la coutume de Moïse ». 6: « Si vous n'êtes pas circoncis et si vous ne vivez pas selon la coutume de Moïse ». La leçon de & provient de la réflexion d’un rédacteur qui aura remarqué que, dans la suite, il n'est pas question exclusivement de la circonci- Sion.

v. 2.4: € [1 y eut une discussion et une dispute assez vive entre Paul et Barnabas et eux. On décida que Paul et Barnabas et quelques autres d’entre eux ‘ se rendraient à Jérusalem auprès des

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