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AUGUSTE SABATIER, L'auteur du livre des Actes des Apôtres

a-t-il connu et utilisé dans son récit les épîtres de saint

Paul ? dans Etudes de critique et d'histoire {Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Etudes, Sciences Relig., t. I) Paris, 1889, p. 205-229.

2. C’est ce qu'ont pensé par exemple ZELLER, p. 518 s. ; Over- BECK, P. LiXx ; WerzsæckER, Das apostolische Zeilalter der christiischen Kirche, Freiburg i. B., 1892, p. 175 s. ; Voz- KMAR, Paulus von Damaskus bis zum Galaterbrief, Zürich, 1887, p. 7ss. ; JAcoBseN, Quellen des Apsgsch., p.8 s.; Hozrz- MANN, H. C., 1, 2, p. 8. 10 ; Gerke, Der deûtepoç Xoyoc des Lukas und die Apostelgeschichte, Hermes, 1894, p. 378 ; H. Scxurze, Ursprünglichkeit des Galaterbriefs, Leipzig, 1903, p. 7 s. ; P.-W. Scamwot, Die Apostelgeschichte bei de Welte-Overbeck und bei Adolf Harnack, Basel, 1910, p. 37 ; W. Sozrau, die Herkunft der Reden in der Apostelgeschichte, Z.N.T. W., 1903, p. 128 s. ;’ WenpLanp, Die urchristlichen Literaturformen, p. 319 ; Loisy, p. 415. 475 et passim.

lui fournissaient les épiîtres. C'est pourquoi beaucoup de critiques se sont, principalement à la suite de la brillante étude d’Auguste Sabatier, prononcés contre l’utilisation des épitres de Paul par l’auteur des Actes *.

Il y a en effet dans les Actes un tableau de l'activité et de la personnalité de l’apôtre Paul qui, sur des points essentiels, contredit si nettement des données précises des épitres que l’hypothèse de l’utilisation de ces documents conduirait à penser que l’auteur des Actes a dénaturé l'histoire de son héros et si gravement qu’on ne pourrait guère écarter l’idée que cela aitété d’une manière consciente et voulue. C’est bien ainsi que l'ont entendu les théologiens de l’école de Tubingue. Mais il y a, nous semble-t-il, une erreur de méthode à faire intervenir en premier lieu des considérations d'ordre général comme celles qui sont tirées des tendances de l’auteur. Il convient en effet d'aller du particulier au général et non inversement.

Deux questions sont à examiner: celle des ac-

1. NœsGEn, Kommentar über die Aposlelgeschichte, Leipzig, 1882 ; Srecx, Der Galaterbrief nach seiner Echtheit untersucht, Berlin, 1888, p. 78-151 ; Schw. Th. Zeilschr., 1890, p. 153 s. ; Zauw, Einl., Il, p. 410 ; Jüricuen, Einl., p. 408 ; Wenpr, p. 40 s.; JacQuier, Hist., Il, p. 97 ; V. H. Sranron, The Gospel as historical documents, II, Cambridge, 1909, p. 242 s.; Deissmann, Paulus, Tubingen, 1911, p 17.

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cords que l’on constate entre le livre des Actes et les épîtres d’abord, puis celle des désaccords et surtout des omissions car s’il y a quelques points où les épitres contredisent les Actes, il en est d’autres où l’on est surpris, étant donnés l’allure et le caractère du récit des Actes, de ne pas trouver mention de certains faits attestés par les épiîtres.

En ce qui concerne l'harmonie entre les Actes et les épîtres, l'hypothèse d’un contact direct ne s'imposerait que dans deux cas; d’abord s’il était établi que le livre des Actes a été composé par un homme qui ne pouvait avoir, directement ou indirectement, aucune connaissance de l’histoire de Paul si ce n’est par les épîtres et ensuite si Les accords constatés n’existaient pas dans les faits seulement mais aussi dans les mots, c’est-à-dire si les Actes et les épîtres ne se bornaient pas à rapporter les mêmes faits mais le faisaient dans les mêmes termes. Or ni l’une ni l’autre de ces deux hypothèses n’est réalisée. L'auteur des Actes dispose, en tout cas, pour la biographie de Paul, d’autres sources que les épitres et, parmi ces sources, il y en a d'excellentes et qui inspirent toute confiance ; quant aux accords verbaux, ils sont, pour ainsi dire, inexistants. L'hypothèse de l'utilisation des épîtres par l’auteur du livre des Actes en ce qui concerne les lignes générales de

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la biographie de Paul, n’est donc ni nécessaire ni suffisante : elle doit par conséquent être regardée comme superflue.

L'étude des quelques épîtres à propos desquelles la question de contact pourrait se poser permet, croyons-nous, de confirmer et de renforcer cette conclusion.

Prenons d’abord la première épître aux Thessaloniciens ‘. Sur bien des points il y a accord entre ce qu’elle nous dit et ce que nous apprennent les Actes : Paul est arrivé en compagnie de Silas après avoir subi de mauvais traitements à Phi- Hppes(Actes, 16, 19-40; 17, 4. cf. I Thess.,1, 1 ; 2,2) Sur un point même on constate une analogie d’expression telle que l’on pourrait songer à une réminiscence de l’épitre dans les Actes * s'il ne s’agissait pas d'une des expressions qui devaient être les plus courantes chaque fois que l’on parlait de la conversion des païens, mais diverses observations diminuent singulièrement la portée des constations faites. L’épître donne au collaborateur de Paul son nom complet XZikouxv>s tandis que les Actes l’appellent Xfx. Les renseignements sur

1. Nous pouvons négliger la seconde épître qui n'ajoute aucun détail historique concret à ceux que contient la première. 2. Actes, 14, 15 : and toûtev Tov maraiov Emioroépsty mé Bedv tvra. Cf I Th., 1.9 : Émzotpébare mods Tov Pedy amd ToY sidoküy

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lesquels les deux documents s’accordent sont ceux .

qui ne pouvaient guère manquer dans une tradition sur la fondation de l'Eglise de Thessalonique, si générale qu'on la suppose. D'autre part il y a dans les Actes une foule de détails qui ne sont à aucun degré suspects et qui ne peuvent venir de l'épitre en sorte qu'il faut, en tout cas, admettre que le narrateur a disposé d'une bonne source

autre que les épîtres pour raconter l’histoire de

la fondation de l'Eglise de Thessalonique. L’utilisation de la première épître est, de plus, exclue, à notre avis, par une erreur qui porte sur un point secondaire mais que l’auteur des Actes n'aurait pas commise s’il avait eu le texte de Paul sous les yeux. D’après les Actes, Paul est venu seul à Athènes, Silas et Timothée sont restés à Bérée et ce n'est qu'à Corinthe qu’ils ont rejoint l’apôtre (Actes, 17,4; 18, 5,). D’après l’épiître au contraire (1 Thess., 3, 2,) c’est d'Athènes que Paul a envoyé Timothée à Thessalonique ‘.

La comparaison des Actes avec les deux épîtres aux Corinthiens conduit à des constatations. du même ordre. L'utilisation de ces deux épitres est même plus improblable encore que celle de la première épître aux Thessaloniciens. Les. Actes

1. STANTON, The Gospel as hist. doc., 11, p. 243. Il n’est pas question de Silas qui était peut-être resté en Macédoine.

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ne donnent pas, à propos de l'Eglise de Corinthe, un certain nombre de noms propres (Stéphanas, Fortunatus, Achaïcus, Gaius etc.) qu’un auteur qui aurait connu les épîtres aurait vraisemblablement utilisés pour illustrer son récit. Comment un narrateur qui aurait eu les épîtres aux Corinthiens sous les yeux aurait-il négligé d'apprendre à ses lecteurs ce qu'avait été la Lutte contre les bêtes fauves soutenue par l’apôtre à Ephèse (1 Cor. 15,32) ou bien le péril auquel il avait échappé en Asie (11 Cor., 1,8-11)? Comment aurait-il pu ne pas mettre son récit en harmonie avec le résumé de sa biographie que l’apôtre donne dans 11 Cor., MAO 6?

C'est principalement à propos de l’épitre aux Galates que la question des relations entre les épîtres de Paul et Le livre des Actes a été vivement débatiue. La discussion porte sur le récit de la seconde visite que Paul fit à Jérusalem, à

1. STANTON, T'he Gospel as hist. doc., Il, p. 243. — SABATIER (L'auteur du livre des Actes... p. 220 s) croit qu'une objection grave pourrait être faite à l’ignorance de la première épître aux Corinthiens par Luc si on retenait le texte oriental du récit de la cène dans Luc (22,20-21) parce que ce récit lui paraît être constitué par un emprunt à la première aux Corinthiens.Nous croyons, quant à nous, qu’il faut retenir le texte oriental mais que ce texte et celui de Paul dérivent d’une source commune. Voir là-dessus Maurice GoGue, l’Eucharistie des origines à Justin Martyr, Paris, 1910, p. 108 s. 121 s.

l’occasion de ce qu’on appelle la conférence de Jérusalem. D’après les Actes ce serait la troisième venue de Paul dans la ville sainte après sa conversion, alors que, d’après l’épître aux Galates, ce n’est que la seconde. Négligeons ce détail et tenons-nous en à l'essentiel. Entre Le récit d'Actes, 15, et celui de Gal., ?, comme nous le verrons dans l’analyse que nous donnerons plus loin, il y a plus que des divergences de détail, il y a une opposition radicale d'inspiration. Les deux récits se contredisent et il n’y a aucun artifice d'interprétation qui puisse les harmoniser. 1] n'y a, dès lors, que deux explications possibles. Les deux documents sont indépendants l’un de l’autre ou bien l’un est une rectification ou une altération de l’autre.

[1 faut délibérément écarter l'hypothèse d'après laquelle le récit primitif se trouverait dans les Actes et aurait été altéré dans l'épitre aux Galates. Cette hypothèse conduirait nécessairement à rejeter l'apôtre Paul hors de l'histoire et à faire de toute la littérature paulinienne une énigme indéchiffrable. Les difficultés seraient autres, mais à certains égards ne seraient pas moindres, si on entendait que l’auteur des Actes connaissant le récit de l’épître aux Galates avait entrepris de le corriger. Qu'on admette que ç’ait été pour rectifier ce qu’il considérait comme des

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