‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 52 sur 98 · The Gospel as historical doc., Il, p · texte numérisé non relu

The Gospel as historical doc., Il, p

Krenkel trouve 309 mots communs à Luc, à Josèphe et aux LXX ; 87 mots qui se trouvent dans Luc et dans les LXX et manquent chez Josèphe ; 172 qui se rencontrent chez Luc et Josèphe et manquent dans les LXX ; 177 qui se rencontrent chez Luc et manquent chez Josèphe et dans les LXX (KRENKEL, p. 289 s.).

Ces chiffres dénotent incontestablement une affinité du vocabulaire de Luc avec celui de Josèphe plus grande que celle qu’il a avec le vocabulaire des LXX. On a cependant fait valoir toute une série de considérations qui diminuent singulièrement leur portée (Zann, Einl., Il, p. 416 s.). D'abord l'absence d’un lexique de Josèphe et le fait que Krenkel a travaillé avant l'apparition de la grande concordance des LXX de Hatch-Redspeath font que l’on ne peut entièrement se fier à ses relevés. En second lieu — et ceci est beaucoup plus grave — Krenkel opère avec une notion trop étroite des LXX. II ne tient compte que des livres traduits de l’hébreu à l'exclusion de ceux qui appartiennent en propre à la Bible grecque. Il est infiniment probable que si l’on tenait compte de ces livres ‘ les rencontres entre Luc et Josèphe appa- 1. Pour ne donner qu’un exemple l’association des adjectifs xah6c et &yalés que Krenkel donne comme propre à Luc et à

Josèphe et tout à fait étrangère (vôllig fremd) aux LXX (p. 110) se trouve dans Tobith., 5, 13;7,7;9,6.IV Mach.,4, 1. II Mach.,

“raîtraient moins frappantes.Elles le seraient moins encore si on élargissait le domaine exploré en y faisant entrer les Pseudépigraphes à côté des Apocryphes et en outre Philon, les historiens de Polybe à Hérodien, les médecins, etc.

D'autre part, si l’on s’en tenait à la manière dont Krenkel a posé le problème, il conviendrait d'éliminer de ses listes les termes qui expriment des idées ou des faits qui étaient en dehors de l’atmosphère des auteurs bibliques comme par exemple le terme d’&vfürares (consul).

Il est probable que si l’on faisait subir aux statistiques de Krenkel les réductions indiquées ce qui resterait pourrait,comme l'indique Zahn(Enl., II, p. 417), s'expliquer par le fait que Luc et Josèphe racontent tous deux l’histoire juive et sont à peu près des contemporains.

Krenkel a aussi fait valoir en faveur d'une dépendance de Luc par rapport à Josèphe, l’analogie qu'il y a entre les prologues du troisième évangile et‘des Actes et ceux des œuvres de Josèphe (p. 51s.,145s.) notamment ceux de la Guerre Juive et du Contre Apion. Get argument ne peut plus être retenu après les études de Norden (p. 3125.) qui ont montré que le prologue des Actes est construit sur le type régulier des prologues grecs. D'ailleurs, même si un contact était constaté entre les prologues de Luc et de Josèphe, il faudrait se

LES CONTACTS LITTÉRAIRES 2e

demander si un aussi bon écrivain que Luc pourrait sêtre mis à l’école d’un homme qui, de son propre aveu, ne pure sans aide, écrire correc-

tement le grec :.

Les considérations de style et de rue ne

constituent qu'une partie de l’argumentation de Krenkel. Il convient d'examiner maintenant quelques-unes des rencontres de fond dont il a prétendu pouvoir conclure que les œuvres de Josèphe constituaient une des sources auxquelles a puisé Luc. Mais il faut avant tout faire ici une observation d'ordre général. Un accord de fait ne suffit aucunement pour qu'on puisse affirmer une dépendance puisque cet accord peut s’expliquer soit par la dépendance à l'égard d'une source commune, soit par deux témoignages indépendants mais concordants. Il faut donc pour qu’on puisse conclure à un contact qu'il y ait quelque chose de très caractéristique dans la manière dont les faits sont présentés. Cette exigence ne peut pas être diminuée, comme le voudrait Krenkel (p. 11), par la considération de la liberté avec laquelle Luc, dans son évangile, reproduit les sources

1. Zaun, Einl., II, p. 396. Krenxez (p. 53 s.) indique encore un autre argument qu’il suffit de citer sans commentaire. On . peut supposer, dit-il (Die Vermuthung liegt nicht fern) que la dédicace de Luc à Théophile (xoariore Ossou)e) est l’imitation de la dédicace du C. Apion (xpariore àvdp@v ’Erappdèrre). A l’ami d’Aphrodite, Luc a voulu opposer l’ami du vrai Dieu.

“qu'ilutilise : Marc et les Logia. Josèphe en effet ne pourrait, en tout état de cause, être pour Luc qu'une source tout à fait accessoire ; il est impossible de se le représenter mettant à profit l'œuvre de l'historien juif comme il s’est servi de Marc et des Logia.

Pour donner un exemple de la méthode que suit Krenkel, indiquons la manière dont il explique l'origine du récit, de l’envoi en mission des 70 (k À C) ou 72 (B D) disciples (Lc., 10, 1-20) Ce récit qui forme doublet avec l'envoi des apôtres (9, 1-6) provient sans doute de ce que Luc n’a pas remarqué que des récits de Mf., 9, 35 s. et de Mc., 6, 6 ?, l’un était le résumé de l’autre. Il les aura pris pour deux récits indépendants l’un de l’autre et, pour les mieux différencier, aura parlé dans le second récit de 70 (ou 72) diseiples.

Krenkel (p. 107 s.) croit que ce récit a été inspiré par Josèphe. Dans son autobiographie (CXI) Josèphe raconte que Varus, l'intendant du roi Agrippa Il, fit venir 12 notables représentant la Juiverie de Césarée pour inviter par leur intermédiaire 70 représentants des Juifs d'Echatane. Le rapprochement des chiffres 12 et 70 paraît à Krenkel significatif. Un autre argument vient confirmer son opinion. Le grand prêtre Eléazar envoie au roi d'Egypte Ptolémée Philadelphe en

vue de la traduction de l'Ancien Testament, 70 vieillards. Josèphe remarque à leur propos qu'il est superflu de transcrire leurs noms #v 49 raira droyeyoamévx ëv th ëmiorohn (qui étaient écrits dans la lettre) (Anig., XII, 2.7). Krenkel (p. 109) es-

time que Luc a pensé à ce textequand il a mis dans :

la bouche de Jésus au moment du retour des 70 cette parole : yalpere dE ôrt tù évbata uüv Eyéyoartot 2 rois obpavsis (Réjouissez-vous parce que vos noms sont écrits dans les cieux) (Lc., 10,20). Des rapprochements aussi extérieurs ne nous paraissent autoriser en réalité aucune conclusion.

Il est question dans Actes, 1, 13 de l’orsoüo ou chambre haute où se réunissent les disciples. Krenkel (p. 149s.)soutient, en s'appuyant sur Luc, 24,53 que ce local se trouvait dans les bâtiments du Temple. Admettons provisoirement cette interprétation bien qu'elle soit loin de s'imposer. Josèphe (Antig., VII, 14.10. VII, 3.2. de Bello Jud., V, 5.5) atteste l'existence dans le Temple d'irepox c’est-à-dire de salles autres que celles du rez-dechaussée. Krenkel en conclut que c’est à Josèphe que Luc à emprunté ce détail comme si l'historien juif seul avait pu le connaître et en parler.

Est-il légitime de même de soutenir, comme le fait Krenkel (p. 161), que ce ne peut avoir été que par Josèphe (Antig., XX, 9. 1) que Luc peut avoir su que le grand prêtre Hanne était sadducéen ?

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