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Nous arrivons maintenant au passage sur lequel
se concentre toute la discussion relative aux rap-
ports entre Luc et Josèphe, celui où il est question de Theudas (Actes, 5,36) (Krenkex, p. 112 s.). Gamaliel soutient devant le sanhédrin qu'un mouvement qui ne vient pas de Dieu doit tomber de lui-même. « Tout récemment, dit-il, Theudas s’est levé prétendant être quelque chose (Aéyuwy
* eivai tix éavrév) environ 4.000 hommes s’attachè-
rent à lui, il a péri (&vno{ôr), tous ceux qu'il avait persuadés (révreg &cor èméievrs adr®) se sont dispersés, il n’en est rien resté. Ensuite Judas le Galiléen s’est levé, c'était au temps du recensement. » Joseph parle de Theudas dans Ant., XX. V. 1.2: «Pendant que Fadus administrait la Judée, dit-il, un charlatan du nom de Theudas persuada à la foule (reifer rèv mhsioroy 6yAov) de le suivre au Jourdain après avoir amassé ses biens. Il se disait prophète (rpooñrns yao Eheyev eivu) et affirmait que sur son ordre le fleuve s’ouvrirait etleur offrirait un passage facile. Par ces paroles iltrompa beaucoup de gens. Fadus ne leur permit pas de tirer parti de cette folie ; il envoya contre eux une troupe de cavalerie qui tombant sur eux à l’improviste en tua beaucoup et en prit beaucoup vivants Theudas lui-même fut pris (äveïkev) et on lui coupa la tête qui fut apportée à Jérusalem. En outre on mit à mort les enfants de Judas le
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Galiléen qui avait soulevé le peuple contre les Romains au temps où Quirinius faisait le recensement.
Il y a incontestablement entre ces deux textes des analogies frappantes. Ce qui est plus remarquable encore que les quelques rencontres de mots qu'on y peut relever c’est que Josèphe et Luc rapprochent tous deux Theudas et Judas le Galiléen qu’une cinquantaine d'années séparent l’un de l’autre. Chez Josèphe la mention des fils de Judas rappelle le mouvement autrefois provoqué par leur père. Chez Luc il y a une confusion chronologique complète : non seulement deux faits séparés par près d’un demi-siècle sont présentés comme très proches l’un de l’autre mais encore Luc attribue à Gamaliel, à un moment qui ne peut en tout cas pas être postérieur à 35, et qui est’probablement de plusieurs années antérieur, une allusion à un événement qui ne devait se produire qu'entre 42 et 44!.
1. Il va sans dire que les tentatives pour justifier malgré tout le texte biblique n’ont pas manqué. Brass (Acta ap. sec. formam quaevidetur romanam, p. xvi; Neue Texleszeugen für die Apostelgeschichte, St. u. Kr., 1896, p. 459 s.) suppose que le nom de Theudas a été interpolé dans Josèphe d’après Luc. HILGENFELD (Acta Apost., p. 264) pense au contraire que le nom de Theudas a été interpolé dans les Actes. On peut rappeler aussi l’explication de Micnaeus (Einleitung in die Schriften des Neuen Bundes, 1‘, Gœttingen, 1788, p. 62 s.) qui pensait que Josèphe avait commis une erreur et celle de SonnraAG (Theudas der Aufrührer,Sl.u.Kr.,1837,p.622s.) et de Wresecer(Chron.Syn.,
L'hypothèse de la dépendance de Luc par rapport à Josèphe expliquerait le rapprochement de Theudas et de Judas le Galiléen mais cette hypothèse soulève une grosse difficulté. Le texte de Josèphe est si explicite qu'on ne comprendrait pas comment un auteur qui l’aurait connu aurait pu commettre la grossière erreur chronologique qu’on trouve chez Luc. Les explications généralement proposées, celles qui font intervenir l'idée d'une lecture superficielle, de notes prises sans soin et utilisées de même, ou bien d’une simple réminiscence ‘, sont décidément insuffisantes. A cette difficulté capitale qui s'oppose à l'hypothèse de la dépendance de Luc par rapport à Josèphe, on peut ajouter — à titre de complément — quelques objections de détail : ainsi Luc donne sur le nombre des adhérents de Theudas une indication qui paraît plus exacte que celle de Josèphe. Il dit « environ 4.000 hommes » alors que l’historien juif parle de la majorité du peuple. Or, d’après Josèphe lui-même, une seule aile de cavalerie, soit 500 hommes environ, suffit pour défaire les rebelles. Le fait s'accorde beaucoup : mieux avec la donnée de Luc qu’avec celle de p. 103 s.; Beitr.z. Würd. d. Ev.,p. 101 s.) reprise ensuite par Ramsay (Was Christ born at Bethlèhem ?? London, 1898, p. 2525.) qui pensent qu’il y a eu deux personnages du nom de Theudas.
1. Wenpr, p. 43; Lois, p. 288; ScamreneL, art. T'heudas, Enc. Bib., IV, col. 50495,
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LES CONTACTS , LITTÉRAIRES 129 Josèphe. D'autre part l'hypothèse de la dépendance de Josèphe par rapport à Luc est inadmissible. On aurait peine à se représenter un narrateur de l'histoire juive prenant pour guide un auteur qui ne pouvait lui fournir que des indications tout à fait indirectes et fragmentaires. Il serait aussi impossible de comprendre comment Josèphe copiant Luc aurait pu maintenir le rapprochement de Judas et de Theudas tout en corrigeant l’erreur chronologique commise dans les Actes. Il faut, croyons-nous, pour expliquer la relation entre Luc et Josèphe la concevoir comme indirecte. Certaines études tendent à prouver que, pour les sept derniers livres des Anfiquilés juives où se trouve Le passage qui nous occupe, Josèphe aurait utilisé une histoire d’Hérode allant jusqu’en 79. Ce pourrait être cette source que Luc aurait connue. Les indications chronologiques sur Judas et Theudas pourraient avoir été enveloppées de quelque obscurité, ce qui expliquerait la confusion commise par Luc tandis que Josèphe, mieux avisé ou disposant de sources complémentaires, aurait présenté Les choses sous leur vrai jour.
La conclusion générale à laquelle nous aboutissons est donc que l’œuvre de Luc est indépendante de celle de Josèphe.
1. G. Hoszscner, Die Quellen des Josephus für de Zeit von Exil bis zum jüdischen Kriege, Marburg, 1904. ;