‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 56 sur 98 · LE vocABULAIRE · texte numérisé non relu

LE vocABULAIRE

Henry J. Cadbury fournit dans son étude sur le style et la méthode littéraire de Luc les données statistiques suivantes * : l'œuvre de Luc comprend 35.239 mots, son vocabulaire 2.697 termes, dont 715 (d’après un autre compte : 750 [p. 8j), ne se trouvent pas ailleurs dans le Nouveau Testament. Seul le vocabulaire de Paul peut lui être comparé avec ses 31.457 mots, ses 2.416 termes dont 797 lui sont particuliers. Si on exclut les Pastorales, le nombre des termes du vocabulaire paulinien est réduit à 2.170 et celui des apax à 593, (p.3).

Les mots du vocabulaire de Luc se rencontrent

1. GoopsPeer, The Vocabulary of Luke and Acts, Journ. of biblic. Literature, 1912, p. 92 s.

2. Caneury, The style and literary fmethod of Luke. 1. The diclion of Luke and Acts, Cambridge, 1919 (Harv. theol. Stud., VI) p. 1. Ces données statistiques sont empruntées par Cadbury à J. Rireure Sutra, Presbylerian and Reformed Review, 1891, p. 6475.

chez divers auteurs ou groupes d'auteurs dans les proportions suivantes :

Comédie :67°/, ; LXX sans les apocryphes : 80 °/, ; LXX avec les apocryphes:90°/, ; autres livres du Nouveau Testament : 70 °/, ; papyrus : 65°/, ; Lucien : 70°/, ; Plutarque :.85°/, (p. 5).

Pour une partie du vocabulaire (de A à E soit 1/3 environ) Cadbury a comparé les mots employés par Luc au langage des écrivains attiques étudiés par Schmidt ‘et il a été conduit aux résultats suivants (p. 36) :

Mots communs à Luc et à plusieurs écrivains

ALU ER EE TO — — à un seul auteur antérieur à Aristote. . 927 — — Maux poele een in 87 — — aux écrivains posté- CURE M 212 DD PE CUO A Re Re Re une »t te 1 nn 22

La proportion des mots post-classiques est plus forte chez Luc (42°/,) que chez les auteurs comme Dion Chrysostome, Lucien et Aristide chez qui elle n’est respectivement que de 21, 20, et 9°/.. Ce fait s'explique, d'après Cadbury, par l'influence

1. Der. Atticismus in seinen Hauptvertretern von Dionysius von Halikarnas bis auf den zweiten Philostratus, Stuttgart, 1887-

exercée sur Luc par les LXX d’une part, par Mare et par les Logia de l’autre (p. 20).

Le vocabulaire des Âctes a été étudié en luimême de très près par divers auteurs comme Hawkins, Harnack et Jacquier qui ont prétendu tirer des observations qu’ils faisaient des conclusions relatives à l’unité de rédaction du livre et même à la profession de son auteur. Leurs relevés et leurs statistiques n'ont peut-être pas la portée qu'ils leur ont prêtée et il convient de formuler des réserves sur les conclusions qu’ils en ont tirées. 11 vaut cependant la peine de les analyser.

Hawkins ‘ s’est particulièrement attaché à démontrer l'unité de vocabulaire des Actes et du troisième évangile. Des 86 mots ou tournures qu'il relève comme caractéristiques pour l’évangile de Matthieu — et qui s’y trouvent 841 fois dont 449 fois dans les parties spéciales au premier évangile — on en retrouve dans Marc 38 (elles s’y trouvent 62 fois), dans Luc 52 (s’y trouvant 130 fois), dans les Actes 43 (s'y trouvant 180 fois), chez Paul 46 (s’y trouvant 334 fois), dans Jean 67 (s'y trouvant 178 fois), 55 dans le reste du Nouveau Testament s’y trouvant 335 fois (p. 4-7). Dans Marc, Hawkins relève 37 expressions caractéristi-

1. Joux C. Hawxins, Horae synoplicae. Contributions lo the study of the synoptic problem, Oxford, 1899.

ques ; elles s'y trouvent 1.314 fois, dont 32 dans les parties spéciales, 23 se retrouvent 104 fois dans Matthieu ; 23, 66 fois dans Luc ; 21,88 fois dans les Actes ; 19, 188 fois chez Paul ; 19, 149 fois chez Jean et 18, 100 fois dans le reste du Nouveau Testament (p. 10 s.).

Voici les chiffres correspondants pour l’évangile de Luc : les expressions caractéristiques, au nombre de 144, se trouvent 1.484 fois, dont 771 dans les morceaux particuliers. Matthieu a 90 de ces expressions et les emploie 225 fois. Marc en a 69 et les emploie 126 fois. Les Actes en ont 112 et les emploient 1.352 fois, Paul en a98 qu’il emploie 1.099 fois, Jean 63 qu’on trouve 330 fois chez lui, enfin il y en a 93 qu'on trouve employées 614 fois dans le reste du Nouveau Testament (p. 14-21).

Ces chiffres montrent déjà qu'entre Luc et les Actes il y a, au point de vue du vocabulaire, plus d’affinités qu'entre n'importe quel autre groupe de livres du Nouveau Testament. Les différences de vocabulaire qui existent entre Luc et les Actes sont, d'après ces statistiques, relativement minimes et ne dépassent pas celles que la différence des sujets traités suffit à expliquer.

Mais les constatations que nous avons rapportées sont encore confirmées par d'autres. Hawkins compte 17 mots qui ne se trouvent dans le Nouveau Testament que dans les Actes et Matthieu,

* 14 qui ne se trouvent que dans les Acteset Marc, 13 que dans les Actes et Jean mais par contre 58 qui ne se trouvent que dans les Actes et Luc (p. 141).

Certaines des expressions caractéristiques de Luc sont plus fréquentes dans les Actes que dans le troisième évangile. Hawkins en relève 7 qui se trouvent 26 fois dans Luc et 120 fois dans les Actes (p. 143). II y a en outre entre les Actes et Luc certaines autres différences de vocabulaire. C’est ainsi que 20 mots qui se trouvent en tout 170 fois dans les Actes, manquent chez Luc, que 12 mots qui sont rares chez Luc (25 fois) se trouvent 131 fois dans les Actes, que 6 mots qui se trouvent 80 fois chez Luc manquent dans les Actes et que 8 mots qui sont d’un usage fréquent chez Luc (239 fois) ne se trouvent que 62 fois dans les Actes (p. 144 s.). Hawkins, pour sa part, explique ces différences par le fait que les Actes auraient été écrits assez longtemps après le troisième évangile.

De son côté Jacquier, pour apprécier les rapports des vocabulaires du troisième évangile et des Actes, a relevé un certain nombre de mots qui se trouvent au moins 4 fois chez Luc et il a recherché combien de fois on les trouvait dans les divers livres du Nouveau Testament. Ces expressions sont au nombre de 55 se trouvant

880 fois dans l’évangile de Luc, et 1.171 fois dans les Actes ‘. On les trouve 144 fois chez Matthieu, 80 fois chez Marc, 232 fois chez Jean, 877 fois chez Paul et 407 fois dans le reste du Nouveau Testament *. L’affinité ici encore est frappante entre Luc et les Actes.

Mais ce n’est pas seulement la communauté d’auteur entre Luc et les Actes que l’on a prétendu établir par l'analyse du vocabulaire. C'est encore l’unité de rédaction des Actes, plus spécialement l'attribution des’ passages rédigés à la première personne au même auteur que le reste du livre et que l’évangile de Luc. On a pu établir en effet que les expressions caractéristiques du vocabulaire de Luc se retrouvaient dans les fragments en nous et cela avec une fréquence particulière en sorte que, s’il fallait prendre l'argument dans un sens rigoureux, il faudrait conclure que les frag-

1. Les Actes étant légèrement plus courts que l’évangile de Luc, la fréquence de ces expressions est près d’une fois et demie (1,38) plus grande dans les Actes que dans l’évangile.

2. Histoire, III, p. 11-14. Si les expressions considérées étaient aussi fréquentes dans les autres livres du Nouveau Testament que dans Luc et les Actes on devrait les trouver 962 fois dans Matthieu (au lieu de 144), 594 fois dans Marc (au lieu de 80), 1376 fois dans les écrits johanuiques (au lieu de 232), 1.717 fois chez Paul (au lieu de 877), 563 fois dans le reste du Nouveau Testament (au lieu de 407), en tout 5.212 fois au lieu de 1.740.

ments en nous sont, non pas lucaniens,mais hyperlucaniens (Harnack, IV, p. 9).

C’est ainsi que Hawkins (p. 151 s.) a observé que 21 mots qui ne se trouvent que dans les Actes se rencontrent 28 fois dans les passages en nous et 46 fois dans le reste du livre. Les passages en nous qui représentent un peu moins du dixième des Actes, font donc des mots considérés un emploi six fois et demie plus fréquent que les autres passages. De même 16 mots qui ne se trouvent que dans Luc et les Actes se rencontrent 29 fois dans les passages en nous, 23 fois dans les autres parties des Actes et 25 fois dans l’évangile, ce qui donne pour les passages en nous, une fréquence plus de douze fois plus forte. Enfin Hawkins a dressé (p. 152 s.) une liste de 28 mots ou expressions qui, sans appartenir exclusivement à la langue de Luc, y sont beaucoup plus fréquemment, employés (237 fois) que dans le reste du Nouveau Testament (96 fois) soit un peu plus de six fois plus. Ces expressions se répartissent ainsi dans le troisième évangile et dans les Actes : passages en nous : 60 ; autres passages des Actes : 130, soit fréquence 4 fois plus grande dans les passages en nous ; évangile : 47, soit fréquence 7 fois plus grande dans les passages en nous que dans le reste des Actes augmenté de l’évangile.

Les recherches de Harnack, menées suivant une

méthode différente de celle de Hawkins, en confirmenteten renforcent les résultats; Harnack dresse une liste de 64 mots ‘ communs aux passagesen nous où ils se trouvent 93 fois et au reste des Actes où ils se trouvent 143 fois * et qui manquent dans les quatre évangiles (Harnack, I, p. 50). Les mots qui se trouvent dans les passages en nous, les autres parties des Actes et dans l’évangile de Luc mais qui manquent dans Matthieu, Marc et Jean sont au nombre de 43 se trouvant 67 fois dans les passages en nous, 217 fois dans le reste

* des Actes, 133 fois dans Luc (1, p. 51-53) ; en

outre 19 mots qui se trouvent 23 fois dans les passages en nous manquent dans les autres parties des Actes, dans Matthieu, Marc et Jean mais

se trouvent 32 fois dans Luc :.

Il faut cependant noter d'autre part qu'il y a dans les passages en nous un nombre particulièrement élevé d’apax (111) mais les 3/5 de ces apax

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