STRUCTURE GÉNÉRALE DU LIVRE
Il ne s’agit pas de tenter ici, après que tant d’essais en ce sens ont échoué, une reconstitution des sources que pourrait avoir utilisées l’auteur des Actes. Les observations faites dans le chapitre précédent sur la langue (style et vocabulaire) prouvent que l’auteur n’a pas reproduit purement et simplement les documents dont 1l disposait et qu’il serait, par conséquent, téméraire de prétendre les reconstituer. Mais en utilisant les doublets, les contradictions, les sutures que présente son récit il est possible, dans une certaine mesure au moins, de se faire une idée des traditions dont il s’est servi. Dans cette analyse il est nécessaire de tenir largement compte du caractère général du livre et de sa disposition d’ensemble.
La première observation à faire est qu'il n’y a pas dans le livre des Actes un plan très net. On propose parfois d’y distinguer deux parties dont l’une serait relative à l’apôtre Pierre et à l’Eglise de Jérusalem, tandis que la seconde serait consacrée à l’apôtre Paul et à ses missions. En gros cette distinction est juste mais elle n’est qu’approximative. L'insertion du récit de la conférence de Jérusalem (ch. 15) après la narration de la première tournée missionnaire de Paul (ch. 13-14) introduit un certain chevauchement de chacune de ces deux parties sur l’autre. De plus, ce qui est dit dans la première partie de la fondation de l'Eglise d’Antioche et du mouvement des Hellénistes qui l’a préparée ne saurait être complètement séparé de la deuxième section.
Si l’on prend séparément les deux parties constitutives du livre, il y a lieu de faire les mêmes observations. Dans la première on ne peut trouver un développement organique. On y reconnaît plutôt une série de lignes qui s’entrecroisent, s’interrompent pour être reprises ou, au contraire, pour disparaître sans avoir abouti à une conclusion. On trouve d’abord, après un court prologue (7, 1-2), une série de récits relatifs au premier groupe des disciples et à la communauté qui se constitue autour d’eux à Jérusalem. On est conduit ainsi jusqu’à la fin du chapitre 5. Dans ce
groupe de récits il y a des doublets assez frappants. L'effusion de l'Esprit qui est racontée dans le grand récit de la Pentecôte (2, 1-41) est reprise à la suite de la guérison de l'impotent (4,31) et cela sous une forme beaucoup plus simple qui ne peut guère avoir été originairement conçue pour figurer après le récit de la Pentecôte. Les poursuites dirigées contre Pierre et Jean à la suite de la guérison de l'impotent (3, 1-4, 22) et la comparution de tous les apôtres devant le sanhédrin (5, 12-42) sont évidemment des doublets l’un de l’autre.
Il y a deux tableaux de la vie des premiers chrétiens (2, 42-47 et 4, 32-35). Leur juxtaposition n'a pas de raison d'être, le second n’ajoutant rien à ce qui avait été donné dans le premier. L’évangélisation de la Samarie par Philippe (8,4-40),et celle de la Phénicie, de Chypre et d’Antioche (11, 19-26) sont présentées l’une et l’autre comme la conséquence de la dispersion des Hellénistes et les deux récits sont introduits exactement par la même formule. La première prédication de l’Evangile aux païens est racontée deux fois d’abord dans un récit abondant et riche en merveilleux (10, 1-11, 18) puis dans une notice aussi brève que sobre (11, 20). Ce n’est pas tout: dans cette première partie on peut relever diverses incohérences sur lesquelles nous reviendrons, comme
par exemple celles qui sont relatives à la communauté des biens.
L'histoire de l'Eglise de Jérusalem, à laquelle avaient été consacrés les quatre premiers chapitres, paraît se poursuivre au chapitre 6 par le récit de l'institution du diaconat et l’histoire d'Etienne. En réalité il y a un changement très marqué : ce n’est plus de l'Eglise de Jérusalem en général qu’il est question mais d’une partie seulement de cette Eglise, d’un groupe dont d’ailleurs l’origine n’a pas été racontée et dont le caractère n’est pas exposé. Cette histoire est poursuivie jusqu’à 8,2. L'auteur rattache alors à l'histoire d'Etienne, par une transition confuse et mal venue, la mention d’une persécution générale qui, par la dispersion des fidèles qu’elle détermine, devient la cause de l’évangélisation en dehors de Jérusalem et de la Judée. Ainsi est racontée l'activité de Philippe, notamment en Samarie (8,4-40). Nous. sommes ensuite brusquement transportés en arrière, il est de nouveau question des persécutions dont il avait été fait mention et ceci introduit l'histoire de la conversion de Saul (9,1-30). Ici, une fois de plus, le fil du récit est brisé; il n’est plus question ni de Saul, ni de la mission, ni des Hellénistes mais, après une transition sur la paix rétablie, le narrateur introduit une série de récits sur Pierre qui apparaît maintenant comme un
missionnaire itinérant alors que jusque là il avait été présenté comme résidant — on aurait envie de dire comme siégeant à Jérusalem (9,32-71,18).
Après les récits relatifs à Pierre, nouveau saut enarrière, non seulement jusqu’à la situation supposée par 8,4 mais jusqu'à la phrase par laquelle avait été introduit en 8,4 le récit de la mission de Philippe en Samarie. Par là est amenée une mention très sobre de la mission en Phénicie, à Chypre et à Antioche et une notice sur l'Eglise d’Antioche où se rencontrent et collaborent Paul et Barnabas (7/;19-26). Aïnsi est naturellement introduite une notice sur une visite faite à Antioche par Agabus venu de Jérusalem, visite qui détermine l'envoi dans cette ville de Barnabas et de Saul, porteurs d’un présent de l’Eglise destiné à parer à une famine imminente. Entre cette notice et la mention du retour des délégués à Antioche (11,27-30 et 12,25) est insérée une relation de la persécution qu'Hérode Agrippa dirige contre l'Eglise de Jérusalem (72,1-24). Une fois de plus le récit revient donc à Jérusalem, sans toutefois qu'il y ait une relation apparente ou qu'on puisse en supposer une entre ce morceau et ceux qui avaient été consacrés précédemment à l'Eglise de Jérusalem.
Après cette sorte de digression le récit relatif à Antioche se poursuit par une note sur les pro-