‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 61 sur 98 · AR EE LS AE TRAME · texte numérisé non relu

AR EE LS AE TRAME

152 LE LIVRE DES ACTES j |

‘ phètes et les didascales (13,1-3) note qui, dans | la forme, ne peut être considérée comme la suite | directe de ce qui avait été dit jusque là de cette Eglise et qui introduit le récit du premier voyage missionnaire de Paul, lequel commence et se termine à Antioche (13,4-14,28). Une discussion sou- | levée à Antioche par des gens venus de Jérusalem va, une fois de plus, nous ramener dans la ville sainte pour le récit de la conférence où sera débattue la question des obligations rituelles (75, 1-35).

On voit par la sommaire analyse qui précède qu’il n’y a pas, dans la première partie des Actes, un récit homogène, écrit d'un seul jet et provenant d'une source unique, mais qu’au contraire nous sommes en présence d’un récit formé par la combinaison de traditions diverses que le rédacteur a tant bien que mal fondues ensemble, mais dans des conditions qui permettent de penser qu'il ne disposait ni d'un fil conducteur ni d’un cadre qui lui permit d’agencer d'une manière quelque peu organique ces différents éléments de son récit. Il faut observer que, dans cette première partie du livre tout au moins, l'allure du récit est si coupée qu’il est impossible, en éliminant certains morceaux, de retrouver une narration présentant un caractère d'unité organique. L'hypothèse de surcharges qu'aurait subies le récit primitif ne rend

donc pas mieux compte du caractère de la narration que l'hypothèse de la combinaison plus ou moins heureuse de traditions diverses.

La seconde partie du récit (à partir de 15,56) a, il est vrai, plus d’unité que la première ; on n’y trouve plus, du moins si l’on envisage les choses d'ensemble, de ces brusques sauts de la narration, de ces ruptures imprévues du fil du récit qui sont l’un des traits dominants de la première moitié du livre. Toute cette seconde partie se présente à nous sous la forme d’un récit des missions de Paul et cela lui donne un caractère de réelle unité. Il y a toutefois diverses observations qui s'imposent et qui diminuent, dans une certaine mesure, la portée de cette constatation. D'abord la seconde partie n’est que partiellement la suite de la première ; si elle continue d’une manière très satisfaisante le récit de l’activité de Paul, elle ne contient rien qui puisse être considéré comme la suite des récits relatifs à l'Eglise de Jérusalem; il ne sera plus question de cette Eglise qu'incidemment et comme en fonction de Paul. Il n'y a pas non plus de continuation à ce qui avait été dit soit de Pierre soit de Philippe. En second lieu le développement même de cette seconde partie ne se présente pas d’une manière organique puisque le récit commencé comme récit des missions de Paul devient à la fin un récit du procès c’est-

à-dire prend une allure biographique et cela sans aboutir à une conclusion satisfaisante puisque le récit est interrompu avant que le sort de l’apôtre ait été décidé et sans que rien permette de prévoir avec quelque certitude dans quel sens il sera réglé. Enfin — nous nous bornons à indiquer ce point — l'analyse détaillée de la narration montrera que dans cette seconde partie l’auteur ne procède pas non plus d'une manière organique mais que son récit contient des traces manifestes de composition; il est surchargé, mutilé, souvent incohérent et présentant des lacunes graves sur des points cependant importants pour la marche des événements”.

1. Quelques auteurs (C. H. Turner, art. Chronology of the New Testament, Dict. of the Bible, 1, p. 421 ; Morrarr, Introd., p. 284 s., C. J. Canoux, The chronological divisions of Acts, The journal of theol. Slud., XIX [1917-1918], p. 333-341 : B. W. Bacon, Tl'he chronological scheme of Acts, Harv.th. Rev., 1921, p. 137-166) ont cru pouvoir reconnaitre dans les Actes un plan précis qui correspondrait à des divisions chronologiques (Bacon, p. ex., distingue six périodes de 5 ans de 29 à 59) cette. théorie nous paraît se heurter à deux objections décisives. La première, de fond, est que le développement du récit des Actes n’est nullement rectiligne. La seconde, de forme, est qu’un auteur qui entendrait diviser son récit en périodes de temps égales aurait donné des indications chronologiques plus précises que celles fournies par l’auteur des Actes.

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L'idée générale du caractère et de la structure du livre des Actes qui se dégage des observations suggérées par l’examen du plan et de l’organisation du récit doit être complétée par l’étude du prologue du livre.

Ce prologue (7, 1-3) est d’une forme au moins singulière, il ne contient pas, à côté de l’indication du contenu du livre précédent, le programme du récit qui va suivre c’est-à-dire ce qui, étant données les habitudes littéraires du temps, devait obligatoirement se trouver dans un prologue.

Formellement cette anomalie se traduit par l’absence d’un 3 répondant au pv initial ‘. On ne peut résoudre cette difficulté en disant, avec Wendt (p. 62), que toute la suite du récit répond au début du prologue, ou, avec Harnack *, que c'est Le v. 8 du premier chapitre. Ce que la struc-

1. Ce fait a été déjà reconnu par Sonor (Die Entstehung der Apostelgeschichle, Berlin, 1890, p. 51 s.) et par GErke (Der deurepoc hkéyos des Lukas und die Apostelgeschichte, Hermes 1894, p. 389 s.). Il a été surtout étudié par Nonpen (p. 312 5.) Voir aussi Lorsy, p. 94, et déjà Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1913, p. 358.

2. Harnaok, st die Rede des Pois in Athen ein ursprünglicher Beslandleil der Apostelgeschichte ? Leipzig, 1913 (T. U. XXXIX, 1) p. 35.

ture normale d’un prologue réclame c’est que le contenu du récit soit annoncé, ce n’est pas qu'il soit possible de le reconnaître en lisant le livre tout entier.

Le début du livre des Actes présente une seconde difficulté. Le prologue indique que le récit a été conduit dans le premier livre jusqu’à l’ascension. Or le même fait est, à nouveau, raconté au début des Actes, dans un morceau qui est relié au prologue par une phrase lourde et maladroite, et qui, en outre, contredit le récit du troisième évangile au moins sur un point important. Tan-. dis que l’évangile place l’ascension le jour même de la résurrection, ou, au plus tard, le lendemain matin, les Actes l’en séparent par un intervalle de quarante jours *.

Entre les divers faits constatés à propos du début des Actes il paraît évident qu’il y a une relation organique et directe. Un interpolateur a dû muliler le prologue et en faire disparaître le second membre de phrase qui, marquant le point

1. La difficulté n’existerait pas si on adoptait pour Luc, 24, 51, la leçon de N° D. Aug. af it. exc. c q r f. sy". diéotn ax’ adrwv sans l'addition de nat dvepépero ec tov oùpxvév. Cette leçon est celle qu’adoptent Tiscuenponr, Wesrcorr et Horr, Bernaaro Weiss, et vers laquelle penche von Sopex. Il est visible que c’est une correction harmonistique. Cf. GrærE, Der Schluss des Lukasevangeliums und der Anfang der Apostelgeschichte. Eine textkritische Studie, St. u. Kr., 1888, p. 5225.

où devait commencer le récit, excluait manifestement la narration de l’ascension qu'il voulait introduire dans son œuvre. Il aura ensuite, tant bien que mal, relié Le récit ajouté à La partie conservée du prologue et la suture se remarque encore dans la phrase embarrassée du verset 2 !. Nous croyons qu’il convient de s’en tenir à la constatation de cette mutilation du prologue par l'intervention d’un rédacteur postérieur sans tenter, comme l'ont fait Norden (p. 315 s.) et, d’une manière moins précise, Loisy (p. 94), d'en donner une restitution.

IIT. — LEs MORCEAUX À LA PREMIÈRE PERSONNE

Certains morceaux, relativement peu étendus, de la seconde partie des Actes sont rédigés à la première personne sans que l'emploi de cette

1. Nous ne saurions admettre l'hypothèse de WenpT (p. 62) d’après qui Luc aurait disposé, au moment de la rédaction des Actes, de traditions qu’il aurait ignorées lors de la composition de l’évangile. Cette hypothèse est hors d’état d'expliquer l’anomalie de la structure du prologue. La même objection peut être faite à l'explication de RuecG (Die Lukasschriften und der Raumzwang des antiken Buchwesens, St. u. Kr., 1896, p. 94 s.), et de quelques autres qui pensent que Luc a dû abréger dans l’évangile le récit de l'ascension parce qu'il n’avait plus la place de le donner au complet. Cette explication méconnaît le fait que, si bref que soit le récit de l’évangile, il est nettement différent de celui des Actes.

première personne soit introduit par aucune transition ou explication. Ces fragments émanent manifestement d’un compagnon de route de l’apôtre Paul. On ne peut même pas envisager l'hypothèse ‘ d’après laquelle le moi serait fictif et résulterait d'un artifice littéraire destiné à inspirer confiance au lecteur en lui suggérant l’idée que le récit émane d’un témoin oculaire. Si une telle fraude avait été dans les intentions de l’auteur, il aurait certainement fait de la première personne un emploi beaucoup plus large et surtout il ne se serait pas fait faute d'indiquer clairement quelle personnalité autorisée couvrait, d’après lui, ce « nous ». On s’est efforcé, mais sans succès, de suppléer au silence du rédacteur en cherchant parmi les collaborateurs de Paul nommés dans le livre des Actes celui qui pourrait être l’auteur des passages en nous. Timothée * à qui on a pensé doit être écarté parce qu'il fait partie du groupe qui a attendu Paul à Troas alors que l’auteur en nous est parti de Corinthe en même temps que Paul (20, 4; Wewpt, p. 17). On a proposé Silas!,

1. Hypothèse adoptée, par exemple, par SCHRAVER. Bruno Bauer, Haver, cités par HozTzMAnN, Einl., p. 394.

2. SCHLEIERMACHER, Einl. 1, d. N. T.,p. 354 (et antérieurement d’après Urricu, St. u. Kr., 1837, p. 369 s.). Hypothèse reprise plus tard par BeyscaLaG, S{. u. Kr., 1864, p. 215.

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