‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 64 sur 98 · Voir p · texte numérisé non relu

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la conséquence logique de l'épisode à savoir l’emprisonnement de Paul et les poursuites dirigées contre lui ainsi que son départ de Philippes *. Ainsi le document dont les parties à la première personne ne sont qu'un élément devait être beaucoup plus étendu qu'il ne le paraît au premier abord.

Le second fragment appelle des observations du même ordre. Le récit de voyage ne peut avoir été donné comme il l’est dans 20, 5-75 puis dans 21, 1-18 (les deux fragments se relient assez bien l’un à l’autre) sans que le programme du voyage ait été indiqué comme il l’est dans 79, 21-22 et sans que l'itinéraire, pour le moins singulier, qui est adopté pour aller de Corinthe en Syrie ait été expliqué, comme c’est le cas dans 29, 3. Donc, ici encore, le morceau à la première personne se relie organiquement à des morceaux à la troisième personne qui le précèdent. Quant à la fin de ce fragment, est-il vraisemblable que le récit se soit arrêté au moment dramatique de la rencontre entre Paul et les chrétiens de Jérusalem, sans avoir rien dit de cette rencontre et de ce qui en est résulté ? |

Enfin, peut-on penser qu'un narrateur ait pu

1. Ce qui ne prouve pas, bien entendu, que la source aitcontenu ces récits tels que nous les lisons actuellement. Voir p. 262 s.

raconter le voyage de Paul de Césarée à Rome sans avoir dit d'abord dans quelles conditions ce voyage est entrepris ? Peut-on supposer qu'il ait arrêté son récit en laissant ignorer ce qu'il était advenu de Paul ?

Les passages en nous faisaient donc originairement partie d'un document plus étendu, document qu'il y a lieu de se représenter comme une histoire de l’apôtre Paul et de ses missions. Ce devait être l’œuvre d’un homme qui, ayant à certains moments accompagné Paul, avait été le témoin d’une partie des événements qu’il racontait et qui, pour le reste, les rapportait d’après des témoignages qu'il avait été à même de recueillir.

L'association, sans explication, de la première et de la troisième personnes, anormale au premier abord, se rencontre — c’est le grand mérite de Norden (p. 313 s.) de l’avoir montré — assez fréquemment dans une série d'œuvres qui, par leur caractère littéraire, se rapprochent en quelque mesure des Actes.

Déja Jülicher, (Etnl., p. 406) avait signalé que l'inadvertance d’un auteur laissant subsister dans son œuvre une première personne trouvée dans une source utilisée par lui ne serait pas plus extraordinaire que la négligence d’un homme qui, racontant des faits auxquels il aurait, en partie, assisté, négligerait de dire pourquoi, en certains

endroits, il se servirait de la première personne. L'hypothèse d’un récit — non pas notrelivre actuel mais une de ses sources — composé en partie à la première personne n'est donc pas à priori absurde. Elle l’est encore moins maintenant que Norden a établi que le mélange de la première et de la troisième personnes est courant dans des récits de magistrats, de chefs d’armées, de gouverneurs de provinces, de voyageurs qui, rendant compte d'évènements ou d’expéditions accomplies sous leur autorité, emploient la première ou la troisième personne suivant qu'ils ont été ou non présents aux faits qu’ils relatent. 11 cite (p. 318 s.) des lettres de Cicéron à Atticus (V. 20) et à Caton (ad Fam., XV, 4) relatives à son expédition de 51 en Cilicie dont on peut admettre qu'elles doivent sensiblement reproduire la physionomie de son rapport officiel au Sénat. Dans ces lettres Cicéron emploie tantôt la première personne du singulier ou du pluriel, tantôt la troisième. Au même type de document se rattache la relation du roi Ptolémée III Evergète sur la campagne de 247/246 contre Ja Syrie où se trouvent également combinés un récit de témoin et une relation à la troisième personne . On peut aussi citer Arrien qui, en 130/131,

1. Mawarry, Flinders Petrie Papyri, XLV. cf. CXLIV (Nor- DEN, p. 320 s.).

accomplit un voyage d'inspection sur les côtes de Cappadoce et adressa à ce sujet à l’empereur Hadrien un rapport en latin, rapport qui fut ensuite utilisé par lui pour la rédaction d’un 5yypruua grec. Le voyage qu’il avait lui-même accompli était raconté à la première personne. Il était complété par des récits à la troisième personne (NoRpeN, p. 323). Si les exemples de ce type littéraire sont relativement rares c’est que les écrits appartenant au genre des brouvéuarz ne se sont, en général, pas conservés mais ont disparu après avoir été utilisés dans des œuvres historiques plus générales où la première personne a été effacée en raison de cette poursuite de l’objectivité qui a été une des règles de l’historiographie antique et dont Thucydide, Xénophon et César fournissent des exemples si caractéristiques (Nonvex, p. 316 s).

Il y a d’ailleurs, dans un monde plus proche encore de celui auquel a appartenu Luc, des exemples de combinaisons de la première et de la troisième personnes qu'il a sans doute connus et dont il n’est pas invraisemblable qu'il se soit plus ou moins directement inspiré. Tels sont les livres d’Esdras et de Néhémie où un chroniqueur a utilisé les mémoires de ces deux hommes en y ajoutant des éléments d’autres provenances, ou encore le livre de Tobit. Enfin, bien qu'il s'agisse d'une œuvre qui n’est pas antérieure aux Actes, Norden

cite encore comme particulièrement important le cas de la vie d’Apollonius de Tyane par Philostrate dans laquelle la vie de ce thaumaturge et propagateur de religion paraît avoir été racontée à l'aide des mémoires personnels de son disciple Damis :.

Ainsi l'analyse des textes, aussi bien que la comparaison avec des œuvres littéraires analogues, montre que les passages à la première personne ne doivent pas être considérés comme des fragments isolés insérés par quelque hasard ou quelque négligence dans une œuvre d’un caractère littéraire différent. Dès leur origine, ils ont dû appartenir à un récit où ils étaient juxtaposés à des morceaux à la troisième personne et ce récit avait pour caractéristique essentielle d'émaner d’un auteur qui racontait certains faits auxquels il avait assisté en complétant la relation qu'il en donnait à l’aide de renseignements objectifs.

1. NorDen, p. 36 ; cf. REITZENSTEIN, Hellenistische Wundererzählungen, Leipzig, 1906, p. 54. On peut, à titre de curiosité, signaler que ScxwanBecx (Ueber die Quellen der Apostelgeschichte, Darmstadt, 1847, p. 189 s.) a cité, d’après STENTZEL, (Geschichte Deutschland’s unter den fränkischen Kaisern, 11, p. 10 s.) des exemples de combinaisons de la première et de la troisième personnes dans des annales du Moyen-Age.

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