Les Evangiles, Paris, 1877, p. 486, n
pas moins que l'intention avouée de l’auteur telle qu'elle apparait dans le prologue du troisième évangile (1,4), est de servir les intérêts de la foi, ceci étant entendu dans un sens très général. Le livre des Actes est, dans une certaine mesure, comme l’a soutenu Loisy ‘, un plaidoyer destiné à établir que le christianisme a droit à la protection légale qui était accordée dans l'empire romain au judaïsme et que seule la jalousie et les intrigues des Juifs ont réussi à mettre les autorités romaines en mouvement contre les prédicateurs de l'Évangile. Cependant cette préoccupation n’épuise pas toutes les intentions du rédacteur. Il entend aussi montrer la puissance et la. vérité de l'Évangile auquel les lecteurs ont cru en racontant les victoires qu'il a remportées dans le monde et sa marche triomphale depuis Jérusalem jusqu'à Rome. En même temps il veut raconter comment, sous l'impulsion de la puissance d’en haut, l'Evangile a été porté dans le monde romain, enfin il a certainement l'intention de prouver aussi que le christianisme est l'héritier véritable des prophètes d'Israël et comme l'épanouissement du
1. Dans le même ordre d'idées ABerLe (Ueber den Zweck der Apostelgeschichte, Th. Quartschr., 1855), dont la thèse a été reprise par ScHAErER (T'h.Qu.,1877,p. 280s.,379s.) a soutenu que les Actes étaient un plaidoyer composé par Luc eu vue du procès romain de Paul.
judaïsme. Mais pas plus l’ensemble de ces intentions de l’auteur que l’une ou l’autre d’entre elles prise isolément n’est en état d’expliquer complètement le caractère du livre des Actes. Si par elles on peut comprendre ce qu’il y a d'incomplet et d’insuffisant dans le récit au point de vue de l’histoire, on ne peut expliquer de même ses doublets, ses incohérences, ses lacunes. Il faut certainement faire intervenir ici une autre considération qui doit être tirée des conditions dans lesquelles l'auteur a rédigé son œuvre et des documents dont il a disposé pour le faire.
Les faits que nous avons relevés jusqu'ici sur le caractère, la marche et la nature du récit des Actes permettent d'envisager trois hypothèses :
1° Le livre des Actes, tel que nous l'avons, serait l'œuvre de Luc qui l'aurait écrit d’un seul jet en utilisant cependant, en certaines parties, diverses sources ou divers cycles de traditions‘.
2 Luc serait l’auteur du récit des Actes c’est-
4. C'est l'opinion trés nettement affirmée par SABATIER : « Comme on a prouvé, jusqu’à l’évidence, par la simple comparaison du style, l'identité d'auteur de l’évangile et des Actes, on peut prouver, avec la même force, l'identité personnelle du témoin qui dit nous et de l’auteur du livre tout entier » art, Actes dans l’Encycl. de LIcaTENBERGER, I, p. 68. Harnack n’est pas moins formel : « Das Urteil ist, m. E., unumstôsslich : Die Wirsiücke und die Apostelgeschichle haben einen und denselben Verfasser » (1, p. 56).