Contre l'opinion de Lorsx, p
des débris de récits plus étendus, telle la notice sur Jean-Marc (13, 5?) qui occupe une place peu naturelle et qui n’est pas une création du rédacteur lequel n'aurait pas imaginé un épisode relatif à Marc, épisode qui risquait de contredire son idéal d’une parfaite harmonie entre les apôtres. De même la manière dont le nom de Paul apparait pour être, dans la suite, exclusivement employé suppose quil y avait primitivement là une notice plus détaillée. D'un autre côté le récit de la mission à Chypre appelle, au point de vue historique, de graves réserves. L'altercation de Paul avec le magicien Bar-Jésus ou Elymas ‘ a trop de points communs avec l'épisode de Samarie (8, 18-24) * pour qu'on ne doive pas y reconnaitre, au moins, un fort élément rédactionnel. Cependant le fait qu’au cours du récit (22,7) Barnabas est nommé avant Paul empêche de penser à une simple création du rédacteur.
De Paphos où s'était passée la scène devant Sergius Paulus, les missionnaires gagnent Perge de Pamphylie. S'ils ne prolongent pas leur séjour à Chypre malgré les conditions favorables que doit
1. Double nom dont l’origine ne peut guère être attribuée au rédacteur mais qui trahit l’influence d’une source où la dualité de noms devait être expliquée.
2. Hozrzmann, H. C., 1,2, p. 87. Lorsy (p. 511 s.) indique avec
raison que le caractère plus vague du récit relatif à Elymas montre que la priorité doit être du côté de l'épisode du ch. 8.
créer la conversion du proconsul, Loisy (p. 519) voit dans ce fait la preuve que tout ce qui est dit de Paul à Chypre est dénué de valeur historique. La conclusion ne s’imposerait que si l’auteur des Actes s’attachail toujours à donner un récit complet de l’activité de Paul dans chacune des contrées ou des villes qu'il mentionne, ce qui est loin d'être Le cas.
Le verset 13? qui relate le retour de Jean Marc à Jérusalem donne nettement l'impression d'un texte mutilé et altéré. Le rôle subordonné attribué à Jean-Marc ne rendait pas nécessaire de raconter son départ. Il rend difficile de comprendre que cette défection ait pu, dans la suite, provoquer la séparation de Paul et de Barnabas. Le retour de Marc à Jérusalem * était peut-être motivé dans la source, le rédacteur n'aura retenu que le fait afin de l'utiliser ultérieurement pour faire disparaître la véritable raison de la séparation entre Paul et Barnabas ?.
Le récit de l’activité missionnaire de Paul en Pamphylie — comme d’ailleurs dans les autres
1. Peut-être originairement à Antioche car c’est à Antioche que nous le retrouverons.
2. L'idée indiquée par Loisx (p. 521) d’une rivalité d’auteur, d’une intention de Luc de discréditer celui qui avait rédigé le second évangile ne nous paraît pas pouvoir être retenue notamment parce que le rôle de Marc n’est nullement présenté dans les Actes sous un jour défavorable.
régions qu'il évangélisa par la suite — est coulé dans un cadre systématique. L'apôtre se serait d’abord et exclusivement adressé aux synagogues ; il n'aurait parlé aux païens qu'après avoir constaté l’échec de ses efforts auprès de ses compatriotes. La chose est présentée dans les Actes d’une manière si absolue qu'on doit y voir le développement de l’idée formulée dans l’épitre aux Romains: « au Juif d’abord, au païen ensuite » (Rom., 1, 16). Dans une certaine mesure ce tableau correspond à la réalité. Paul a dû utiliser pour sa prédication tous Les points d’appui qu'il pouvait trouver et, avant tout, les synagogues qui constituaient des centres ardents de propagande monothéiste. Il se peut aussi que très fréquemment les choses se soient gâtées entre Paul et les Juifs, mais l'analyse même des récits prouve que Paul n’a pas toujours attendu l'échec de sa prédication aux Juifs pour s'adresser aussi aux païens et de même il n’a pas toujours dû attendre de s’être séparé de la synagogue pour chercher à doter les communautés qu’il formait d’un autre centre de réunion (Wer- LHAUSEN, Art. An., p. 26; Loisy, p. 509 s.541). Le récit de l’activité de Paul à Antioche de Pisidie (13, 14-52) confirme ces observations. Les missionnaires viennent à la synagogue où, la parole leur étant offerte, Paul prononce un discours. On lui demande de parler de nouveau le prochain
sabbat. Ce jour-là, toute la ville s'assemble pour entendre les apôtres, ce qui provoque la fureur des Juifs. C’est alors que Barnabas et Paul déclarent qu'ils étaient tenus de s’adresser d’abord aux Juifs mais que, maintenant, ils vont prêcher l'Evangile aux païens. L’émotion produite dans toute la ville par la prédication de Paul ne se comprendrait pas si, jusque-là, seuls les Juifs et les prosélytes avaient eu l’occasion de l'entendre. Le récit brise donc le cadre dans lequel le narrateur a voulu l’enfermer.
Le discours de Paul au lieu d'être accompagné de la remarque que l’on attend sur l'effet produit est suivi d’une remise à huitaine qui contredit la permission de parler qui a été accordée à l’apôtre. Deux traditions sont ici juxtaposées: d’après l’une, les autorités synagogales refuseraient la parole à Paul ou plutôt l’ajourneraient à huitaine, puis, au moment où l’apôtre qui avait employé le délai qui lui était imposé pour s'adresser aux païens, voudrait enfin prendre la parole dans la synagogue, les Juifs excités contre lui s'y opposeraient. ! À cette manière de se représenter les choses qui viendrait du récit primitif le rédacteur aurait su-
1. Wenpr, p. 234 s. Loisx (p. 539) pense que le récit actuel peut être suffisamment expliqué par la gaucherie du narrateur sans qu’il soit nécessaire de recourir à l’hypothèse d’une source surchargée et remaniée.
perposé l’idée, réclamée par sa théorie, d'une première activité auprès des Juifs et aurait introduit un discours prononcé par Paul dès le premier sabbat.
L'examen du discours confirme cette manière de voir. On ne peut avec Bethge (Die paulinischen Reden in der Apostelgeschichte, Gœttingen, 1887, p. 17 s.), y voir une reproduction libre dans la forme, mais, pour l'essentiel, fidèle de paroles réellement prononcées par Paul. On y relève tant de réminiscences des discours des premiers chapitres des Actes qu’on peut bien dire avec Holtzmann (A. C., I. 2, p.92; cf. p. 88) que ce n’en est qu'une récapitulation.Ce qui est dit des apôtres témoins de la résurrection (13,31) contredit la manière dont Paul se représente l’apostolat, le sien en particulier (W£&LLHAUSEN, Krit. An., p. 25. n. 1). Dans le même verset la mention des jours pendant lesquels Jésus s’est manifesté après sa résurrection exprime une conception qui se rattache au remaniement du prologue, c'est-à-dire à la partie la plus jeune du livre des Actes (Loisy, p. 530).
Ainsi, derrière la narration actuelle de la prédication de l'Evangile à Antioche de Pisidie, on peut reconnaître un récit plus ancien qui ne contenait pas de discours de Paul et dans lequel l’apôtre n'attendait pas, pour s’adresser aux païens, d'avoir solennellement rompu avec la synagogue.
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A propos d’Iconium il est dit (74, 1) que les apôtres prêchent dans la synagogue et convertissent beaucoup de Juifs et de Grecs. Cômme rien n'autorise à faire de ces Grecs des prosélytes il faut supposer qu’il y a dans le récit actuel une lacune et qu'originairement il était question d’une prédication en dehors de la synagogue.
L’émeute provoquée par les Juifs contre les prédicateurs de l’Evangile (74, 2) paraît bien devoir être mise au compte du rédacteur ainsi que l'indication du verset 5 sur le départ des apôtres. Elle est contredite par le fait que toute une partie de la ville s’est prononcée pour eux ce qui devait rendre yaines les menaces des Juifs. Comme de plus il est dit que les missionnaires se réfu- -gient à Lystre et à Derbe (6) c’est-à-dire dans deux villes à la fois, il y a fortement lieu de soupçonner ici un remaniement rédactionnel.
L'épisode de la guérison de l’impotent de Lystre (11, 7-10) appelle diverses réserves. Il est peu naturel que l’évangélisation de Lystre et de Derbe ayant été racontée au verset 6, le récit revienne en arrière pour raconter en détail la guérison d’un impotent dans la première de ces deux villes. Le miracle est, de plus, rendu fort suspect par des analogies * qui vont jusqu’à des identités d’expres-