PREUSCHEN, Untersuchungen z. Apgsch.,I, Z.N.T.W
p.11; Jon. Weiss, Das Urchristentum, p. 196 ; Lorsx, p.574, 30,
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se passer. Il ne faut pas se placer au point de vue de la critique historique moderne pour juger sa manière d'utiliser les sources dont il disposait. Au-dessus de la vérité historique, de l’exactitude des faits, il apercevait, sans doute, une vérité pragmatique plus haute, une vérité de convenance qui l’intéressait davantage et lui paraissait à la fois plus utile et plus édifiante. On pourrait ainsi concevoir que,s'il a construit le récit fictif d’Actes, 15 au lieu de supprimer toute allusion à la conférence de Jérusalem, c’est parce qu'on savait, dans le milieu pour lequel il travaillait, que la question des relations entre pagano et judéo-chrétiens avait été traitée à Jérusalem. Il lui a ainsi paru plus expédient, et peut-être plus exact, de donner de la conférence un récit édifiant et conforme à ses vues plutôt que de la passer entièrement sous silence.
Mais pourquoi a-t-il rapporté deux fois le voyage de Paul à Jérusalem en recourant pour cela à l'artifice qui consistait à mettre une seconde fois le voyage après la première tournée missionpaire? Nous avons admis, il y a quelques années, que le doublet pouvait s'expliquer par l'hypothèse de deux récits faits l’un au point de vue de l'Eglise d’Antioche, l’autre au point de vue de celle de Jérusalem et qui auraient eu ainsi une allure si différente que le rédacteur n'aurait pas
reconnu qu'ils se rapportaient l’un et l’autre au même fait’. Nous ne pouvons maintenir cette explication car elle n’est pas conciliable avec la constatation qu'il n’y a pas dans le chapitre 15 un récit homogène mais une combinaison d’éléments divers faite à un point de vue qui est trop directement en relation avec les préoccupations dominantes du rédacteur pour que la composition puisse en être attribuée à un autre qu’à lui-même. li paraît, dans ces conditions, difficile de trouver une explication entièrement satisfaisante. On pourrait peut-être conjecturer que l’auteur des Actes a laissé le voyage du chapitre 11 à la place où il se trouvait dans sa source mais que, ne se rendant pas compte de l'importance des Eglises paganochrétiennes de Syrie et de Cilicie, il aura cru que la question des relations entre pagano-chrétiens et judéo-chrétiens n'avait pu se poser qu'après le premier voyage missionnaire de Paul.
Le récit de la conférence de Jérusalem proprement dite se continue par la notice sur la mission confiée à Judas-Barsabbas et à Silas et sur leur retour à Jérusalem (15, 30-33). Il est dit, en manière de conclusion, que Paul et Barnabas passent un certain temps à Antioche, s’ylivrant à l’en-
1. Maurice GoGuez, Essai sur la chronologie paulinienne. RH. REX EXVE p606.256 prononcent dans le même sens : SPITTA, p. 179 s.; ScHwanTz, Zur Chronologie, p. 269, 273.
seignement (15, 35). Avec cette indication le narrateur reprend le fil qu'il avait brisé pour introduire, à une place qui n’était pas celle qu’elle aurait dû occuper, la visite de Paul à Jérusalem‘.
La mission de Barsabbas et de Silas, si elle était historique comme le pense Loisy (p. 606), aurait dû avoir pour objet non pas l'Eglise d’Antioche mais l’ensemble des communautés auxquelles s’adressait le décret apostolique. La réduction à Mntioche pourrait venir du rédacteur qui aura ainsi conformé la conclusion du récit au commencement qu'il lui avait donné. Mais il resterait une incohérence frappante entre la mission remplie par ces deux hommes et leur retour à Jérusalem * d’une part et de l’autre le choix que Paul fait de Silas comme collaborateur pour son second voyage missionnaire. Ÿ a-t-il simplement ici une négligence de rédaction de la part de celui qui, introduisant le récit de la conférence de Jérusalem, n'aura pas pris garde que la manière dont il se terminait ne s’accordait pas avec la suite du morceau dans lequel il l’interpolait ou bien y a-t-
1.WaenpT p.272 s.; WELLHAUSEN, Noten, p. 7.— Lorsy (p.606s.) qui estime que le récit de la réunion de Lycaonie est dû au rédacteur, lui attribue aussi le verset 15, 35.
2. La leçon du texte $ qui dit que Judas-Barsabbas retourna seul à Jérusalem et que Silas demeura à Antioche est une correction harmonistique évidente. C’est le v. 3/ qui manque dans le texte «.
il eu altération de la source sur ce point ? Quelques critiques ont adopté cette seconde hypothèse. Ils pensent que l’état actuel du récit tient à la suppression de la narration de l'incident d’Antioche à propos duquel était relatée l’arrivée de Pierre accompagné de Silas et peut être aussi de Jean- Marc dont.le retour à Antioche n’est pas raconté dans l’état actuel du récit (Voecrer, Neutestamentliche Streitfragen, N. theol. Tijd., 1915, p. 139 ; Loisy, p. 606). Cette combinaison très ingénieuse nous paraît se heurter à deux difficultés principales. La première est que, si on retient l'indication qui ressort des chapitres 10 et11,—et on ne voit pas pourquoi on ne laretiendrait pas, — la persécution d'Agrippa a dû suivre de très près la conférence de Jérusalem. Silas n'aurait donc pas eu le temps de s’acquitter d’une mission qui ne pouvait concerner exclusivement l’Eglise d’Antioche mais devait avoir pour objet les communautés de Syrie et de Cilicie, puis de revenir à Jérusalem d’où il serait reparti pour Antioche avec Pierre au moment de la persécution. La seconde difficulté est plus grave. En réalité l’incident d’Antioche n’a pas été suppfimé mais transposé par le rédacteur qui n'en a retenu que ce qu'il lui paraissait indispensable de dire pour expliquer la séparation entre Barnabas et Paul. Gardant ainsi ce qui était indispensable pour l'équilibre de son récit n’au-
rait-il pas dû, en même temps, retenir l’idée du retour de Silas non moins utile pour la cohérence de sa narration ? L’argumentation de Loisy suppose que la source racontait l'incident d'Antioche dans tous ses détails et que ce morceau à été coupé par le rédacteur comme inconciliable avec l’idée qu'il se faisait et qu'il voulait répandre des conditions dans lesquelles Paul avait exercé son ministère. Mais il convient de formuler ici diverses réserves. D'abord est-il certain que l’in- -cident ait eu exactement le caractère que lui prête Loisy (par exemple-p. 613-630) ? Sans doute nous savons par l’épitre aux Galates qu’il y eut entre Paul et Pierre une altercation qui dut être vive et que Barnabas se rangea du côté de Pierre, mais il rèssort de la première épître aux Corinthiens (9,6) que, même après l’incident, Paul a continué à parler de Barnabas comme d’un apôtre, — et même comme du seul apôtre — qui exerçait son ministère exactement de Ja même manière et dans le même esprit que lui. Nous savons, d'autre part, que Jean-Marc qui, de toutes façons, fut mêlé à l'incident se retrouvera dans l’entourage de Paul à l’époque des épiîtres de la captivité, ce qui prouve que la dispute n’eut peut-être pas toute la gravité qu'on lui prête et qui diminue d'autant les raisons que le rédacteur des Actes aurait eues de la supprimer dans son récit. D'un autre côté
le raisonnement de Loisy part de l’idée que la source devait relater très exactement ce qui s'était passé même si les faits étaient pénibles et, en un certain sens, peu édifiants. C’est là une prémisse qui nous paraît fausse. La source des Actes, si exacte qu’on la suppose, n’a pas été une œuvre de stricte histoire, celui qui l’a rédigée à eu en vue d'édifier, autant et plus que de faire purement et simplement connaître ce qui s'était passé. N’était-il pas dans son rôle en passant rapidement sur des faits regrettables alors qu'ils étaient peut être déjà à moitié oubliés et qu'ils n'avaient pas eu des conséquences irréparables ? Il nous paraît tout naturel qu'il n'ait retenu de l'incident d’Antioche que la séparation entre Barnabas et Paul et qu'il l’ait motivée par un différend relatif à Jean- Marc, différend qui pourrait bien avoir été réel et avoir été une conséquence de l'incident auquel avait été mêlé Pierre. Nous ne pouvons, dans ces conditions, admettre que le rédacteur des Actes ait supprimé la mention de l'incident d’Antioche et que ce soit cette suppression qui ait fait éclater l’incohérence qu'il y a dans la relation d’un retour de Silas à Jérusalem précédant son départ d’Antioche. La désharmonie de la narration est à mettre au compte du rédacteur qui n’a pas aperçu que la conclusion fictive donnée au récit fictif de la conférence de Jérusalem ne s’harmonisait pas
avec la narration dont il reprenait le fil au point où il l’avait abandonné au retour de Barnabas et de Paul à Antioche après leur tournée missionnaire ‘
1. On peut observer avec WezLHausen (Krit. An., p. 30) qu’il y a une certaine correspondance entre le procédé par lequel Silas, le collaborateur de Paul dans son deuxième voyage missionnaire, est présenté comme venant de Jérusalem et celui par lequel Barnabas lui-même avait été présenté (/1, 22-23) comme envoyé à Antioche par les apôtres de Jérusalem. Il y a là une raison de plus d’attribuer un caractère rédactionnel à la mission de Silas à Antioche. '