C’est ce qui a été reconnu par NonDEN, p
là à souscrire à l’atiribution à Paul d'un discours où se rencontrent non seulement des idées mais des formules grecques, il y a un pas qu'il est malaisé de franchir, étant donné surtout que le discours dont il s’agit n’est pas fortement encadré dans la trame d’un récit historique.
Harnack a tenté de défendre contre Norden l’historicité du discours de l’Aréopage. Il est nécessaire, dit-il, parce que sans lui les Actes ne donneraient aucune idée de la prédication adressée par Paul aux païens et qu’un tableau de cette prédication était nécessairement appelé par le plan du livre. (st die Rede des Paulus in Athen ein ursprünglicher Bestandtheilder Apostelgeschichte ? Leipzig, 1913, T. U. XXXIX, 1, p. 20). Cette observation n’est juste qu’en ce qui concerne les Actes, non en ce qui concerne la source. Elle prouve que le discours à l’Aréopage n’est pas une interpolation postérieure à la composition du livre, mais non qu’il ne doive pas être attribué au rédacteur au même titre que le discours dans la synagogue d'Antioche de Pisidie ou que les adieux de Milet.
Le récit de l’activité de Paul à Corinthe présente un certain nombre de trous et d’incohérences ; il ne peut avoir été écrit d’un seul jet. On y peut reconnaître certains éléments surajoutés et l’on y peut aussi discerner les traces de suppressions ou d’abréviations malencontreuses.
Dans le récit de la rencontre avec Priscille et Aquilas (qu'il faut se représenter comme ayant été déjà chrétiens au moment où ils entrent en contact avec Paul), Loisy (p. 686) croit que l’indication relative à l’édit de Claude est secondaire et que c'est un synchronisme artificiel introduit par le rédacteur. Nous ne pouvons souscrire à cette opinion parce que, sile rédacteur avait eu la préoccupation de fournir des indications chronologiques, il lui eût été facile d’en donner de plus claires.
Le récit de l’activité de Paul présente un certain désordre. Le texte rapporte ce qui suit :
1° Paul prêche dans la synagogue chaque sabbat et convertit des Juifs et des Grecs (4). Cette donnée est, en elle-même, contradictoire, les Grecs n'ayant pu être atteints par une prédication faite uniquement dans la synagogue ;
2° À l’arrivée de Silas et de Timothée qui viennent de Macédoine, Paul se consacre à la parole démontrant aux Juifs que Jésus est Le Christ (5*). Il est manifeste que l’arrivée de ses auxiliaires amène une modification dans l’activité de Paul. Quelques critiques (WeLLuausen, Arit. An., p. 36; Loisy, p. 691 s.) pensent que c'est à ce moment-là seulement que commença l’activité missionnaire de Paul, qui, jusque-là, n'avait fait que travailler de ses mains pour gagner sa vie. On a peine à se
représenter l'apôtre laissant de côté, même provisoirement, Son œuvre missionnaire. On pourrait hasarder ici une conjecture. Nous savons par la première épître aux Thessaloniciens qu’au moment de son arrivée à Corinthe, Paul avait un très grand désir de retourner en Macédoine. Il se pourrait que les nouvelles qui lui furent apportées par Silas et Timothée lui ayant montré que son projet n’était pas encore réalisable, il se soit décidé à entreprendre une œuvre de quelque durée à Corinthe, alors qu'il ne s’y était cru jusque-là qu’en passant et n’y avait prêché l'Evangile que d'une manière occasionnelle. Ceci pourrait avoir été expliqué ou indiqué dans la source mais le rédacteur qui, nous l’avons vu, semble avoir pris à tâche de dissimuler les mesures prises contre Paul en Macédoine aura remplacé ce que disait la source par la notice vague du v. 4 sur la première prédication de Paul;
3° Paul commence par prêcher l'Évangile aux Juifs, puis, en présence de leur opposition, il se sépare d'eux et se transporte dans la maison du prosélyte Titus Justus, laquelle était voisine de la synagogue (5 2-7). II est dit ensuite que le chef de la synagogue Crispus se convertit ainsi qu'un certain nombre de Corinthiens (8). L'opposition des Juifs et la rupture de Paul avec eux sont présentées ici sous la forme schématique qui répond
à la théorie générale du rédacteur ; elle est donc à mettre à son compte d'autant plus que la plainte que, dans la suite, les Juifs déposent devant le tribunal de Gallion ne pourrait guère se comprendre si la rupture entre Paui et eux avait été complète. Ceci étant, le « de là » (£xsi0ev) du v. 7 ne peut avoir originairement signifié ce qu’il semble signifier dans le récit actuel, à savoir « de la synagogue » où Paul d’ailleurs ne fut jamais « établi », mais doit avoir signifié primitivement, comme l’ont bien vu Wendt (p. 301), Wellhausen (Arit. An., p. 36) et Loisy (p. 692), « de la maison d'Aquilas ». Ce changement d'établissement pourrait avoir été en rapport avec la résolution de se consacrer tout entier à la prédication de l'Evangile à Corinthe, résolution que prit Paul lorsqu'il dut renoncer à son projet de retour en Macédoine. Et peut-être que le choix d’une maison proche de la synagogue avait originairement pour but de faciliter les rencontres de Paul avec Les Juifs (Wer- LHAUSEN, Xrèt. An., p. 36 ; Loisy, p. 695). Les conversions qui sont mentionnées au v. 8 ne peuvent, originairement au moins, avoir été celles que Paul obtint parmi les Juifs, les mots roXket süv Kopuwbusy s'y opposant absolument, c’est une preuve de plus que l'idée d’une première période pendant laquelle Paul ne se serait adressé qu'aux Juifs est une fiction du rédacteur ;
4° Paul à une vision dans laquelle le Seigneur le rassure; il reste alors un an et six mois à enselgner à Corinthe (9-71). Originairement cette vision ne peut qu'avoir suivi le récit de dangers courus par Paul et qui lui avaient suggéré la pensée de .quitter Cocinthe (Loisy, p. 695 s.). La mutilation de la source est ici manifeste. Il est vraisemblable aussi qu’elle ne se contentait pas de dire qu'après cette vision Paul passait encore un an et demi à Corinthe ; 5° L'épisode de Gallion (72-77). Ce morceau est considéré par Loisy (p. 698 s.) comme une création apologétique destinée à illustrer la thèse de l'identité fondamentale du christianisme et du judaïsme et de l'égalité de traitement auquel :ls ont droit de la part des autorités romaines. Il faut accorder que l’auteur des Actes a bien la préoccupation que lui prête Loisy, mais il n’en suit pas que tout ce qui, dans son livre, vient à l’appui de cette thèse ait été créé par lui. On ne voit pas pourquoi il n'aurait pu utiliser un épisode réel qui allait dans le sens des idées qui lui étaient chères. En l'espèce deux circonstances nous paraissent militer en faveur de l'emprunt de l’épisode à une source et contre l’hypothèse d’une création du rédacteur. Ce sont deux obscurités que présente le récit ; elles ne se comprendraient pas si l’épisode était une création du rédacteur ; il est facile,
au contraire, de les expliquer dans l'hypothèse d'un emprunt fait à une source qui a été quelque peu abrégée. La première obscurité est relative au sens des termes « contre la loi » : il peut s’agir d'une propagande religieuse qui est contre la loi romaine ou de la propagande d’une religion qui est en opposition avec la Loï juive *. L'autre obcurité est relative à l'incident qui se produit quand Gallion a refusé d’accueillir la plainte : « Tous, est-il dit, se mirent à battre Sosthène » (18,17). De qui s’agit-il ? des Juifs, des Grecs ou même des chrétiens *?IL est impossible de le démêler et l'on a peine à penser que cette obscurité puisse ne pas être la conséquence de l’abréviation d’un récit emprunté à une source.
. En résumé le récit des Actes sur l’activité de Paul à Corinthe a subi un profond remaniement. Le rédacteur y a introduit l’idée d’une première période d'activité exclusivement limitée à la syna-
1. La première interprétation est celle de Zann (Einl., I, p.191) et de Scumienez (H. C., II, 1°, p. 52); la seconde qui nous paraît la plus probable est celle de H.-J. Hortzmann (H. C. EL, 2,p. 15) et de Jox Weiss (der erste Korintherbrief,p. XII).
2. La première interprétation est admise par SprrrA (Die Apgsch., p. 225) ; par Bacnmann (Der erste Korintherbrief, Leipzig, 1905, p. 8), par Jo Weiss (Erster Konintherbrief, p. XII). La seconde est celle de Ramsay (Paulus in der Apgsch.., -p. 211) de Bzass (ed. phil., p. 199) de Wenpr (p. 303). La troisième est supposée dans une nouvelle d’'ANAToLE France, Gallion (Sur la pierre blanche, p. 123).
gogue et d’une rupture solennelle de l’apôtre avec les Juifs mais surtout ce récit a été très fortement abrégé. Certaines de ses données sont en l'air et manquent des indications qui devaient nécessairement les encadrer et les expliquer. Il est permis de conjecturer que d’autres détails relatifs à la vie de la communauté de Corinthe ont pu disparaître en même temps que ceux qui étaient originairement en relation organique avec les détails conservés.
Le v. 18 du ch. 18 raconte que quelques jours après l'incident qui s’est déroulé devant le tribunal de Gallion, Paul s’embarque pour la Syrie avec Priscille et Aquilas. Il y a ici une difficulté d'interprétation, le texte dit xa ob atro ITpisxda ral’ Auxÿhas xetpauevos Ev Kevypeais Tv xepakhy etyev yo sbynv ce qui veut dire littéralement : « Avec lui Priscille et Aquilas, s'étant rasé la tête à Cenchrées car il avait fait un vœu ». Grammaticalement ce qui est dit du vœu ne peut guère être rapporté qu’à Aquilas qui vient d'être nommé (Wenpr, p. 304 ; Preuscuen, p. 112), mais cette construction ne laisse pas que d’être un peu étrange. Aquilas n'ayant été mentionné qu'incidemment et avec Priscille il n’est pas naturel que tout un membre de phrase lui soit rapporté. Aussi Wellhausen (Arit. An., p. 37 s.) a-t-il supposé que la mention de Priscille et d'Aquilas venait ici en surcharge.
Ce serait donc Paul qui aurait fait le vœu, mais c'est le vœu, non son exécution, qui pouvait être localisé à Cenchrées, il devait être exécuté à Jérusalem si la condition posée, à savoir une heureuse navigation, était réalisée. Loisy (p. 705) reprenant ces observations en tire les conclusions logiques qu’elles comportent, à savoir que c’est la mention du vœu, non pas celle de Priscille et d’Aquilas, qui vient en surcharge et que cette mention provient de ce que le rédacteur a anticipé ici ce qui était dit au moment du dernier départ de Corinthe. C'est à ce moment-là que l'apôtre aurait fait un vœu dont il se serait acquitté à Jérusalem.
Quelque maladresse que l’on prête au rédacteur, il est, nous semble-t-il, difficile d'admettre que de gaîté de cœur il ait ici obscurci ce qui devait être clair dans la source, qu'il ait arbitrairement séparé le vœu et sa réalisation et combiné ainsi la phrase boiteuse et maladroïte que nous lisons. Nous préférons supposer qu'il a employé le procédé dont il donne des preuves en maints autres endroits et que la bizarrerie de sa phrase est dûe à une maladroite abréviation de la source.
L'arrivée de Paul à Ephèse, la prière que lui font les Juifs d'y demeurer, son refus et sa promesse de revenir (28, 19-21) ne peuvent venir de la source. Il faut voir ici des éléments rédactionnels destinés à mettre Paul à l’origine de l'Eglise
d'Ephèse où non seulement Priscille et Aquilas mais encore d’autres missionnaires chrétiens, tel Apollos, semblent avoir prêché avant lui. L'introduction de ce morceau a entrainé la disparition de ce que la source disait peut-être de l’arrivée de Priscille et d’Aquilas à Ephèse. Ainsi s'explique
ce qu'il y a d’étrange dans la manière dont ces collaborateurs de Paul sont mentionnés au départ de Corinthe. Les v. 19b à 212 seraient ainsi ajoutés à la source.
D'Ephèse, raconte Actes, 18, 21-22, Paul vient à Césarée d’où il monte saluer l’Eglise ‘, puis il se rend à Antioche. Quelques critiques ont suspecté l'historicité de ce.voyage en Syrie * : Loisy pense qu'il est exelu par Le fait qu après la dispute avec Pierre et Barnabas, Paul n'aurait plus pu se montrer à Antioche, ce qui nous paraît proprement être une pétition de principe. Il pense que cette visite a été inaugurée pour donner, contrairement à la réalité, l'impression d’un accord per-
1. Certains critiques entendent l’église de Césarée p. ex. H.-J. Horrzmann (H. GC. 1,2, p. 117), Wenpr (p. 307). D’autres entendent celle de Jérusalem, p. ex. Oscar Hozrrzmann (Die Jerusalemreisen des Paulus und die Kollekte,Z. N. T. W., 1905, p. 103 s.), Preuscnen (p. 114), Lorïsy (p. 707). Le texte est, pour le moins, fort obscur ce qui pourrait être la conséquence de l’abréviation qu’il y a lieu de supposer dans ce passage.
2. Werzsæcker, Apost. Zeilaller, p. 210 ; WezLHausen, Krit. An., p. 38; Lorsy, p. 7085.
sistant entre Paul et l'Eglise d’Antioche. Mais si le rédacteur avait voulu donner cette impression, n'aurait-1l pas dû développer davantage le récit du séjour de Paul à Antioche ? Nous ne voyons donc pas de raison de supposer ici une intervention rédactionnelle si ce n’est pour expliquer par l'hypothèse d’une abréviation ce qu’il y a de trop bref, et par là même d'obscur, dans le récit.
Il. — LE TROISIÈME VOYAGE MISSIONNAIRE DE PAUL, 18,23-21,16.
La traversée de la Galatie et de la Phrygie qui constitue la première partie du troisième voyage missionnaire est mentionnée (78,23) aussi brièvement que le premier passage de l’apôtre dans ces régions et, selon toute vraisemblance, pour les mêmes raisons.
Le récit de la prédication de l'Evangile à Ephèse donne l'impression d’une certaine incohérence, il est fait d'éléments disparates. Prenons l’un après l’autre les morceaux qui le constituent.
Nous trouvons d’abord une notice sur Apollos, à qui Priscille et Aquilas donnent un enseignement plus complet et qui devient un propagateur ardent de l'Evangile parmi les Juifs (78, 24-28). Ce morceau étant sans lien aucun avec l’histoire
de Paul, ne peut être attribué à la source qui racontait ses missions (WELLHAUSEN, Ær. An.
p- 38 ; Lois, p. 710). Il ne peut être non plus une création du rédacteur puisqu'il ne répond à aucune de ses préoccupations. Ce pourrait être une tradition accessoire recueillie par le rédacteur et incorporée par lui à son récit. N’a-t-elle pas subi de sa part quelque modification ? La question est malaisée à résoudre puisque nous ne sommes pas en état de caractériser cette source. Tout ce qu’on peut noter c’est qu’elle a probablement été abrégée car ce qui est dit au v. 1 du ch. 19 de la présence d’Apollos à Corinthe n’est qu'une maladroite transition que le rédacteur a dû constituer en retenant un débris du récit du passage d’Apollos d'Asie en Grèce !.
Nous retrouvons un fragment de la grande source sur les missions de Paul au début du ch. 19 dans la mention de l’arrivée de Paul à Ephèse et dans l'indication de la voie par laquelle ïl y arrive (79,1). Cette indication pourrait bien n’avoir pas été isolée dans la source ; nous aurions alors ici l'indice d’une abréviation. La constatation d’une intervention du rédacteur sur ce point amène le
critique à se demander s’il y avait originairement
1. Ce qu’on lit dans le texte & n’est pas un élément du récit mais une tentative de reconstitution de ce qu’il devait contenir.
un lien organique entre l’arrivée de Paul à Ephèse et l'épisode des disciples de Jean-Baptiste (19,2-7). L’analogie qu’il y a entre cet épisode et l’histoire d’Apollos, la manière dont l'Esprit se manifeste après que les néophytes ont été baptisés et qui rappelle très directement ce qui se passe après que Pierre et Jean ont imposé les mains aux convertis de Samarie, font soupçonner une intervention du rédacteur qui, utilisant peut-être quelque tradition accessoire, aura créé, à l’honneur de Paul, un doublet de l'épisode d’Apollos (Loisy, p. 723 s.).
Cet épisode écarté, l'entrée de Paul à la synagogue (19,8) se rattache très bien à son arrivée à Ephèse (79,1). lei encore la source a été abrégée (19,8-9). Elle ne pouvait raconter la rupture de Paul avec la synagogue au bout de trois mois sans avoir rien dit de l’activité qu’il y avait exercée (Loisy, p. 724). L’essentiel de cette notice peut provenir de la source (Loisy, p. 724) bien que l'emploi du terme de « voie » (535) au v. 9 pour désigner le christianisme soit caractéristique du rédacteur :.
La notice du v. 10 a le caractère d'une conclusion, elle devait, dans la source, être précédée de
1. On ne le trouve, en dehors de ce passage, que 9,2; 19,23; 29,4 ; 24, 14-22 ; tous passages qu’il y a d’excellentes raisons d’attribuer au rédacteur.
quelques renseignements sur l’activité de Paul à Ephèse. Nous pouvons constater leur suppression, mais il est impossible de fixer avec précision les causes qui l’ont déterminée. Y avait-il, comme l’a supposé Loisy (p. 726), quelques détails sur les difficultés que, d’après 7 Cor., 16,9, Paul avait rencontrées à Ephèse et le rédacteur les aurait-il supprimés, parce qu'ils contredisaient sa thèse favorite sur l'attitude des autorités politiques à Pégard de Paul et de sa prédication ? C’est possible, il serait cependant téméraire de l’affirmer avec trop de précision.
Ce qui par contre paraît certain c est que — sauf ce qui concerne le départ de Paul d'Asie — tous les épisodes relatifs à Ephèse qui viennent après la conclusion que constitue le v. 10 du ch. 19 ne peuvent provenir de la source mais doivent avoir leur origine dans quelques traditions accessoires. Tel est le caractère de ce qui est dit des miracles accomplis par Paul (11-12). Ils ne sont pas sans analogie avec ceux qui sont attribués à Pierre (5,15). Les guérisons par le moyen de linges que Paul avait portés sont du même ordre que celles qu'avait réalisées l'ombre de Pierre. La raison n'est peut-être pas suffisante pour attribuer entièrement ce morceau au rédacteur. Il y a lieu, pour le moins, de penser à une forte intervention de sa part. Les notices sur les exorcistes juifs (23-17)
et sur la destruction par Le feu de livres magiques (18-20) proviennent de traditions diverses. Le premier de ces deux morceaux n’est certainement pas entré dans le récit actuel sans avoir subi de modifications. Il contient en effet un trait mal intégré : au verset 16,le membre de phrase « sautant sur eux l’homme les maïtrisa l’un et l’autre » devait être originairement en relation avec des
détails qui ont été supprimés. C’est toujours le
même système d’abréviation qu’une fois de plus nous constatons chez Le rédacteur. Il n’est pas pos- Sible de reconstituer la disposition originale de la source ; peut-être pourtant peut-on conjecturer que le récit actuel provient de la combinaison de deux traditions, l’une parlant d’exorcismes en général, l’autre relatant un épisode particulier.
Avec les 21-22 nous sommes de nouveau en présence d’un élément provenant de la source principale. Les projets de Paul tels qu'ils sont iet présentés et l'envoi de Timothée correspondent à ce que nous savons par les épîtres (Rom., 15,225. 1 Cor., 4,17 ; 16,10 s.). Les mots qui ouvrent cette notice : « Lorsque cela fut achevé » ne peuvent être considérés comme une transition rédactionnelle. Ils devaient se rattacher à un développement organique et non à une série d'épisodes détachés, ils proviennent donc de la grande source: Mais comme ils ne peuvent être reliés au dernier
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morceau du récit qui avait la même origine, c’està-dire à la mention des deux ans et demi pendant lesquels Paul enseigne dans l’école de Tyrannus, il y a lieu de statuer une lacune dans la reproduction de la source. Que pouvait contenir la partie du récit qui n’a pas été reproduite ? Loisy (p. 733-737) pense que ce devaient être les incidents de Corinthe et les allées et venues auxquelles ils ont donné lieu. Le rédacteur les aurait intentionnellement passés sous silence pour ne pas nuire au tableau idyllique qu’il entendait donner du passé de la chrétienté. Mais l’auteur de la source n'aurait-il pu déjà, et pour les mêmes raisons, ne pas mentionner la crise de Corinthe? Ce qu’il y aurait eu avant ce que nous lisons en 79,21 pourrait avoir été ou bien le récit des difficultés rencontrées par Paul à Ephèse, récit qui aura été supprimé pour ne pas nuire à la thèse chère au rédacteur, ou peut-être tout simplement d’autres récits que le rédacteur n'aura pas jugé à propos de reproduire sans avoir été poussé à cela par autre chose que par le désir de ne pastrop allonger son livre.
Dans la notice des v. 21-22 nous constatons qu'il n’est pas fait mention de ce qui, d’après les épîtres, a motivé la venue de Paul à Jérusalem, à savoir de la collecte en faveur des Eglises de Judée. Loisy (p. 734) pense qu’il y a là une suppres-
sion intentionnelle et systématique de la part du rédacteur. Celui-ci aurait vu dans la collecte une sorte d’équivalent de l'impôt du Temple et par conséquent la preuve que le christianisme s’organisant parallèlement au judaïsmé ne devait pas être confondu avec lui. Comme cette constatation allait contre sa thèse, il aurait supprimé systématiquement toute mention de la collecte. Gette hypothèse que Loisy met à la base de certaines parties de sa critique des Actes et dont il tire des conclusions fort étendues ne nous paraît nullement s'imposer. Le caractère libre et spontané des
contributions en faveur des chrétiens de Pales-
tine ne permettait pas l'assimilation à un impôt obligatoire pour: tous les membres de la communauté juive et dont la loi fixait la quotité. La différence n'était pas difficile à marquer et le rédacteur qui n’avait pas eu scrupule de parler — à tort d’ailleurs — au chapitre 11 de l'envoi par l'Eglise d’Antioche à celle de Jérusalem d'un secours en argent, n'avait aucune raison de supprimer des contributions similaires fournies par les Eglises d'Asie, de Macédoine ou de Grèce. L'hypothèse d’une suppression systématique ne nous paraît donc pas fondée et il y a lieu, pensons-nous, de supposer que le rédacteur n'a pas mentionné la collecte parce qu'il la jugeait sans importance à moins que — hypothèse qui pourrait bien être
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plus proche de la vérité — la source ait parlé à propos de la collecte d’un désir de Paul de se mettre d'accord avec les chrétiens de Jérusalem ;, désir que ne pouvait mentionner le rédacteur qui avait fait à ses Lecteurs le récit du chapitre 15.
Entre ces préparatifs en vue du voyage en Macédoine et en Grèce (19,21-22) et le départ de Paul (20,1) * le rédacteur insère le récit de l’'émeute de Démétrius. L'étude de la première épitre aux Corinthiens confirme le témoignage des Actes pour ce qui est d'un intervalle ayant séparé le départ de Paul de celui de Timothée. Il n’en suit pas que ce que le récit actuel met entre 19,22 et 20,1 vienne de la tradition originale. Loin de là. Formellement d’abord, si on en élimine ce qui dépend du récit de l'émeute, le premier verset du chapitre 20 se rattacherait assez bien à 79,22 pour qu’il y ait lieu de supposer que, dans la source, ces deux fragments n'étaient pas séparés l’un de l’autre *. Matériellement le récit de l'épisode
1. La manière dont Paul demande aux chrétiens de Rome de prier pour le succès de sa visite à Jérusalem (Rom., 15, 30 s.) montre l'importance qu'avait pour lui la démarche qu'il entreprenait.
2. Peut-être son départ non d’Ephèse mais d’Asie car il se pourrait qu’à partir de 19,22 Paul n’ait plus été à Ephèse même. Cf. Loisx, p. 743 s.