Nous ne pouvons donc souscrire à l'opinion de Loïsy
(p. 744 s.) qui pense que le récit de l’émeute a pris la place qu'occupait à l’origine la narration de la crise corinthienne.
ga ANALYSE CRITIQUE DU RÉCIT 287
appèlle de graves réserves. La manière dont Paul
et ses amis y sont mêlés est des plus suspectes. Gaius et Aristarque sont entraînés à l'assemblée et cependant ce n’est pas contre eux que se déchaîne la fureur de la foule. Une intervention des magistrats empêche Paul d'y aller. Si l’on s’en tient à ce qui est dit à La fin du récit, ceux-ci seraient bien plus efficacement intervenus en dispersant l’assemblée comme illégale. On est ainsi amené à penser que tout ce qui est dit de Paul et de ses collaborateurs est un élément adventice et que notre récit était primitivement celui d’une émeute dirigée contre les Juifs ce que confirme bien le rôle joué par Alexandre. Nous serions done ici en présence d’une tradition ‘ dans laquelle il n’était originairement pas question de Paul et qui a été transformée en épisode auquel Paul est mêlé ; soit par le rédacteur, soit déjà par une tradition antérieure à lui (WeLcaausen, Noten, p.16 $s.; Ari. An., p. 41; Preuscuen, p. 120 ; Loisy, p. 752).
Les deux premiers versets du chapitre 20 racontent le départ de Paul d’Asie, sa traversée en Macédoine et son arrivée à Corinthe. L’extrême brièveté de ce récit frappe le lecteur ; elle contraste
1. Comme le remarque justement Loisx (p. 753) le fait que les Juifs sont les victimes de l’émeute et non ses insligateurs comme le voudrait la théorie générale du rédacteur milite en faveur de l’historicité de l’épisode.
avec la façon détaillée dont sera raconté, un peu plus loin, le voyage de l’apôtre de Corinthe à Jérusalem. Ÿ avait-il dans la source des choses que le rédacteur aura préféré laisser dans l’ombre, comme par exemple la mention de persécutions dirigées contre les communautés de Macédoine ‘ ou bien le rédacteur a-t-il supprimé des détails qu’il jugeait superflus parce qu’il s’intéressait à ce qui était marche en avant, ou conquête de l’Evangile et non à ce qui concernait la vie de communautés déjà constituées ? ou encore le récit de la source aui, dès 19,20, paraissait orienté vers le voyage à Jérusalem, négligeait-il tout ce qui ne se rapportait pas directement à cet objet? Ce sont là autant d'hypothèses entre lesquelles il ne nous paraît pas possible de se prononcer. La dernière a peut-être pour elle que la notice relative à Corinthe est manifestement dominée par la pensée du voyage à Jérusalem et que du séjour de trois mois il n’est absolument dit que ce qui a rapport à ce voyage. |
Loisy (p. 758 s.) a supposé que les intrigues des Juifs par lesquelles est expliqué l'itinéraire anormal suivi par Paul de Corinthe à Jérusalem ont été imaginées pour remplacer le motif réel de
1. Il semble être fait allusion à des persécutions dirigées contre les Églises de Macédoine dans LI Gor., 8, 2.
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l'itinéraire adopté qui était de prendre en Macédoine puis à Milet les délégués porteurs des collectes faites en Macédoine et en Asie. Cette hypothèse nous paraït se heurter à de multiples difficultés. Laissant de côté le principe général sur lequel elle repose et que nous avons discuté plus haut, nous n'en mentionnerons que deux : la pre- : mière est que la venue des délégués macédoniens à Corinthe parait établie par 11 Cor., 9,1-4 ; la seconde que l'hypothèse oblige à admettre que la liste des délégués qui se trouve actuellement au v. 4 du ch. 20, a été déplacée et qu’elle se serait trouvée originairement au moment de l’arrivée à Jérusalem ‘, hypothèse gratuite, car même si le motif donné à l'itinéraire adopté n'était pas primitif, on ne voit pas à quelle préoccupation aurait obéi le rédacteur en déplaçant, comme il l’a fait, la liste des compagnons de voyage de Paul. Le plus simple nous paraît donc être d'admettre que l'indication relative au complot des Juifs contre Paul se trouvait déjà dans la source et que c'était elle qui motivait l’itinéraire adopté. Le récit de la source pourrait d’ailleurs avoir été plus circonstancié et par suite plus cohérent que celui que nous lisons. | |
Avec la mention du départ de Corinthe (20,6)