‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 77 sur 98 · C’est ce qu’admet Loisyx, p · texte numérisé non relu

C’est ce qu’admet Loisyx, p

commence un récit du voyage qui conduira Paul jusqu'à Césarée (21,8). Il n’est pas douteux que cette partie de la narration, qui a une extrême précision, vienne de la source. Nous n'avons à examiner que quelques morceaux plus développés qui paraissent y être intercalés. Le premier est le récit de la fraction du pain de Troas (20,7-12). Le fait que tout au début du récit il y a un « nous » qui disparaît dans la suite indique que ce morceau ne vient pas de la source et que le premier « nous » est dû au rédacteur qui à voulu relier l'épisode au fil de sa narration (Loisy, p. 764). L'histoire de la résurrection d'Eutychès rappelle certains miracles de l'Ancien Testament. Il n’est cependant pas probable que nous ayons seulement ici une créetion du rédacteur. On ne voit pas pour quelle raison il aurait surchargé sa source, alors que, pour le reste du voyage, sauf en ce qui concerne le discours de Milet qui répond à un but particulier, il en respecte la sobriété. IL y a donc lieu de penser, ou bien que le rédacteur a recueilli ici une tradition relative à Troas parce qu'il jugeait à propos de ne pas la laisser perdre, ou bien qu'il a substitué l'épisode à quelques détails qu'il ne voulait pas reproduire. Loisy adopte cette seconde explication (p. 766). La source, pense-t-il, parlait de la collecte et comme le rédacteur tenait à ne

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pas la mentionner il a substitué autre chose à ce:

qu'elle disait. Cette hypothèse a le tort d'être entièrement conjecturale. De plus on ne: comprend pas pourquoi le rédacteur, s’il avait trouvé dans sa source quelque chose qu'il ne voulait pasreproduire, n'aurait pas procédé à une simple suppression.

Le narrateur se départit encore de l’extrême sobriété qui caractérise cette partie du récit pour raconter les adieux de Paul aux Anciens d'Ephèse qu'il fait venir à Milet. IL explique que Paul ne s'arrête pas à Ephèse en lui attribuant le désir d’être à Jérusalem pour la Pentecôte. Il est difficile de penser que l'indication ait pu être donnée dans la source sous cette forme très sommaire. Il y était peut-être expliqué que Paul désirait être à Jérusalem au moment de la fête pour s’y rencontrer avec les chefs de l'Eglise judéo-chrétienne qui devaient y revenir à ce moment-là. Ce que Paul dit dans l’épître aux Galates (4,70 cf. Col., 2,16) des temps et des fêtes rend bien difficile d'admettre qu’il ait pu attacher une importance quelconque à se trouver à Jérusalem pour la Pentecôte (Wewpr, p.329). De plus, comme rien ne vient entraver le voyage de Paul, il y a lieu de penser que ses projets se sont réalisés, or il ne nous est rien dit d’une participation de sa part à la célébration de la Pentecôte juive.

La rencontre de Paul à Milet avec les Anciens

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d'Ephèse n’est donc pas suffisamment expliquée par la hâte de Paul. (WenpranD, Urchr. Litf.,p.334.) Si l'arrêt n’est pas imputable à l’apôtre mais a été motivé par l’'embarquement ou le débarquement de marchandises, cela n'aurait pas pris plus de temps à Paul d’aller lui-même à Ephèse au lieu d’en faire venir les Anciens. Loisy (p. 769) pense que la source parlait de la venue à Milet des délégués des églises d'Asie porteurs de la collecte et que le rédacteur a substitué à ce détail la rencontre de Paul avec les Anciens. Nous croirions plutôt que les Actes placent à Milet la rencontre de Paul avec les Anciens pour ne pas contredire une tradition d’après laquelle Paul ne serait plus revenu à Ephèse après son départ pour Corinthe. Il n’est pas douteux en effet que le discours mis dans la bouche de l’apôtre ne soit une composition du rédacteur. Il trahit chez Paul un sentiment si net du sort qui l'attend à Jérusalem que c’en est une prophétie à peine voilée (Loisy, p. 774), or nous savons par l’épitre aux Romains qu’au moment où il se dirigeait vers Jérusalem Paul avait si peu le sentiment d’être arrivé au terme de sa carrière qu'il formait des projets pour l’évangélisation de l'Occident. L'attribution du discours de Milet au rédacteur est en outre recommandée par le fait que ce discours rentre évidemment dans un plan systématique d’après le-

quel le livre des Actes devait contenir un discours de Paul aux Juifs (à Antioche de Pisidie : 13,15-41) un discours missionnaire adressé aux paiïens (à Athènes: 77, 22-31) un discours adressé aux chrétiens (à Milet) et un discours devant les autorités politiques (devant Agrippa : 26, 2-29). Tous ces discours doivent avoir la même origine.

Dans la suite du récit de: voyage, la prophétie des chrétiens de Tyr (27, 4?) pourrait bien être une addition du rédacteur. Elle fait double emploi avec celle d’Agabus donnée un peu plus loin et surtout cette sombre prédiction reste sans effet. Il n'est rien dit de l’impression qu’elle produit sur Paul et il n'y est plus fait aucune allusion au moment du départ des voyageurs.

A leur arrivée à Césarée, Paul et ses compagnons de route vont loger chez Philippe l’évangéliste, l’un des Sept. Loisy (p. 785) pense que l'indication que donne 27,9 sur ses sept filles vierges et prophétesses devait être l'amorce d’une prophétie qu’elles auraient faite sur la destinée de l’apôtre, prophétie qui aurait été supprimée pour laisser place à celle d’Agabus. Cette explication ne nous paraît pas s'imposer, car le détail relatif aux filles de Philippe peut avoir fait partie de la tradition et avoir été recueilli pour caractériser par un trait connu la physionomie du personnagé qu’il mettait en scène.

La prophétie d'Agabus (21, 10-14) appelle deux remarques. D'abord elle apparaît comme un doublet d’un autre épisode auquel Agabus est mêlé et qui se produit à Antioche à la veille d’un départ de Paul pour Jérusalem (77,27 s.) L'épisode d’Antioche, nous l’avons vu ', n’est pas historique mais on ne peut déterminer si le narrateur l’a créé de toutes pièces ou s’il s’est borné à dédoubler un fait qui s'était réellement passé àun autre moment et en un autre endroit, fait qui serait précisément celui dont nous examinons la relation. Le dédoublement serait un procédé qui répondrait assez bien aux habitudes du rédacteur des Actes *. Cependant il y à une grave objection à faire à l’historicité de l'épisode c’est que la prophétie d'Agabus suppose un séjour d’une certaine durée fait par Paul à Césarée et qu’il est difficile de concilier cet arrêt avec la hâte qu'avait l’apôtre d’arriver à Jérusalem ? On peut dire, sans doute, que la navigation à pu être heureuse, que Paul a pu gagner quelques jours sur ses prévisions et en profiter pour s'arrêter à Césarée, ou bien encore que désireux de ne pas trop prolonger son séjour à Jérusalem, il n'a pas voulu y arriver plus tôt

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2. Comparer le dédoublement du récit de la mission des Hellénistes (8,4 et 11,19) et celui du voyage de Paul à Jérusalem (11-12 et 15).

qu'il ne se l'était fixé et a préféré attendre à Gésarée jusqu’à la veille de la Pentecôte. Ces hypothèses sont fort plausibles; encore faudraitil qu’elles fussent justifiées par quelque chose dans le texte. Le narrateur qui avait parlé de la hâte de Paul ne pouvait se dispenser de dire pourquoi, parvenu à Césarée, il ne paraît plus pressé d'arriver à Jérusalem. 11 y à donc lieu d'attribuer le morceau considéré au rédacteur (Loisy, p. 787).

Peut-être toutefois la prophétie d’'Agabus a-t-elle remplacé un élément primitif du récit. La fin de l'épisode est en effet rédigée à la première personne, alors que l’endroit où on la rencontre est trop éloigné du dernier. emploi de la première personne dans la source pour que le rédacteur ait dû employer cette personne pour souder son addition au texte primitif. On pourrait dès lors se demander si la prophétie d’Agabus n’aurait pas pris la place d'un développement où — originairement — les fidèles de Césarée qui devaient connaître les dispositions des chrétiens et des Juifs de Jérusalem, en instruisaient Paul et l’avertissaient des dangers auxquels il s’exposait en montant à la ville sainte. (Cf. Loïsy, p. 788.) Ce qui tendrait à confirmer cette hypothèse c’est que les fidèles de Césarée non seulement accompagnent Paul à Jérusalem mais encore ont soin de lui assurer un logis en

le faisant accompagner par Mnason qui se chargera de l’héberger (27, 15-16. Loisy, p. 790 s). I n’était donc nullement certain aux yeux des chrétiens de Césarée que les fidèles de Jérusalem accueilleraient bien l’apôtre. Le texte occidental a voilé cette trace que le rédacteur des Actes a laissé subsister des véritables dispositions des chrétiens de Jérusalem à l’égard de Paul et il a fait de Mnason l’hôte qui avait reçu Paul dans quelque village entre Césarée et Jérusalem.

IT, — Paur À JÉRUSALEM, SON ARRESTATION, SON PROCÈS, 21, 17-26,92.

A leur arrivée à Jérusalem Paul et ses compagnons sont bien accueillis par les frères (27,17). C’est là, probablement, une simple transition. On ne peut en effet, supposer que la question des relations de Paul avec l'Eglise de Jérusalem ait été immédiatement réglée, ce qui rendrait le récit suivant superflu. Ensuite est rapportée une rencontre qui eut lieu le lendemain entre Paul et ses compagnons d’une part, Jacques et tous les Anciens de l’autre. Ceux-ci, après avoir entendu le récit de l’œuvre accomplie par Paul parmi les païens, lui disent qu’il y a à Jérusalem, des milliers de Juifs

croyants, pleins de zèle pour la Loi, auxquels Paul à été présenté comme un apostat. Ils ne manqueront pas d'apprendre sa présence, aussi conseille-t-on à l’apôtre de donner une preuve de son loyalisme juif, en acceptant de se joindre, à quatre frères pour accomplir un vœu de nazir. Quant aux païens qui ont cru, on leur demande seulement de s’abstenir des choses sacrifiées, du sang, des viandes étouffées et de la porneta, c’està-dire, sans doute, des unions à des degrés prohibés par la Loi juive (27, 18-25).

Il y à, nous semble-t-il, des raisons absolument décisives pour ne pas voir dans ce petit morceau un élément rédactionnel. Nous y trouvons en effet une série d'idées qui sont en complète contradiction avec les vues du rédacteur et qui, par suite, ne sauraient lui être attribuées. Notons, par exemple, la prévention des judéo-chrétiens contre Paul. En second lieu tandis que, d’après le rédacteur, Paul n’a de difficultés à craindre que de la part des Juifs, nous voyons ici que la situation des chrétiens sortis du paganisme n’est pas réglée. On communique à Paul un règlement promulgué à ce sujet et qui est précisément celui auquel lui-même est censé avoir souscrit lors de la conférence de Jérusalem. Jamais le rédacteur n'aurait imaginé pareille chose. Nous sommes donc certainement ici en présence d’un morceau qui vient de la source.

Dans ces conditions il faut considérer la notice du v. 17 comme un élément rédactionnel.

La conclusion à laquelle nous avons été conduit pour l’ensemble du morceau 18-25 rend vraisemblable l'attribution à la source de ce qui concerne la participation de Paul à un vœu. Cette opinion est d'autant plus probable que le récit n'est pas parfaitement clair. Loisy (p.802) a fait à ce sujet une hypothèse très séduisante, Il suppose qu’il y a une relation entre ce vœu et celui dont il était question au départ de Paul de Cenchrées. À Corinthe Paul aurait fait un vœu, il s'agirait maintenant de s'en acquitter en offrant les sacrifices qui devaient accompagner la coupe des cheveux marquant la fin du vœu, une première coupe ayant peut-être marqué le début du vœu. Ainsi s’expliquerait le conseil des jérusalémites. Paul estobligé de séjourner à Jérusalem tout le temps que réclame l’exécution de son vœu ; pendant tout ce temps il sera en danger. Pour qu'il ait au moins chance de passer inaperçu on lui propose de s'associer à d'autres nazirs pour lesquels il fera les frais du sacrifice. Fondu dans leur groupe il risquera moins d'attirer l'attention. Cette hypothèse laisse subsister dans le récit actuel une incohérence frappante. Les chefs de la communauté jérusalémite signalent à Paul un danger, ou du moins une difficulté à laquelle il risque de se heurter du côté des

judéo-chrétiens et, pour parer à ce danger, ils lui proposent une mesure quise montrera efficace visà-vis des Juifs. Si Paul entouré des quatre nazirs chrétiens peut passer inaperçu à leurs yeux, il ne peut échapper à l’attention des judéo-chrétiens dont il est dit que, de toute façon, ils connaitront la présence de Paul. Loisy (p. 800) essaye de parer à cette difficulté en supposant que les judéochrétiens ont été substitués aux Juifs. On comprendrait fort bien que le rédacteur, pour servir sa thèse de l’accord fondamental du christianisme et du judaïsme, se soit efforcé d’atténuer le conflit entre Paul et les Juifs, mais à quoi servait-il de le faire à un endroit où ce conflit allait violemment éclater dans les faits? L'auteur auraitil, pour cela, sacrifié une idée qui ne lui tient pas moins à cœur, celle de l'unité du christianisme apostolique et de la parfaite entente de Paul avec l'Eglise de Jérusalem ? 11 faut donc modifier l'hypothèse de Loisy et supposer que les chefs de la communauté conseillent à Paul de s'acquitter de son vœu en compagnie des autres nazirs chrétiens de manière à se manifester à la communauté en Juif pieux et fidèle tandis que s’il s'était acquitté de son vœu tout seul, les fidèles chrétiens auraient pu ne pas le savoir. ;

La notice du v. 26 sur la mise en pratique du conseil donné doit être attribuée à la même source

-que les versets 18-25. Nous sommes au troisième jour du séjour de Paul à Jérusalem — au second d’après la source, si on considère le v. 17 comme une addition rédactionnelle — quand s’ouvre pour Paul la période des purifications.

La scène qui est rapportée de 27 à 36 ne prête pas à la critique. Le seul point qui présente quelque obscurité est de déterminer si les Juifs A’Asie ont, de bonne foi, cru que Paul avait introduit Trophime dans le Temple ou bien si, pour provoquer une émeute, ils ont invoqué un prétexte qu'ils savaient eux-mêmes mal fondé. Dans la suite la question de profanation du Temple ne joue aucun rôle et ce fait pourrait faire pencher vers la seconde hypothèse. Il convient de remarquer que l’auteur de la source pouvait parfaitement ne pas être lui-même au clair sur le fond de la question. Il savait ce qui s'était passé, il n’était pas à même de pénétrer les desseins et les intentions des Juifs. L’obscurité sur ce point particulier n’est pas un indice de remaniement. ;

Il y a en outre, dans ce récit, un détail qui doit retenir l'attention de la critique, c’est l'indication chronologique du début : « Comme les sept jours allaient être accomplis ». Il est dit « les sept Jours » et non pas «sept jours », il n’est donc pas possible de penser au temps écoulé depuis l’arri-

vée de Paul à Jérusalem‘. Il s’agit d’une période définie qui doit probablement être celle de la purification précédant les sacrifices qui marquent la fin du vœu. Ce renseignement devra être examiné avec les autres indices de même nature que l’on peut recueillir entre l’arrivée de Paul à Jérusalem et la comparution devant Félix.

La scène qui est rapportée de 21, 37 à 22, 24 appelle toutes sortes de réserves. Il est vraiment difficile de se représenter comment, au milieu d'un tumulte tel que les soldats sont obligés de porter Paul, celui-ci obtient la permission de s'adresser au peuple depuis le seuil de la citadelle. Il est plus surprenant encore que, cette permission obtenue, Paul parvienne à se faire entendre. Comme d’autre part le discours rapporté reproduit un récit déjà donné à sa place dans la première partie de la narration, l'intervention du rédacteur est évidente. Enfin il faut ajouter que, l'épisode achevé, on se trouve exactement au point où l'on était à son début. L'ordre donné par le centenier en 22, 24 de faire entrer Paul dans la citadelle ne fait que reproduire l’ordre semblable de 27,34. (WELLHAUSEN, ÆKrtt. An.

p. 46 s. ; Loisy, p. 808 s.)

La scène qui se déroule à l’intérieur de la cita-

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