‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 80 sur 98 · FEAR · texte numérisé non relu

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ce morceau et qui ne s'accordent pas aisément avec celles qu'on relève depuis le moment de l'arrivée de Paul à Jérusalem. Au v. 7 du ch. 24 il est dit que le grand-prêtre et les délégués du sanhédrin viennent de Jérusalem « au bout de cinq jours » (27% mévre uéoxs 24, 1), et dans son apologie Paul déclare : « Il n'y a pas plus de douze jours que je suis monté à Jérusalem pour adorer » (où mhelouc eldiy por muépat dudexa àp'ne avé6nv.…). Ces indications viennent certainement de la source, puisqu'elles ne sont pas conciliables avec celles que le rédacteur avait déjà données ‘.

La chronolog’e du séjour de Paul à Jérusalem d’après le récit actuel des Actes s’établirait de la manière suivante : Paul étant arrivé un jour à Jérusalem (1) (27, 17) reçoit le lendemain {1[) (21, 18) le conseil de s'associer à des frères pour les cérémonies de son naziréat. [1 les commence le jour suivant (Ill) (27, 26); au moment où les sept jours vont être achevés (27, 27,) c'est-à-dire un ou deux jours avant Le 1x° soit peut-être Le vi‘, se produit l’émeute. Le lendemain, donc le vin‘ jour (22, 30), Paul comparait devant le sanhédrin. Le jour suivant qui est le le 1x? (23, 12), les Juifs complotent ‘de le faire mourir. Dans la nuit du 1x° au x° jour

1. Il n’est pas possible d'admettre avec Loisx (p.852) que le rédacteur ait obtenu ces douze jours en additionnant mécaniquement les sept jours du naziréat et les cinq jours de Césarée.

Paul quitte Jérusalem ; le x° jour, il est à Antipatris (23, 31 s.) Üomme la distance parcourue est d’une cinquantaine de kilomètres il est peu probable qu’on se soit remis en route le même jour pour accomplir une seconde étape d'à peu près égale longueur, c’est donc le x1° jour qu’on est arrivé à Césarée. La comparution se plaçant cinq jours après (24,1) tomberait le xv° jour. Il y a donc entre cette combinaison et les données du discours une contradiction manifeste, qui prouve l'introduction dans le récit actuel d'éléments adventices. Ecartons ceux que nous avons soupconné être des additions rédactionnelles, soit la journée qui précède la rencontre avec Jacques, la comparution devant le sanhédrin et le complot des Juifs et supposons que c’est le jour même de son arrestation que Paul a été envoyé à Césarée. Nous aurons la combinaison suivante: 1‘° journée: Paul s’entretient avec Jacques ; 2° journée : il commence les cérémonies du vœu ; 6° journée (les sept jours étant sur le point d’être achevés) : émeute et arrestation ; 7° journée: Antipatris ; 8° journée : Césarée; 12° journée : comparution ‘. Il y a là, nous semble-t-il, une précieuse confirmation des

1. On pourrait encore resserrer les événements en admettant que le point de départ des cinq jours de 2/, 1 était la démarche faite par le sanhédrin le jour de l’arrestation. Les sept jours auraient alors été accomplis le lendemain de l'arrestation.

conclusions auxquelles nous avons abouti plus haut.

Quant au récit de la comparution devant le gouverneur il ne convient pas de l’écarter comme le font certains critiques(WELLHAUSEN, Xrit. An., p.50) sous prétexte qu'aucune solution n'intervient et que, plus tard, l'affaire s’ouvre devant le tribunal de Festus, comme si elle n’avait pas encore été abordée. Le récit n’est pas celui d’un jugement mais seulement d'une audience dans laquelle le procurateur reçoit la plainte des Juifs et entend les explications de l’accusé. Mais il n’y a pas d’audition de témoin, l’affaire n’est pas mise en délibération. Le gouverneur déclare seulement qu’il y a lieu à instruction (Loisy, p. 862). Réduite à ces éléments qui sont les seuls qu'atteste le texte il n'y a dans la comparution devant Félix rien qui ne soit fort naturel et rien qui soit le moins du monde en contradiction avec ce qui se passera dans la suite. Toutefois les discours attribués à Tertulle d'une part, et à Paul de l’autre, ne peuvent venir de la source puisqu'ils sont en relation directe avec la manière dont l'affaire est présentée dans les morceaux dont nous avons reconnu le caractère rédactionnel. Soit que le rédacteur ait intentionnellement ou non faussé la perspective du procès, soit que l’auteur de la source ait déjà mêlé quelque peu entre elles les différentes

phases de l'affaire, on n’aperçoit pas que ce quia dû être, avant tout, discuté c’est une question de compétence (Loisy, p. 859).

La notice des v. 24 et 25 est un élément rédactionnel. La crainte et le respect que Paul inspire à Félix rappellent l'attitude d'Hérode à l’égard de Jean Baptiste. [l faut ajouter que la formule d'introduction est gauche et trahit la surcharge (Loisy, p. 865). La formule de conclusion n’est pas moins surprenante : « Pour le moment va »,étrange manière de s'adresser à un homme qui est et qui reste prisonnier. Quant à l’indication, ou plus exactement aux indications du v. 26, leur caractère contradictoire est frappant. Félix garde Paul en prison parce qu'il espère recevoir de l'argent de lui ‘ et parce qu'il tient à se ménager la possibilité d'entretiens avec lui; à ces deux motifs vient encore s'ajouter le désir de plaire aux Juifs, désir qui est indiqué au v. 27. Comme le remarque Mommsen (Z. N.T. W., 1901,p. 93) ce sont là des motifs qui ne s’excluent pas, qui peuvent être vrais ou faux les uns et les autres et qui correspondent probablement aux conjectures qu’on pouvait faire dans l'entourage de Paul pour expliquer la pro-

1. ScawarTz (Zur Chronologie, p. 294) conjecture que Félix savait que Paul avait apporté des sommes importantes à Jérusalem, il pouvait donc penser avoir affaire à un homme disposant de certaines ressources.

longation de sa captivité. À ce titre l'indication peut provenir de la source.

Au bout de deux ans ‘, Félix est remplacé par Festus et laisse Paul en prison (24, 27). C'est là encore une notice qui peut parfaitement venir de la source, quant au fond tout au moins, car le motif pour lequel Félix aurait laissé traîner l'affaire n’est nullement nécessaire pour expliquer qu'il l'ait transmise à son successeur. On pourrait conjecturer ou bien que le désir de plaire aux Juifs expliquait non pas que Félix ait laissé Paul en prison au moment où 1l quitta son gouvernement mais qu'il n'ait pas plus tôt jugé son affaire ; à moins qu’il ne faille supposer que Félix ne se soit pas borné à laisser les choses en l’état mais que, désireux de se concilier les autorités juives dont il pensait pouvoir avoir encore besoin *, il ait transmis l'affaire à Festus, dans des conditions — peutêtreavec un rapport — qui devaient l’orienter dans le sens désiré par les ennemis de l’apôtre. Aïnsi . s’expliquerait que l'affaire qui avait trainé en longueur ait pris, dès l’arrivée de Festus, une tournure défavorable à Paul.

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