Il faut entendre deux ans après l’arrestation de Paul et
non deux ans après l’entrée en fonctions de Félix. Voir Mau-
RICE GoGuEz, Essai sur la chronologie paulinienne, R. H. R., t. LXV, p. 329.
2. On sait qu'après son rappel Félix fut accusé à Rome par les Juifs.
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- Festus venu à Jérusalem, peu de jours après son entrée en fonctions reçoit des Juifs une requête. On lui demande que Paul soit transféré à Jérusalem (25, 1-3). Le narrateur ajoute qu'ils avaient le projet de le faire périr en route. Ce détail dénature les faits. L’intention des Juifs n’est pas de tendre un guet-apens à Paul mais d'obtenir qu'il soit gugé par le sanhédrin (Loisy, p. 872). La réponse du procurateur ne doit pas être regardée comme un refus mais comme une convocation.
La requête des Juifs ne peut être régulièrement examinée qu'au tribunal. L’intention de tuer Paul en route prêtée aux Juifs est donc une addition du rédacteur qui n’a pas compris la nature de leur demande ou qui a voulu en dénaturer le caractère.
Le récit de la comparution de Paul devant Festus contient quelques obscurités. À le lire, il pourrait sembler que le procurateur ne voyant pas clair dans le différend qui lui est soumis essaye de se débarrasser d’une affaire difficile en amenant Paul à accepter la juridiction du sanhédrin. Que.tel n'ait pas été le sens primitif du récit, il est à peine besoin de le souligner. Comment proposer à un accusé d'accepter de bon gré la Juridiction du sanhédrin alors que cet accusé est depuis deux ans en prison précisément parce qu'il a décliné cette juridiction ? 11 faut donc admettre
3 Lhes LE LIVRE DES ACTES
que l'attitude de Festus est beaucoup plus favorable aux Juifs que ne l’impliquerait l’idée d’une transaction. Le texte dit d’ailleurs expressément que la décision du gouverneur lui est dictée par le désir d’être agréable aux Juifs. Ce qui est dit aux v.7et8 sur l'incapacité des accusateurs de prouver leurs accusations et sur la défense de Paul exprime le sentiment du narrateur et ne traduit pas l'impression produite par les débats sur le magistrat *. La décision ne peut donc avoir été celle qui est indiquée au v. 9; elle ne peut avoir consisté en une proposition faite à Paul. C’est une décision qui devait être rapportée ici. Si la tradition originale est altérée c’est peut-être parce que le rédacteur n’a pas saisi qu’une question de compétence était débattue et que, dans ces conditions, ne pouvant comprendre que l'autorité romaine se soit d'elle-même dessaisie d’un prisonnier, il aura supposé que le gouverneur avait imaginé une solution amiable pour sortir d'embarras sans prononcer un acquittement qu'il trouvait justifié mais qui aurait indisposé les Juifs qu’il tenait à ménager. Il y a d’ailleurs dans la déclaration du gouverneur quelque chose d’obscur. « Veux-tu, dit Festus à Paul, monter à Jérusalem pour y être
1. Cela ne prouve pas qu’il y ait eu dans la source, comme le pense Lorsx (p.874s.), un récit plus circonstancié des débats.
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jugé sur tout cela devant moi ? ». Ilest bien certain qu'il ne s’agit pas seulement de poursuivre à Jérusalem le procès commencé à Césarée. Si le gouverneur avait jugé qu'il y avait quelque intérêt à le faire, par exemple pour avoir plus de facilités pour entendre les témoins, il n'avait nullement à consulter Paul et l’on ne voit pas que cette simple mesure de procédure ait eu assez d’importance pour déterminer l’apôtre à faire usage de son droit d'appel. Etre jugé à Jérusalem doit donc signifier autre chose, cela doit signifier être jugé par le sanhédrin. Comment interpréter les mots ir où? Le narrateur pourrait-il avoir conçu l’idée d'une séance du sanhédrin qui se tiendrait en présence, voire même sous la présidence du procurateur ? On aurait peine à l’imaginer. Ce serait en tous cas une impossibilité historique. Faut-il admettre seulement que le procurateur entend ne pas abdiquer entièrement et se réserve le droit de suivre le procès pour ratifier, s’il y a lieu, la sentence? Ce serait déjà plus plausible mais cela n'épuisepeut-être pas tout. Les mots ëx'èsc5 marquent qu'il yaura une participation de l'autorité judiciaire romaine au procès de Paul. Comment peut-on la concevoir ? Les choses ont, sans doute, été plus complexes qu’on n’est peut-être porté à le croire au premier abord. Il se pourrait que, sinon au début, du moins à ce moment, il ne se soit pas agi
exclusivement d’un grief d'ordre religieux mis en avant par les Juifs et dont le sanhédrin seul peut connaître si le gouverneur consent à lui livrer l’accusé ; il y a un grief politique qui est venu se joindre à celui-là. Paul apparaît bien comme ayant à se justifier d’une accusation qui ne relève que des tribunaux romains, la preuve c'est que rien n'indique que les Juifs aient poursuivi l'affaire à Rome et que leur défection n’a cependant pas entraîiné la libération de l'accusé ‘. Cela étant, on pourrait concevoir que Festus, tout en livrant Paul au sanhédrin, se soit réservé de traiter ensuite son affaire au point de vue romain. Quoi qu’il en soit de cette conjecture la réponse de Paul montre avec évidence qu'il s’agit d’une question de compétence. Paul réclame la juridiction romaine et il en appelle au tribunal de l’empereur. Cet appel prouve que ce n’est pas à une proposition du gouverneur qu’il a affaire, il lui suffirait de la décliner, il est en face d’une décision judiciaire et il interjette appel. Qu'on ne dise pas qu'il se rend compte que le gouverneur mécontent de voir échouer la combinaison qu'il avait élaborée lui
1. Kirsorp Lake (What was {he end of Paul’s trial ? The Interpreler, V.1909, p. 147s.; The end of Paul’s trial in Rom, Theol, Tijd , XLVIT, 1913, p. 356 s.) a bien supposé que Paul avait été mis en liberté à Rome, ses accusateurs ayant fait défaut, mais c’est là une opinion entièrement conjecturale.
sera désormais hostile et que c’est pour cela qu'il se décide à faire usage de la suprême ressource qu'il tenait en réserve, l’appel à César ; car c’est seulement un jugement qui pouvait motiver un semblable appelet si Paul avait pu obtenir queson affaire continuât à se dérouler à Césarée, il lui serait toujours resté la ressource de faire appel si une solution défavorable intervenait. Le récit actuel présente donc les choses d’une manière qui n'est pas absolument exacte. [l indique que Paul a fait appel parce qu'il a le sentiment que Festus lui est défavorable alors qu’en réalité Paul a fait appel parce qu'il se trouvait en face d’un jugement qui le déférait au sanhédrin. Mais y a-t-l eu ici une déformation intentionnelle due à un rédâcteur qui aura voulu, comme le pense Loisy, dissimuler le fait que Paul avait décliné la juridiction juive, ou bien y a-t-il eu simplement une maladresse de rédaction commise par un homme qui ne se représentait pas clairement, ce qui s'était passé ? Nous inclinons vers cette seconde hypothèse d’abord parce que si Le rédacteur avait eu l'intention qu'on lui prête, il aurait été singulièrement maladroit en donnant tant d'ampleur au récit du procès et en ne terminant pas son livre à l’arrivée de Paul à Jérusalem ce qui aurait constitué une conclusion très correcte. En second lieu on s’explique que le rédac-
teur qui savait que le procès de Paul avait roulé
sur autre chose que sur une accusation des Juifs ait pu ne pas se représenter clairement comment les choses s'étaient passées devant le tribunal de Festus..
Après l’appel de Paul et après que le tribunal en ayant délibéré en a donné acte à l'accusé (25, 12) le procès de Césarée est terminé. L'épisode qui est ensuite rapporté n’est qu'un hors-d’œuvre. Le tableau de la comparution de Paul devant Agrippa (25, 13-26, 32) est un développement édifiant qui n’a pour raison d'être que d'’introduire un troisième récit de la conversion de l’apôtre et de faire proclamer son innocence par une autorité que l'on voudrait faire passer à la fois pour compétente et pour impartiale. Malheureusement le récit est totalement invraisemblable. Le prétexte invoqué — l'embarras où serait Festus pour rédiger son rapport à l’empereur — ne tient pas debout. Que vaudrait un jugement porté uniquement d'après le plaidoyer de l’accusé sans que l’accusation ait été formulée ? et qu’estce que ce tribunal irrégulier qui serait consulté par un magistrat romain ? D'ailleurs tout l'épisode reste sans influence sur la marche du récit *. Tout
1. Wezcuausen, Krit. An., p. 53; Loisx, p. 888 s. — P.-W. Scamipr (Die Apgsch.,p. 53) remarque justement que pour que l’on puisse admettre que le récit n’a pas été interrompu pour l’introduction de l'épisode d’Agrippa, il faudrait supposer,
cela ne supporte pas la discussion au point de vue de l'histoire, mais tout cela ce n’est pas de lPhistoire c’est de la légende pieuse.
IV, — Le Transrent pe Pau À Rome, 27, 1-28, 31.
Au début du récit du voyage nous retrouvons la première personne. À son départ de Césarée Paul avait auprès de lui quelques-uns de ses compagnons. Il semble bien arbitraire de voir dans l’ensemble du récit une surcharge comme le voudrait Wellhausen qui pense que le rédacteur a embelli la source par un récit de naufrage comme il l’avait,au moment du départ d’Ephèse, surchargée par un récit d’émeute ‘. On ne voit pas bien l'intérêt qu’il aurait eu à le faire, ni les raisons pour lesquelles il aurait ici employé la première personne alors qu’il ne l’a pas fait dans les autres morceaux qui viennent de lui. Il n’y a cependant pas lieu d'admettre que le récit du naufrage ait été emprunté à la source tel que nous le li-
ce qui n’est établi par aucun document juridique et ce qui paraît bien invraisemblable, que l'appel à l’empereur suspendait le droit du procurateur de prononcer l’acquittement de l’accusé.
1. WeLLHAUSEN, Noten, p. 17 s.; Krit. An., p. 54. Voir les observations de Loisyx (p. 921) contre cette hypothèse.
sons. 11 paraît avoir subi certaines retouches ; on n’y relève en effet que quelques épisodes mal intégrés à la trame du récit et qui ont pour caractère commun de mettre en lumière la personnalité de Paul et de lui prêter un rôle actif. Ils pourraient ainsi s'expliquer tous de la même manière. La première surcharge parait être la suggestion d’hiverner en Crète qui est mise dans la bouche de Paul. On arrive à la baie de Kaloi Liménes en Crète (S). Là Paul, en considération de l’époque où l’on est, conseille d’hiverner. « Il leur dit... » Ce « leur » est vague et l’on ne voit pas à quoi il se rapporte (Loisy, p. 911). Le conseil de Paul n’est pas écouté. On préfère s’en tenir à ce que disent le capitaine et l’armateur (9-11). La suite du récit dit que le port n'étant pas propre à un hivernage on décide de gagner, si possible, celui de Phœnix (12). La contradiction est patente. L'épisode relatif à Paul vient en surcharge. Le morceau 21-26 n'interrompt pas moins malencontreusement le récit de la tempête. Il se rattache d’ailleurs expressément aux versels 9-11 et a certainement la même origine. (WELLUAUSEN, Art. An., p. 54; Loisy, p. 911 s.) Non moins suspect est enfin le v. 37 ? où il est fait honneur à Paul d’avoir suggéré aux soldats une précaution qui empêchera les marins de fuir, précaution dont les soldats ont pu avoir l'idée
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