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VI. — La FIN DU LIVRE

La conclusion du livre des Actes laisse Le lecteur en suspens. Paul, y'est-il dit, demeura deux ans dans la maison qu'il avait louée prêchant sans entrave l'Evangile à ceux qui venaient à lui (28, 30-31). Ce n'est pas là une conclusion. IL n’est pas dit ce qui est arrivé au bout de ces deux années que la construction de la phrase oblige absolument à se représenter comme écoulées au moment où l’auteur écrit. Il est bien évident qu'une modification a dû se produire dans la situation de Paul mais rien ne permet de deviner dans quel sens.

Avant de rechercher comment ce fait doit être expliqué, il convient d'examiner si, à défaut d’une . conclusion précise, on ne pourrait pastrouver dans le corps du récit des Actes des indications qui permettraient de se rendre compte de la manière dont l’auteur s’est représenté l'issue du procès de Paul.

IL est incontestable que le récit du voyage de Paul de Corinthe à Jérusalem présente, et d’une manière qui Va en s’accentuant à mesure que le récit progresse, le caractère d’une marche au martyre. Dans le discours de Milet, Paul déclare à ses auditeurs qu’ils ne verront plus son visage

(20, 25) et la portée de cette parole est encore soulignée par ce qui suit le discours et par l’affliction dont les fidèles font preuve au moment où l’apôtre se sépare d’eux (20, 37-38). Mais il convient de ne pas trop presser ces termes. Nous savons que Paul, au moment de sa carrière où se place ce discours, avait l'intention de diriger son activité du côté de Rome et de l'Espagne parcequ'il avait le sentiment que son œuvre dans le bassin oriental de la Méditerranée était achevée. Le rédacteur du discours pourrait avoir tenu compte de ce fait. On ne saurait en effet lui attribuer une prophétie trop précise, puisque, dans le même discours, il fait déclarer par Paul qu'il ne sait pas ce qui l'attend à Jérusalem, mais que, de ville en ville, l'Esprit-Saint lui atteste que des liens et des tribulations lui sont réservés et qu'il est prêt à donner sa vie pour l’accomplissement de son ministère (20, 22-24). On le voit, la perspective qui se dessine dans le discours de Milet n’est pas nécessairement celle de la mort, ce pourrait être celle de l’'emprisonnement et de difficultés qui n’apparaissent d’ailleurs pas d’une manière précise. Il n’y a rien dans ce discours que l’auteur aurait dû écrire autrement s'il avait su que Paul, à l’issue de son procès romain, avait été remis en liberté. Il n’y a rien non plus qu’il ne pouvait écrire sachant que Paul avait péri à

Rome. Et l’on doit en dire tout autant de la prophétie des chrétiens de Tyr qui conseillent à Paul de ne pas aller à Jérusalem (27,4) et de celle d'Agabus (27, 11-13) où il n’est question que « d’être lié et remis entre les mains des païens » et où la perspective de la mort n'intervient — mais . seulement d’une manière hypothétique —que dans la déclaration de Paul qu’il est prêt non seulement à être lié mais même, s’il le faut, à mourir pour le nom du Seigneur Jésus.

L'auteur ne pourrait avoir fait de cette parole une prophétie de la mort de Paul qu’en déconsidérant par là même, en une certaine mesure, la prophétie qu'il venait de rapporter. Remarquons de plus que s’il était question ici d'une prophétie de la mort, ce devrait être de la mort à Jérusalem. Paul ne dit pas : « Je suis prêt à mourir » mais : « Je suis prêt à mourir à Jérusalem ». C'est ‘une déclaration éventuelle. Nous ne pouvons donc souscrire à l'opinion de ceux qui, comme Wendland (Urchr. Litf., p. 314), estiment que la rédaction des Actes implique que l’apôtre a péri au cours de la captivité romaine.

Etant donné ce qu’il y a d’aléatoire et d’incertain dans les conclusions que l’on peut tirer de l’examen de la tradition relative à la seconde captivité de Paul, telle qu'on peut la dégager par exemple des épttres pastorales ou de la première épître

de Clément Romain, nous eroyons qu'il vaut mieux en faire abstraction ici et ne la mentionner que pour mémoire.

Revenons maintenant à la conclusion du livre des Actes’. Remarquons que depuis le chapitre 21 tout l'intérêt est concentré sur le procès de Paul, que dès le ch. 23, 11, la perspective du procès romain est nettement annoncée ?. Le Seigneur apparait en songe à Paul et lui dit: « De même que tu m as rendu témoignage à Jérusalem, il faut que tu me rendes témoignage à Rome » ; un peu plus loin c’est Festus qui déclare solennellement : « Tu vas aller à César » (25,12); plus loin encore, pendant la tempête, un ange apparaît à Paul et lui dit : « Ne crains point, Paul, il faut que tu com-

1. Sur l’histoire de l’interprétation de cette fin voir H. Kocx, Die Abfassungszeit des lukanischen Geschichtswerkes, p. 3 s.

2. C'est aller trop loin, nous semble-t-il, que de dire avec Spirrra (Zur Geschichte und Litteratur des Urchistentums, Gœættingen, 1893 s., L, 1, p. 10s.) que toute la narration depuis l'arrestation appelle le récit de l’acquittement de Paul à Rome. Mais le récit du procès romain est si nettement postulé qu’on ne saurait souscrire ni à l’opinion de Haver (Le Christianisme et ses origines, Paris 1872-1884,[V, p. 211-382) qui suppose que -Paul mourut avant que le procès romain n’ait pu s'engager, ni à celle de Kirsopp Lake (What was the end of Paul’s trial ? The Interpreter, V, 1909 p. 147s.; The end of Paul’s trial in Rom., Theol. Tijdschr., XLVIT, 1913, p. 356 s.) d’après qui Paul aurait été relâché à Rome sans que son procès ait été plaidé, ses accusateurs juifs ayant fait défaut.

paraisses devant César » (27,24). Et cette scène qui constitue le point culminant du récit, vers laquelle on tend depuis sept chapitres, qui a élé ainsi explicitement annoncée par trois fois, manque. Le récit tourne court au moment même où on l'attend. Ii y a là une anomalie qu’il est indispensable d'expliquer. L'hypothèse d’une mutilation accidentelle n’est justifiée par rien. La phrase par laquelle se termine le livre des Actes est complète par elle-même et rien n'autorise à conjecturer qu’elle ait pu être suivie d’un morceau qu'un accident aurait fait disparaître !.

On ne peut juger plus satisfaisante l'hypothèse d’après laquelle l’auteur des Actes aurait arrêté son récit faute de place. On a observé que les Actes avaient une longueur qui paraît correspondre à ce qu'on pourrait appeler un format courant dans l'antiquité. C’est la longueur, entre autres, de lévangile de Luc et de celui de Matthieu *. De là on a conclu que si le récit des Actes s'arrête si brusquement c’est que l’auteur était arrivé au bout

1. Par là se trouve aussi exclue l'hypothèse de HoenniekE (Die Apostelgeschichle, Leipzig, 1913, p. 10) d’après laquelle l’auteur aurait été empêché d'achever son œuvre par quelque circonstance fortuite, peut-être par la mort.

2. ZAHN, G: K.,1, 1, p. 77; HanxAcKk, Gesch. der altchr. Liter., IT, Die Chronologie, p. 248 ; SpxrrA, Zur Geschichte und Literatur des Urchristentums, I, 1, p.15 s.; Brrr, Das antike Buchwesen in seinem Verhältnis zur Literatur, Berlin 1892, p. 310 s.

de son rouleau de parchemin (Rurce, Die Lukasschriftenund der Raumzwang des antiken Buchwesens, St. u. Kr., 1896, p. 94-101). L'hypothèse devrait être sérieusement envisagée s'il s'agissait d'expliquer le caractère précipité ou hâtif de la fin, mais ce n’est pas le cas. Ce qu’il faut expliquer ce n'est pas que la conclusion de l’histoire de Paul n'ait pas la même ampleur que la partie centrale de cette histoire, c’est que cette conclusion manque et qu’il ne soit pas indiqué comment s’est terminé le procès. Or le défaut de place ne suffit pas pour rendre raison de ce fait car l’écrivain ne s’est pas trouvé tout d’un coup au bout de la place dont il disposait, il lui aurait été possible de gagner sur le dernier récit, celui de la rencontre de Paul avec les Juifs de Rome, les quelques lignes qu’il lui fallait pour indiquer brièvement quelle avait été l'issue du procès. D’autres auteurs pensent que si le narrateur ne pousse pas son récit plus loin que les deux premières années de la captivité romaine c’est que les documents lui faisaient défaut ‘. Ce serait à l'endroit où se termine notre récit que se serait

1. Cette explication ne fait que reprendre celle qui a été déjà indiquée dans l’antiquité chrétienne par le Canon de Muratori (1, 34-39) et par Eusëes (h. eccl., IT, 22, 2-6) pour qui Luc n’a voulu raconter dans les Actes que les faits dont il avait été lui-même témoin.

déjà arrêtée la source principale soit qu’elle ait été écrite à La fin de la seconde année de captivité romaine de Paul, soit qu’à ce moment-là son auteur ait quitté Rome. (Hausraru, Der Apostel Paulus *, Heidelberg, 1872, p. 498 ; Cremen., Chron. d, paul. Br., p. 154; Wenor, p. 31.) Norden (p. 332), à l'appui de cette explication, cite l’exemple de la vie d'Apollonius de Tyane. Philostrate note expressément que Le récit de Damis sur lequel il s'appuie pour raconter la vie de son héros s’arrêtait avant la mort de Philostrate dont Damis n'avait pas été le témoin. Néanmoins il raconte lui-même les diverses traditions qui avaient cours sur la mort d’Apollonius. Loin de constituer un argument en faveur de l'hypothèse envisagée, l'exemple cité par Norden nous parait constituer une formidable objection. Il montre combien l'interruption du récit avant sa conclusion naturelle était une chose anormale puisque Philostrate, imparfaitement documenté sur la mort de son héros, n’a pas cru pouvoir interrompre son récit là où s’arrêtaient les documents solides dont il disposait mais l’a poursuivi à l’aide de traditions évidemment moins dignes de confiance. Il eût été naturel,nous semble-t-il, que l’auteur des Actes fit de même, d'autant plus que dans le milieu dans lequel et pour lequel il travaillait l’on ne pouvait pas ignorer quelle avait été la fin de la vie de

Paul. Ainsi le défaut d'une documentation comparable à celle dont l’auteur avait disposé pour les parties antérieures de son récit expliquerait que la conclusion des Actes fût plus brève ou moins précise que le corps du récit, elle ne permettrait pas de comprendre que cette conclusion fasse entièrement défaut.

Une autre explication a déjà été donnée dans l'antiquité, par exemple par Jérôme (De viris inlustribus, 7) et par Euthalius (Prologue dans Vox SoDEN, Die Schriften, I, p. 654). Luc aurait écrit son livre à Rome à la fin des deux années que mentionne le dernier verset, Ainsi s’expliquerait l’absence de toute indication sur la fin du procès. Cette explication a été reprise au xix° siècle, par Wieseler (Chronologie des apostolischen Zeitalters, Gœttingen, 1848, p. 400 s.) et plus tard par Blass (ed. phil., p. 3) puis, au xx° siècle par Harnack (IV, p. 63-81, en particulier p.69) et par Koch (Die Abfassungszeit des lukanischen Geschichtswerkes, en particulier p. 3-30). Cette explication nous paraît se heurter à deux ordres de difficultés. D'abord, il paraît impossible qu’un récit composite comme l’est celui des Actes et qui, sur nombre de points importants, représente une déformation si sensible des faits et des idées, puisse avoir été écrit dans l'entourage de Paul et, en quelque sorte, sous ses yeux. L'autre difficulté est que

cette explication est incompatible avec la lettre même de la conclusion des Actes. L'auteur dit de Paul: « Il passa (à l’aoriste) deux ans dans la maison qu'il avait louée et il recevait tous ceux qui venaient le trouver... » Il s’agit évidemment là d'une période qui est close au moment où l’auteur écrit. La situation de l'apôtre a donc changé au bout de ces deux années. Le narrateur ne peut l'ignorer et s’il ne le dit pas c’est donc qu'il n’a pas arrêté son récit au point où l’histoire était arrivée au moment où il écrivait mais que, pour une raison ou une autre, il a jugé à propos de ne pas la poursuivre au delà de la période pendant laquelle Paul avait vécu à Rome dans la maison qu'il avait louée.

Le théologien catholique Hug (£in/.in die Schr. des N. T., Il, Stuttgart, Tubingen, 1821. p. 269 s.; cf. Sonor, Die Entsteh. der Apgsch., p. 100) pensait que les Actes étant destinés à Théophile, personnage romain, n'avaient aucune raison de raconter des faits que n’ignoraient pas les Romains. Cette explication n’est pas admissible. Si même les événements qui s'étaient déroulés à Rome ne présentaient pas pour le ou pour les destinataires du livre un caractère de nouveauté, il n’en resterait pas moins que le livre, tel qu'il est, a une forme désharmonique et peu satisfaisante. Et surtout on ne peut pas se représenter l’auteur

écrivant pour apprendre à ses lecteurs des choses qu'ils auraient entièrement ignorées ; il a voulu préciser leurs connaissances et leur faire sentir la portée religieuse des faits qu’il relatait. Il n’avait donc aucune raison de supprimer toute mention de ce qu'il pouvait supposer connu de ses lecteurs et cela d'autant plus que rien ne nous autorise à penser qu’il ait destiné son livre exclusivement à la communauté romaine.

Fr. Pfister (Die zweimalige rümische Gejangenschaft und de spanische Reise des Apostels Paulus und der Schluss der Apostelgeschichte, Z. N.T. W., 1913, p. 216 s.), essaye d'expliquer la fin actuelle des Actes par un artifice destiné à rendre possible la combinaison de la tradition relative au procès romain de Paul telle qu'elle est consignée dans le livre des Actes et une autre tradition, celle du voyage en Espagne, telle qu’elle est attestée dans des documents postérieurs. Cette hypothèse a d’abord le défaut d'être entièrement conjecturale. Elle nous paraît, en outre, soulever certaines difficultés. 11 faut choisir entre deux manières de se représenter les choses. Ou bien la seconde captivité précédée de la période d’activité en Espagne et peut-être d’un retour en Orient (si l’on veut tenir compte de certaines indications fournies par Les Pastorales)

répond à une réalité historique et alors il ne faut pas parler d’artifice imaginé par le rédacteur et l’on ne peut comprendre comment il a pu arrêter son récit avant d’être arrivé à un point qui ait constitué dans la vie de Paul une vraie coupure ; l’on ne comprend pas non plus qu'il p’ait donné aucune indication directe ou indirecte sur le sort ultérieur de son héros. Ou bien, au contraire, la tradition sur des faits qui auraient suivi la première captivité romaine serait sans fondement et l’on ne voit pas pourquoi notre auteur, s’il était bien informé, n’aurait pas donné à son livre une conclusion de nature à exclure ce qu’il devait considérer comme légendaire. En d’autres termes, il ne nous paraît pas possible que le rédacteur des Actes ait pris une attitude toute passive à l’égard d’une tradition différente de celle qu’il suivait lui-même. S'il la jugeait conciliable avec ce qu'il tenait pour historique il aurait dù l'indiquer, si au contraire il la tenait pour légendaire, il lui était facile de l’exclure nettement par la conclusion de son récit.

Un certain nombre de critiques ont pensé fort justement qu'il y avait lieu de chercher si l’explication du caractère anormal de la fin des Actes ne pourrait pas être trouvée par l'examen du plan du livre et des intentions auxquelles a obéi son auteur en l'écrivant. Baur (Paulus ?, 1, p. 243-

272) et Zeller (Die Apostelgesch., p. 371-385 S.) estiment que l’auteur a atteint son but lorsqu’en face de la légende de la venue de Pierre à Rome, il a placé le récit de l’arrivée dé Paul dans la capitale de l'empire et montré ainsi en lui l’apôtre de l'Eglise de Rome. L’explication est insuffisante car on ne voit pas pourquoi l’auteur n'aurait pas complété le parallélisme en mettant en pendant avec la légende du martyre de Pierre le récit de la mort de Paul. D'autres pensent que l’auteur voulait essentiellement raconter la marche en avant de l'Evangile et montrer comment il s'était propagé depuis Jérusalem jusqu'à Rome. Ce but est atteint quand il a présenté Paul, s'adressant librement à Rome à tous ceux qui viennent à lui; le récit peut donc être arrêté à cette place. « Le livre est bien fini, dit Sabatier, le plan que l’auteur se proposait est bien réalisé, il peut poser la plume » (art. Actes des Apôtres dans l’'Encycl. de Licarenpercer, 1, p. 64 ‘). Joh. Weiss (Ueber d. lit. Char. und die Absicht. d. Apgsch., p. 54) se prononce dans le même sens. L'auteur, dit-il, a conduit son récit jusqu’au point où il voulait le me-

1. Se prononcent dans le même sens Lecacer, Die Apostelgeschichte, Elberfeld, 1860, p. 3; Zorcxrer, Die Apgsch., München, 1894, p.148 ; Jüricner, Einl., p. 33,395, 400 ; WenDT, p. 318. ; Haussuerer, Der Missionsgedancke im Evangelium des Lukas, Barmen, 1904, p. 13.

ner ; sa conclusion ne nous paraît pas naturelle parce que le caractère et l'abondance des sources dont il avait disposé pour la dernière partie de son récit avait eu pour conséquence de faire de cette section de son livre une biographie, et ainsi fait perdre de vue au lecteur ce qui était le but réel du narrateur. Cette explication de Joh. Weiss, loin de rendre compte de la conclusion actuelle des Actes, ne fait que rendre plus nettement perceptible son caractère extraordinaire. Ce qu'on ne comprend pas c’est qu'un récit qui, peut-être sous l'influence des sources, a depuis le commencement de son dernier quart pris un caractère nettement. biographique puisse, tout d’un coup, abandonner ce caractère et décevoir l'intérêt qui, pendant sept chapitres, à été tenu en suspens.

Un autre groupe de critiques (Weizsäcker, Schwartz, Wendland et, dans ces derniers temps, d’une manière systématique et avec beaucoup d’ampleur, Loisy ‘) cherche dans le but apologéti que des Actes l'explication de sa fin brusquée. L'auteur s’est proposé, disent ces critiques, de montrer que l’état romain est favorable au chris-

1. Werzsæcker, Apost. Zeil., p. 465; ScnwarTz, Zur Chronologie, p. 298; WenpLanD, Urchr. Litf., p. 322. n. 1; VAN DEN BErRGH vAN ExsinGA, Lukas doel mel de uitqave der Handelingen, N.th. Tijd., 1919, p. 366 s. ; Lorsx, p. 103 et passim, déjà Rev. d’'huist. et litt. relig., 1911, p. 143.

tianisme et que ses représentants ont protégé la propagande de Paul. Hs l'ont en effet défendu contre les intrigues des Juifs. Cette thèse aurait reçu un cruel démenti du récit du procès romain de Paul lequel se serait terminé par une condamnation. Plutôt que de nuire ainsi à l'impression qu'il voulait voir se dégager de son livre, l’auteur des Actes a préféré couper son récit là où il aurait dû raconter des faits contraires à sa thèse. L’explication certes est ingénieuse et on comprend qu'elle ait séduit beaucoup d’esprits; cependant, à l'examiner de près, elle soulève certaines difficultés. Dans le milieu où a écrit l’auteur et pour lequel il a écrit, on ne pouvait ignorer le sort de l’apôtre Paul ou, si on l'ignorait, il était facile de s’en informer. Le récit du procès tel qu'il a été raconté en détail depuis le chapitre 21 devait nécessairement suggérer au lecteur la pensée des faits qui avaient suivi, de la mort de Paul si vraiment l’apôtre a été condamné et exécuté à Rome,ou bien le récit inspirait le désir de s’en informer. Ainsi l’artifice consistant à ne pas raconter le dénouement du drame se serait certainement montré inefficace. On ne conçoit pas que l'auteur n’ait pas eu recours à un autre procédé : il pouvait, par exemple, couper son récit au moment de l’arrivée de Paul à Jérusalem, avant l’émeute dont les conséquences

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