‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 89 sur 98 · IÏ[. — LE LIEU DE COMPOSITION · texte numérisé non relu

IÏ[. — LE LIEU DE COMPOSITION

Il n’y a aucune indication directe qui permette de déterminer avec quelque certitude en quel lieu furent écrits les Actes. La tradition, depuis saint Jérôme, en a mis la composition à Rome mais c’est uniquement parce que l’on admettait que Luce avait écrit pendant la captivité de Paul et avant que l'issue du procès fut décidée. Cette idée abandonnée, il n’y a plus aucune raison positive de penser à Rome, si ce n'est que Rome fut sans doute le lieu où le gouvernement ecclésiastique se forma et s’affermit le plus tôt et qu'on a cru, à différents moments, reconnaître dans le livre des Actes une préoccupation ecclésiastique dominante. C’est pour des considérations de cet ordre qu'autrefois Zeller (p. 3645.) et, plus récemment, Loisy (p. 106) ont placé à Rome la composition des Actes sous leur forme actuelle. L’argumentation perd beaucoup de sa force s’il faut, comme nous le croyons, faire abstraction d’une préoccupation ecclésiastique consciente et systématique pour ne retenir que la projection toute spontanée dans le passé de l’état de fait que l’auteur trouvait autour de lui. Nous ne voyons pas d’ailleurs quels traits, dans les conceptions ecclé-

siastiques que reflète le livre des Actes, pourraient être spécifiquement romains.

De même qu'on a pensé à Rome parce que Lue y est venu avec Paul, on a pensé à Antioche parce qu'une {radition assez unanime pour mériter d’être prise en considération présente Luc comme originaire d'Antioche (Loisy, p. 630). À l'appui de cette hypothèse on peut faire valoir le fait que l’auteur des Actes a été à même de recueillir des renseignements précis sur les origines de l'Eglise d’Antioche et sur l'initiative prise par cette Eglise d'envoyer Paul et Barnabas en mission. L'argument cependant n’est pas probant car de ce que Luca pu recueillir des traditions à Antioche il ne résulte pas que ce soit là qu'il ait composé son récit et encore moins que ce soit dans cette même ville qu’ait travaillé l’ « auteur à Théophile » qui l'a utilisé.

Harnack ([, p. 106) a fait remarquer que l’intérêt que l’auteur des Actes parait prendre à ce qui concerne les disciples de Jean-Baptiste pourrait être favorable à la composition de son livre à Ephèse ‘. Il faut peut-être encore développer cette’

1. Il ajoute (I, p. 107) que l'intérêt qu'il prend aux filles de Philippe est favorable à la composition de son livre dans une région pas trop éloignée d’Hiérapolis en Phrygie où elles s’étaient fixées. Cet argument ne nous paraît nullement probant : le noyau premier de ce qui est dit des filles de Philippe dans les Actes pouvant parfaitement dater d’une époque où 1 les prophétesses n'avaient pas encore quitté Césarée,

argumentation en faisant observer que la partie du récit relative à Ephèse est, dans la seconde moitié du livre, celle où la relation de la source est le plus surchargée par des éléments et des traditions accessoires. On en pourrait conclure que l’auteur s’est particulièrement intéressé à l'Eglise d'Ephèse ‘. Il ne faut pas cependant se dissimuler que la considération que nous venons d'indiquer ne permet pas de formuler des conclusions absolues : l’auteur peut avoir séjourné à. Ephèse, s'être intéressé à l'Eglise d'Ephèse et cependant avoir composé son œuvre ailleurs qu'en Asie. Dans ces conditions le plus sage pourraît être de s’en tenir à la conclusion de Zahn qui renonce à savoir quelque chose de précis sur le lieu de composition des Actes (Zann, Einl., I, p. 436).

Ce qui a été dit du lieu de composition pourrait être répété des destinataires du livre. Il n'est pas nécessaire de les chercher dans une province de l'Eglise plutôt que dans une autre. Rien n'indique d’ailleurs que l’auteur ait eu en vue un cercle défini de lecteurs et queen même temps qu'à Théophile ce ne soit pas à l’ensemble des chrétiens quil ait songé.

1. Ce pourrait être par intérêt pour l'Eglise d’Ephèse qu'il a

introduit après le départ de Paul de Corinthe un arrêt en Asie destiné à mettre l’apôtre à l’origine de cette Eglise.

L'hypothèse admise par beaucoup d'auteurs .comme Overbeck, J. Weiss, Zahn, Von Soden, d’un livre composé pour des lecteurs encore païens ne nous paraît pas admissible tant les Actes, ainsi d’ailleurs que l’évangile de Luc, sous-entendent de choses essentielles pour le christianisme qu'un païen ne pouvait être censé connaître.

La question autrefois vivement débattue de savoir si l’auteur avait en vue des lecteurs pagano ou judéo-chrétiens n’a pius guère de sens si l’on admet que la conciliation des points de vue qui est opérée dans le livre des Actes n’a pas un caractère intentionnel et systématique mais qu’elle est simplement le reflet de la situation qui existait dans le milieu où vivait l’auteur.

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