LA
et les fruits (6, 43-46), la maison bâtie sur le roc (6,47-49).
La cinquième section est constiluée par des récits qui manquent chez Marc et dont une partie seulement se retrouve chez Matthieu. Le premier est l’épisode du centenier de Capernaum (7, 1-10) qui, comme dans Matthieu!, vient à la suite du discours-programme, ce qui, sans doute, reproduit la disposition des Logia. Le morceau qui suit, la résurrection du fils de la veuve de Naïn (7, 11-17), est particulier à Luc. C’est un récit qui peut être pris pour type de ce que Dibelius (Die Formgeschichte des Evangeliums, Tübingen, 1919, p. 395.) appelle une nouvelle. C'est un récit assez ample, sans Signification ni portée directement didactique, sans conclusion édifiante et qui met Jésus en scène comme thaumaturge. Il est difficile de trouver à l'insertion de ce récit, à la place qu'il occupe, une autre raison que le rapprochement avec la guérison du serviteur du centenier. Les deux morceaux qui suivent (message de Jean- Baptiste 7, 18-23, et témoignage de Jésus sur Jean- Baptiste, 7, 24-35) doivent sans doute leur insertion en cet endroit à la place qu'ils occupaient dans les Logia. Vient ensuite l'épisode de la pécheresse aux pieds de Jésus (7, 36-50) localisé dans
1. Mais chéz celui-ci après intercalation d'un récit qui ne vient pas des Logia : la guérison du lépreux.
L'ÉVANGILE DE LUC AG{ De Ne
la maison d'un pharisien. Ce récit est particulier à Luc ; il est difficile d'admettre qu'il soit sans relation avec l'onction de Béthanie rapportée par Marc (14, 3-9) et par Matthieu (26, 6-13). Nous avons probablement affaire à deux formes indépendantes de la même tradition. La notice sur les femmes qui accompagnent Jésus (8, 1-3) ne se: trouve que chez Luc. Eile clôt cette partie de l'évangile. On ne peut déterminer pour quelles raisons ces deux morceaux ont été insérés là où nous les lisons. Il n’est peut-être pas sans intérêt . d'observer qu'ils font partie d'une section où ne se trouvent que des éléments qui manquent chez Marc. Luc insère volontiers les récits qu'il ajoute de manière à ne morceler qu'aussi peu que possible la trame du récit de Marc.
La sixième section de Luc est formée par la parabole du semeur (8, 4-8), par son explication {8, 11-15), par des paroles sur le but des paraboles (8, 9-10) et par une exhortation à l'intelligence (8, 16-18). C'est l'équivalent de la cinquième section de Marc (4, 1-34); toutefois Luc n'a ni les paraboles de la semence (4, 26-29) et du grain de moutarde (4, 30-32)! ni la conclusion de l’enseignement en paraboles (4, 33-34).
Dans la septième section (8,19-66), Luc continue
i. Cette parabole estdonnée plus loin, 13, 18-19. 26*
à suivre le récit de Marc. En tête de cette section se place la parole sur les vrais parents de Jésus (8, 19-21), seul fragment de la quatrième section de Marc que Luc ait conservé dans la première partie : de l’évangile, puis viennent les récits de la tempête (8, 22-25), du démoniaque de Gergèsa (8, 26- 39), de Jaïrus et de la femme à la perte de sang (8, 40-56). Seul, l'épisode de Jésus à Nazareth (Me., 6, 1-6") manque ici parce que Luc l'avait, par anticipation, utilisé dans le récit de la première prédication à Nazareth (4, 16-30).
Dans la huitième section on lit, comme dansle récit correspondant de Mare, l'envoi des apôtres en mission (9, 1-6) et le jugement d'Hérode sur Jésus (9, 7-9), Luc ne donne pas ici, comme le font Marc et Matthieu, un récit rétrospectif de la mort du Baptiste dont il avait raconté l’emprisonnement dans 3, 19-20.
La neuvième et dernière section de la première partie ne comprend que le récit du retour des disciples après leur mission (9, 10) et la multiplication des pains (9, 11-17). Il y a donc ici, par rapport au récit de Marc, une très grande simplification. La suppression de la seconde multiplication pourrait s'expliquer par l'intention d'éviter une répétition; elle témoignerait alors chez Luc d'un certain sens critique ; mais on ne peut expliquer de même l'omission des épisodes qui
suivent chacune des multiplications!. Peut-être pourrait-on supposer que Luc a simplifié le récit de Mare parce qu'il n'arrivait pas à se représenter clairement les allées et venues que celui-ci prètait à Jésus. :
Dans la seconde moitié de l’évangile qui s'ouvre, comme chez Marc, par la confession messianique de Pierre, Luc commence par suivre de très près le récit de Marc. La confession de Pierre (9, 18- 22\ est accompagnée de l'annonce des souffrances qui attendent les disciples (9, 23-27) et suivie de la transfiguration (9, 28-36), puis viennent la guérison de l’enfant lunatique(9, 37-43"), la deuxième prophétie des souffrances (9, 43-45), la dispute de préséance (9, 46-48) et l'épisode des miracles faitsau nom de Jésus (9, 49-50). Dans cet ensemble une seule péricope de Marc n’a pas été reproduite par Luc, c’est l'entretien de Jésus avec ses disciples à la descente de la montagne de la transfiguration (Me., 9, 9-13). Cet entretien portait sur un point de la dogmatique messianique juive, la . question du retour d’Elie. Luc peut parfaitement
1. Il est cependant tel ou tel morceau dont on pourrait s’expliquer l’omission. La discussion sur les purifications (Me., 7, 1-23) pourrait avoir été supprimée comme ne présentant pas d'intérêt pour les lecteurs de Luc et l'épisode de la Cananéenne (Me., 7, 24-80), parce que les païens y étaienttraités de chiens et que l'Évangile était donné comme ne s'adressant pas directe-
ment à eux.
: l'avoir supprimé parce qu'il ne présentait pas d'intérêt pour ses lecteurs.
Après 9, 60, Luc abandonne le fil du récit de Marc. Avec 9, 51 commence une troisième partiedu troisième évangile qui se prolonge jusqu’au chapitre 18, v. 14 '; elle est formée, en majeure partie, de matériaux qui lui sont particuliers avec quelques éléments qui se retrouvent chez Matthieu et qui, par suite, doivent être attribués aux Logia et de très rares morceaux qui ont des parallèles dans Marc. Dans cette partie du récit, Jésus apparaît presque continuellement en route, il se dirige vers Jérusalem; il n’y a cependant pas de développement géographique bien marqué.
Nous verrons d'ailleurs, par l’analyse que nous allons faire, que ce fragment étendu ne présente pas de réelle homogénéité, mais qu’il a tous les caractères d'une compilation d'éléments disparates groupés dans un cadre artificiel.
Le fragment que nous considérons s'ouvre par l'indication que Jésus se dirige vers Jérusalem (9, 51). Ceci se rattache à l'orientation générale qu'a prise le récit depuis l'épisode de Césarée de Philippe et l’annonce des souffrances du Messie qui dressent à l'horizon la perspective de la pas-
1. On a appellé cette partie de l'évangile : le voyage en Pérée, le récit de voyage, ou la grande interpolation. Aucune de ces désignations n'est satisfaisante.
pit à ; LS L'ÉVANGILE DE LUC 465
sion. Cependant nous verrons que la même indication sera donnée de nouveau (13,31. et17, 11),ce qui n'empêche pas que divers épisodes ultérieurs sont encore localisés en Galilée. Il n’y a donc rien dans cette notice qui ne puisse être compris comme élément rédactionnel. Les disciples qui précèdent Jésus arrivent à un village samaritain qui refuse de les accueillir. Jacques et Jean proposent de faire descendrele feu du ciel sur ce village, mais Jésus lesreprend et continue son chemin (9,52-56). Cet épisode suppose Jésus en route avec ses disciples et se dirigeant de la Galilée vers Jérusalem. Le morceau qui suit est l'épisode des diverses personnes qui veulent suivre Jésus et qu'il écarte parce qu'ellesn'ont pas les dispositions nécessaires (9, 87-62). Ce morceau est l'équivalent, un peu développé, de celui qu'on trouve dans M4., 8, 19-22 ; il vient donc des Logia. Il n'a pas avec le morceau qui précède de liaison organique. La situation supposée n’est pas la même. Jésus n'est pas en route dans un pays inconnu se dirigeant vers Jérusalem, il accomplit une tournée missionnaire. L'envoi des soixante-dix disciples (ou soixante-douze) (10, 1-20) ne peut pas facilement se comprendre au cours d'un voyage. Ge morceau est incontestablement un doublet de la mission des apôtres. Luc, qui a eu sous les yeux le récit des Logia et le résumé qu’en avait donné Mare,
AJ FAUE
n'a pas reconnu qu'ils se rapportaient l’un et l'autre au même fait et, ne pouvant juxtaposer deux missions des apôtres, il a créé celle des soixante-dix (ou soixante-douze) en qui il a vu, sans doute, les précurseurs des missionnaires qui, de son temps, parcouraient le monde paiïen. C'est done un morceau qui vient des Logia et dans lequel il y a un élément rédactionnel assez accentué. On trouve ensuite, dans 10, 21-24, un groupement inorganique de deux Logia : doxologie sur la révélation aux enfants (— M4., 11, 25-27) et révélation par le Fils: « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez » (— Mt., 13, 16-17). Il n’y a rien dans ces paroles qui permette quelque conclusion sur les circonstances de temps et de lieu où elles doivent avoir été prononcées. Aucune situation n’est non plus indiquée pour la péricope suivante, la question du scribe sur le plus grand commandement (10, 25-28). Ce morceau représente une forme parallèle de la tradition conservée dans Marc (12, 28-34 — Mt., 22, 34-40). La forme de Luc paraît plus ancienne que celle des deux autres évangiles, car il est facile de com- . prendre qu'on ait attribué à Jésus une réponse qu'il avait approuvée, tandis que le processus inverse serait difficilement concevable. La parabole du bon Samaritain (10, 29-37) est étroitement liée à la péricope précédente, puisqu'elle est don-
née comme une réponse à une question sur le
prochain provoquée par la déclaration sur le plus
grand commandement que Jésus a approuvée. Le lien cependant apparaît comme artificiel ; la parabole considérée en elle-même ne répond pas à la question : « qui est le prochain » ? mais à cette autre question : « qui se conduit véritablement comme le prochain » ?
L'épisode de Marthe et Marie (10, 38-42) est placé pendant que Jésus est en route, il est simplement juxtaposé à ce qui précède. Comme il n'est fait aucune mention des disciples, il n’est pas impossible qu'il faille se représenter que Jésus est seul pendant une tournée missionnaire accomplie par eux!.
Il n’y a de même que juxtaposition pour le morceau qui suit (Jésus, sur la demande des disciples, leur enseigne le Notre Père et, par la parabole de la prière de l’ami, ainsi que par un enseignement direct, affirme l'exaucement de ?a prière : 11, 1-13)°. Ce morceau ne présente pas non plus de lien organique avec l'accusation de possession et la réponse de Jésus (71, 14-23) qui
1.11 serait illégitime de faire état de l'indication fournie par le quatrième évangile (11, 1) pour localiser l'épisode à Béthanie aux portes de Jérusalem.
2, Le « Notre Pére » et l'affirmation de l'exaucement de la prière se retrouvent chez Matthieu (6, 9-13; 7, 7-11) et doivent donc
provenir des Logia.
viennent aussi des Logia. D'un des morceaux à l'autre, la scène a changé, bien que cela ne soit aucunement indiqué : dans le premier, Jésus prie dans un lieu qu'il faut se représenter comme écarté tandis que, dans le second, il paraît exercer au milieu du peuple une activité régulière et suivie. La parole sur les sept démons (71, 24-26), qui se trouve aussi dans Matthieu à la suite de l'épisode de Beelzébul (Mt., 12, 43-45) auquel elle n'est peut-être pas organiquement liée, pourrait lui avoir déjà été associée dans les Logia. La déclaration de la femme qui proclame heureuse la mère de Jésus (11, 27-28) est un logion isolé. La demande d’un signe du ciel et la réponse de Jésus dans laquelle il est question du signe de Jonas (11, 29-32) doivent être attribuées aux Logia à cause du parallélisme avec Matthieu (M#., 12, 38-42). Ce morceau suppose Jésus au milieu des foules qu'il a l'habitude d'enseigner. Il se rattache peut-être organiquement à la discussion sur la guérison d'un démoniaque par Beelzébul, le prince des démons. Aucun changement ni de lieu ni de circonstances n'est indiqué entre la discussion sur le signe du ciel et la parole sur la lumière et le chandelier (11, 33-36) qui la suit immédiatement. Entre les deux morceaux, il y a cependant une différence importante : la seconde parole n’est pas adressée à un public indifférent et hostile mais à
des disciples. Le rapprochement des deux morceaux est donc artificiel.
Les paroles dirigées contre les pharisiens dans 11, 37-54 sont assez proches de celles que Matthieu donne au chapitre 23. Le cadre adopté par Luc semble factice. Jésus invité par un pharisien provoque l’étonnement de son hôte en se mettant à table sans avoir procédé aux ablutions rituelles prescrites par la Loi. Cette mise en scène peut avoir été suggérée par le début du discours de Jésus où il est question de coupes et de plat et par une réminiscence de la discussion sur les purifications de Mc., 7, 1, morceau qui n’a pas été reproduit par Luc. Non seulement les invectives ici rapportées sont mal à leur place au cours d’un repas, mais encore elles sont mises tout au début du repas, au moment où l'onse met à table et, dès qu’elles sont terminées, il est dit que Jésus s’en va et que les pharisiens et les scribes vitupèrent contre lui et cherchent à lui tendre des pièges. Le cadre du repas est donc factice puisqu'iln’est pas maintenu jusqu'au bout. On peut supposer que Luc l'a imaginé pour différencier le discours emprunté aux Logia du résumé qu'il devait en donner plus loin (20, 45-47) d’après Marc.
L'’avertissement à la foule au sujet du levain des pharisiens (12, 1) pourrait bien être une réminiscence d'un épisode du cycle de multiplications
(Mc., 8, 14-21) que Luc n'a pas reproduit. Gette parole suppose une polémique suivie avec Îles pharisiens ; c'est probablement ce qui a déterminé l'évangéliste à l'insérer là où nous la lisons, car depuis 11, 14 le caractère principal du récit était la polémique antipharisienne. Il faut cependant noter que l'introduction du logion en 12, 1, suppose une situation nouvelle qui n'est même pas rattachée à celle qui existait à la fin du chapitre précédent par une transition artificielle. La parole sur le levain des pharisiens est directement suivie d’une exhortation aux disciples qui doivent confesser leur maître sans craindre ceux qui pourraient les faire mourir (12, 2-12). C'est là un discours qui, originairement, ne peut viser les myriades du peuple qui s’assemblent autour de Jésus, mais qui ne peut s'adresser qu'à un cercle plus étroit de disciples. Le rapprochement avec le v. 1 du chapitre est donc artificiel.
Le morceau qui suit suppose encore une autre situation. Ce n'est plus en présence d’une foule indéterminée ou du cercle étroit de ses disciples que Jésus se trouve quand il refuse de se faire Juge d'un différend qui s’est élevé au sujet d'un héritage (12, 13-14), c'est en présence d’une foule qui le connaît et sur laquelle il a de l'autorité.
La parabole du riche insensé (12, 1-21) est donnée sans aucune indication de circonstances
de temps ou de lieu. On peut conjecturer que c'est parce qu'elle se rapporte, comme le morceau précédent, à la richesse qu'elle à été insérée à la place qu'elle occupe. Il faut en dire autant de la condamnation du souci et de la parole sur le trésor dans le ciel (72, 22-34) qui viennent des Logia puisqu’on les retrouve dans Matthieu (6, 19-21. 25-33). On trouve ensuite une série de plusieurs logia : exhortation à la vigilance et à la fidélité (12, 35-46 en partie parallèle à M4., 24, 43-61), le bon et le mauvais serviteur (72, 47-48), le feu et le baptême (72, 49-53 en partie parallèle à M4. 10, 34-36), les signes des temps (12, 54-66), le devoir de se réconcilier avec son ennemi pendant qu'il en est encore temps (12, 67-59 — M4., 5, 25-26). Ces diverses paroles peuvent avoir été groupées autour de l’idée du temps de la fin. L'épisode des Galiléens massacrés et de l’écroulement de la tour de Siloé (13, 1-6) n’est relié à ce qui précède que par la formule vague « en ce même temps ». L’émotion produite par l'accident de la tour de Siloé se comprend mieux à Jérusalem qu'en Galilée et l’on peut aussi se demander si, en Galilée, on aurait dit «les Galiléens » et pas plutôt « les hommes ». L'épisode pourrait donc bien être un épisode Jérusalémite, ce qui établirait le caractère artificiel de son insertion. Cette conclusion est, dans une certaine mesure,
confirmée par le fait que l'épisode des Galiléens est immédiatement suivi de la parabole du figuier stérile (13, 6-9), laquelle est évidemment apparentée à l’histoire jérusalémite du figuier maudit!.
Avec 13, 10 nous sommes, sans qu'aucune transition ait été marquée, dans une situation nouvelle. C’est un jour de sabbat et Jésus enseigne dans une synagogue, il guérit une femme courbée depuis dix-huit ans et répond à ceux qui lui reprochent son acte qu'ils n'hésitent pas à délier leur bœuf ou leur âne le jour du sabbat pour le mener à l’abreuvoir (13, 10-17). Ce récit est apparenté à la guérison de l’homme à la main sèche dans lasynagogue de Capernaum (Mc.,3,1s. et par.) et, plus étroitement encore, à la guérison de l’hydropique (14, 1-6). IL ÿ a évidemment là un thème que la tradition a dû se complaire à mettre en lumière. Il ne paraît pas possible de déterminer avec précision les relations des divers récits de ce type. Les paraboles du grain de moutarde (13, 18-19 — Mc., 4, 30-32. Mt., 13, 31-32) et du levain (13, 20-21 — Mt., 13,38) ne contiennent aucun détail qui permette de déterminer les cir-
1. La relation exacte des deux morceaux est difficile à définir, mais il ne semble pas que l'on puisse mettre en doute la priorité relative de la forme de Marc-Matthieu dont la parabole de Luc fait disparaitre les obscurités.
constances de temps et de lieu dans lesquelles elles
ont été prononcées.
Le v.22 du ch. 13 semble bien marquer un changement de situation : Jésus traverse les villes et les villages se dirigeant vers Jérusalem. On ne voit pas quel progrès a été réalisé depuis qu'il avait été dit, non sans quelque solennité, au v. 51
du ch. 9, que, comme le temps de son départ ap-
prochait, Jésus affermit son visage pour aller à Jérusalem. On a l'impression que, dans toute cette partie de son œuvre, Luc a eu l'intention de raconter la montée de Jésus de Galilée vers Jérusalem, mais que les matériaux dont il disposait se prêtaient mal à ce dessein et que la notice de 13, 22.est destinée à rappeler ce caractère que Luc entend donner à son récit.
La péricope qui suit 13, 22 rapporte une question posée à Jésus sur le nombre de ceux qui seront sauvés, Jésus répond par la parole sur la porte étroite et par l'image de la porte fermée à laquelle viendront frapper en vain ceux qui se vanteront d’avoir mangé et bu devant le Seigneur. Le développement se termine par une menace d'exclusion du Royaume dans lequel entreront des gens venus d'Orient et d'Occident pour être à table avec Abraham, Isaac et Jacob (13, 23-33). C'est là un discours qui ne se comprend qu'à un moment déjà avancé du ministère de Jésus; il ne
peut être adressé qu'à des gens auprès desquels Jésus a exercé un ministère suivi, non à des auditeurs occasionnels rencontrés au cours d’un voyage de Galilée à Jérusalem. Malgré l’introduction de 13,22, le morceau se situe donc en Galilée. IL résulte, d’ailleurs, de l’intéressante notice de 13, 31-33 que, malgré 9, 61 et 13, 22, Jésus n a pas encore quitté la Galilée. D’après cette notice, des pharisiens viennent rapporter à Jésus qu'Hérode veut le faire mourir et lui conseillent en consé-. quence de quitter la Galilée. Jésus répond en déclarant qu'aujourd'hui et demain il continue à chasser des démons et à accomplir des guérisons puis qu'il se mettra en route pour Jérusalem où il convient que périsse un prophète!. À prendre
4. La réponse de Jésus, telle que la donne le texte de Luc, présente des traces évidentes de remaniement et de surcharge. Le v. 33 répète et en même temps contredit le v. 32, car il est évident que « aujourd'hui, demain et le troisième jour » (c'est-àdire sans doute un bref délai), dansles v. 32 et 33 se rapportent à la même chose. WELLHAUSEN (Le., p. 15 s.) suivi par E. KLoster- MANN (Lc., p. 510) a supposé que « le troisième jour » au v.42et «aujourd'hui et demain » au v.33, étaient des interpolations. I} faut reconnaitre que l'élimination de ces mots laisse un texte cohérent. « Je continue mon œuvre aujourd'hui et demain, mais après cela, il faut que je m'en aille », dirait Jésus. Le point faible de l'hypothèse c'est qu'on n’apercoit absolument pas pour quelle raison le texte aurait été interpolé. Nous serions plutôt disposé à penser que la source s’arrétait avec le v. 32, dont le sens serait alors : « Mon ministère ne sera plus long ici, je vais avoir fini et je partirai. » L'évangéliste aura jugé que le départ