‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 2 sur 141 · LE TERME D'ÉVANGILE ET L'ORIGINE DE LA TRADITION ÉVANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

LE TERME D'ÉVANGILE ET L'ORIGINE DE LA TRADITION ÉVANGÉLIQUE

Le mot neutre ebayyekiev, évangile-ne se tro pas dans les LXX, du moins avecle sens religi qu'il a pris dans la suite. Dans la Bible grecqn on ne rencontre béé, le . cdxyyéhueY, mais seu-

(nw2) a parfois le sens d'apporter une ebayyshfa une bonne nouvelle, au sens matériel (1 Sam.

31, 9. II Sam., 1, 20. etc. Jérémie, 20, 15. Psaum 67, 12. Le a mais C on le trouve aussi, noie

el prépare la Pres ne d'Évangile. Dans ces textes, sbayyeAiteuw c'est proclamer ee attri

buts moraux de Dieu et annoncer sa grâce envers les hommes. Ainsi, dans le Psaume 39, 10: « J'ai annoncé dans une grande assemblée la délivrance que tu m'as accordée ». Esaïe, 60, 6: «Ils publieront les louanges de l'Éternel ». Psaume 95, 2 : « Annoncez, jour après jour, la délivrance qu'il (Yahweh) accorde ». Nahum, 1, 15 (2, 1) : « Les messagers qui annoncent la paix. » Æsaïe, 40, 9: « Monte surune haute montagne, Sion, pour publier la bonne nouvelle ». Esaïe, 52, 7 : « Celui qui apporte de bonnes nouvelles... qui publie la paix... qui publie le salut ». Esaïe, 61, 1 : « L’ BSpait du Seigneur est sur moi. — Er 1 Éternel m'a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux. — Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé. — Pour proclamer aux captifs la liberté. — Et aux prisonniers la délivrance. »

Il y a donc bien, dans l’Ancien Testament, si- -non le terme, du moins l'idée d'un Évangile qui est la os d’une délivrance re Ce qui donne à ce fait toute sa portée, c'est que Jésus, tout nourri de l’Ancien Testament, a expressément présenté son ministère comme la réalisation de la prophétie d'Ésaie, 61, 1. C'est en citant la parole du prophète rrwyot sbæyyehitevra (l'Évangile est annoncé aux pauvres) qu'il répond à la question des envoyés de Jean-Baptiste (M4, 11, 5. Le.

7, 22) et, d'après Luc, il aurait inauguré son mi-

nistère public en disant, après avoir lu la prophétie d'És., 61, 1: « Aujourd'hui, cette prophétie est réalisée devant vous » (Lc., 4, 21). L’historicité

de cet épisode n'est pas au-dessus de tout soupçon.

Il s'accorde mal avec la manière plus simple dont Marc et Matthieu racontent le commencement du ministère de Jésus. Il n’en illustre pas moins d'une manière significative le lien qui unit l’Évangile de Jésus au grand courant du prophétisme hébraïque.

Mais si la notion d'Évangile était ainsi comme préformée dans l'Ancien Testament, il est pourtant piquant de voir le substantif neutre <5xyyénue, terme chrétien s'il en est semble-t-il, apparaître dans la langue religieuse, sur le terrain grec!. Dans une inscription de Priêne relative à l'introduction du calendrier julien en Asie, qui date de 9 avant J.-C. et où Auguste est célébré comme le Sauveur (Evrre) du monde, on lit cette phrase : foËev di +5 réouw Toy D abrèv sbavyehilwv À yevé0Atoc] Toù (ECOR « Le jour de naissance du dieu a été pour le

1. Dans l'expression classique eûaxyyéhta Ode «offrir un sacrifice à la réception d'une bonne nouvelle», l'élément religieux est représenté par le terme Üvav. Sur cette expression voir les références et les textes cités par JEAN Rourrrac. Recherches sur le caractère du grec dans le Nouveau Testament d'après les inscriptions de Priéne, Paris, 1911 (Bibl. de l'Éc. des Htes Ét. Sc. rel., t, XXIV.2.) p.14. n3.

monde le commencement des bonnes nouvelles qu'il apportait » !.

Deux observations pourtant diminuent singulièrement la portée de l'emploi du terme eizyy#iev dans cette inscription: c'est, d’une part, qu'aucun lien ne paraît y être établi entre l’épithète de Eure donnée à Auguste et le terme d’eayyéiov, c'est d'autre part que l'emploi du pluriel parait indiquer que ce qu'on attend d'Auguste, ce sont plutôt des biens terrestres concrets qu’un bien religieux ; la première notion en effet, serait mieux indiquée par un singulier que par un pluriel.

Il semble donc excessif de voir dans le cercle d'idées représenté par l'inscription de Priëêne, l’origine de la notion d'Évangile ?. Les antécédents légitimes de cette idée sont bien plutôt du côté du judaïsme.

4. Cette inscription a été publiée, pour la première fois, par Moumsexet von Wrzczamowrr/-MoELLENDoRr dans les Milleilungen des kaiserlich-deutschen archaeologischen Instituts (Athen. Abt.) XXIV (1899), p. 275 s. On en trouvera le texte et la traduction dans Rourrrac, Recherches, p. 69-13. C'est sa traduction que nous reproduisons. Sur l'inscription voir DEissManN, Liché vom Osten 27%, Tubingen, 1909, p, 276 s.; Harnack, Reden und Aufsaetze, Giessen, 1904, I, p. 301 Ss.; Wenpranr, YOTITP, ZN.T.W., V, 1904, p. 335 s.

2. Ainsi que l'ont soutenu, à des degrés divers, VON WiLLAMOWITZ- Mogzzenvorr, (Miéleil., 1899, p. 293), WELLHAUSEN (Einl., p. 99), Rourrrac (Recherches, p. 745).

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