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Wellhausen ne pense pas que l'on puisse admettre l'indépendance littéraire complète de l'un de ces documents par rapport à l'autre, à cause du trop grand nombre de points de contact que l’onrelève entre eux. Wellhausen se prononce nettement pour la dépendance des Logia par rapport à Marc. Ce qui l’amène à voir en eux un document secondaire, c’est principalement que les Logia, beaucoup plus que Marc, lui paraissent refléter la foi de l’Église.
Les thèses de Wellhausen ont naturellement été fort critiquées. Même ceux qui comme Jülicher (Einl.) et Bousset (Wel//hausen's Evangelienkritih, Th. Rundsch., 1906), ont fortement subi l'influence de ses travaux, se sont élevés contre l’idée de la dépendance des Logia par rapport à Marc. Mais c'est surtout Harnack! qui a pris, sur ce point, le contre-pied des opinions de Wellhausen.
Voici, en bref, comment Harnack se représente la formation de la tradition. L'évangile de Marc est, pour lui, la fixation de plusieurs couches de récits toutes d'origine galiléenne et plus ancienne qu’on ne l’admet d'ordinaire.
4. Beiträge zur Einl. i. d. N. T., I, Lukas der Arzl, der Verfasser des dullen Evangeliums und der Apostelgeschichte, II, Sprüche und Reden Jesu, die zweite Quelle des Matthäus und Lucas, IV, Neue Unlersuchungen zur Apostelgeschichle und zur Abfassungszeit der synoplischen Evangelien, Leipzig, 1906-1914.
LE Dents | | HISTOIRE DU PROBLÈME SYNOPTIQUE 107 Pour expliquer des lacunes qui étonnent de la part d’un auteur appartenant à la première Église de Jérusalem, la tradition a pensé que Marc avait mis par écrit certains des souvenirs de Pierre. En fait cependant, Marc n’a pas fait entrer dans son œuvre seulement ce qu’il tenait de Pierre, mais aussi tout ce qu’il avait recueilli ou retenu. Un second moment de la tradition est représenté par l’évangile de Luc, qui combine avec Marc les Logia et une autre source que Harnack désigne par la lettre P et qui est une tradition hiérosolomytaine apparentée à la tradition johannique et qui provient de l’évangéliste Philippe et de ses filles. Matthieu, de son côté, a combiné Marc, les Logia et d'autres sources que Harnack ne délimite pas avec précision.
Dans le volume des Beiträge qui est consacré aux Logia, Harnack s'attache d’abord à déterminer le contenu de la source aussi nettement que possible. Luce lui paraît l'avoir modifiée plus fréquemment que Matthieu; mais ses corrections sont de pure forme, tandis qu’en un certain nombre de cas, Matthieu introduit les modifications qui trahissent des préoccupations dogmatiques ou ecclésiastiques.
Les Logia auraient, d’après Harnack, contenu certains éléments narralifs; leur tendance était essentiellement didactique. Harnack se prononce
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contre Wellhausen pour l'indépendance réciproque de Marc et des Logia; il admet seulement
que Marc a pu connaitre des recueils de paroles de Jésus apparentés aux Logia. Comme Wellhausen,
Harnack pense que tout l'essentiel de notre con-
naissance de l'histoire évangélique repose sur Marc et sur les Logia, mais — contrairement au sentiment de Wellhausen — il estime que c’est
L'ouvrage de Spitta sur l'écrit synoptique pri-
mitif! est l'aboutissement d’une longue série de
travaux? poursuivis pendant bien des années. Il
contient une théorie dont le principal mérite est
de reposer sur une vue directe des choses et de faire abstraction des idées généralement reçues. Partant de l'étude du troisième évangile, Spitta le
considère comme composé à l’aide de deux docu-.
ments principaux, l’un est la Grundschrift, équivalant dans une certaine mesure à ce qu’on appelle d'ordinaire le proto-Marc, l’autre est le recueil
des discours. Spitta ne s'attache pas particuliè-
rement à l'étude de ce second document et fait porter son effort sur le premier. Sa thèse essen-
1. Die synoplische Grundschrift in ihrer Ueberlieferung durch das Lucasevangelium, Leipzig, 1912. Sur cet ouvrage, voir notre article dans les Annales de bibliographie théologique, 1914.
2. On en trouvera l'énumération dans l'ouvrage même de SPITTA, P. VIL S.
aux Logia qu'il faut attribuer la plus grande valeur.
tielle est que la Grundschrift est conservée bien plus fidèlement par Luc que par Marc et par Matthieu. Il lui attribue des éléments qui manquent dans Marc, comme, par exemple, les indications chronologiques de Luc, 3, 1-3, la prédication de Jean-Baptiste, la généalogie de Jésus, le récit de la tentation, la première prédication de Jésus à Nazareth, le discours qui, dans Luc, est l'équivalent au moins partiel du Sermon sur la Montagne, la question de Jean-Baptiste et le témoignage de Jésus sur le précurseur, l'apparition du ressuscité et l’Ascension. L'absence de ces morceaux dans l’évangile de Marc résulte d’une triple mutilation de l’archétype de tous les manuscrits de Marc qui nous ont été conservés (voir p. 184). Par contre la Grundschrift ne contenait pas divers morceaux que nous lisons dans Mare. Ce ne sont pas seulement ceux qui manquent dans Luc, mais certains autres tels que la multiplication des pains, la première annonce des souffrances du Messie, le plus grand commandement, la purification du Temple, la pré-
paration du repas pascal, Gethsémané, etc. Ces
morceaux ont été empruntés par Luc à l’évangile
de Marc. Accessoirement Luc a utilisé un évangile de l'enfance et diverses autres traditions. Spitta se représente la Grundschrift de Luc comme une traduction plus fidèle que celle utilisée par Mare d’un original araméen.
La dernière contribution à l'étude du problème synoptique que nous avons à mentionner ici est celle de W. Haupt (Worte Jesu und Gemeindeüberlieferung, Leipzig, 1913). Cet auteur s'est attaché principalement à montrer comment la tradition des paroles de Jésus a été constamment en s’enrichissant de manière à répondre à tous les besoins de la communauté et à fournir la solution des problèmes qui se posaient pour elle. La théorie à laquelle aboutit W. Haupt est fort complexe,
puisqu'elle fait intervenir, les évangiles synop-
tiques compris, quinze documents divers, plusieurs
d’entre eux n'étant d'ailleurs que des formes successives du même écrit. Avant 50 se place, en
Palestine, la rédaction d’un récit dans lequel ont
été combinés deux mémoires portant l’un sur la période galiléenne, l’autre sur la période jérusalémite du ministère de Jésus. Ce document a donné naissance à trois récits. Deux de ceux-ci ont été combinés dans l’évangile de Marc avec deux formes successives de la source des discours. L'un d'eux complété par le troisième et une forme encore plus évoluée des discours, a donné naissance à l’évangile de Luc. Du même récit complété et de la mème forme des discours est sorti l'évangile de Matthieu, qui a d'abord eu une rédaction strictement judéo-chrétienne.
XIT. — Conczusrons
Des théories que nous avons passé en revue il
en est un certain nombre que l’on peut considérer . comme , définitivement périmées. Le principe
qu'elles mettent en uvre n’est pas faux, mais
il ne suffit pas à lui seul à tout expliquer. C'est
ainsi que l'hypothèse de la tradition orale se heurte à la difficulté qui résulte du fait que cette tradition n’a pu rester homogène en passant de l'araméen au grec que si ce passage a été fait par écrit, c'est-à-dire s’il a été l'œuvre d’un écrivain. A cette théorie comme à celle de l'évangile primitif qui n’en est en somme qu'une forme particulière on peut objecter que, dans la mesure où la fixité de la tradition écrite ou orale explique l’'homogénéité de la littérature évangélique, elle n'explique pas les divergences que les évangiles présentent entre eux et inversement. Et si on brise le cadre rigide de ces hypothèses pour aboutir à la théorie des diégèses de Schleiermacher, on
n’explique pas que les évangélistes aient, dans une
si large mesure choisi les mêmes éléments et les aient disposés de la même manière.
On peut aussi considérer comme insuffisante la théorie de la dépendance mutuelle soit dans l'ordre du canon, soit dans un ordre différent. Les
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études les plus récentes sur les fragments d’évangiles judéo-chrétiens ne permettent plus, d'autre part, de faire intervenir, comme le faisaient Baur et
ses disciples, un évangile judéo-chrétien primitif
ï pour expliquer les évangiles actuels. | +
Comme d'autre part le résultat de près d'un % siècle d'exégèse a été d'établir d'une manière que’ $ l’on peut regarder comme décisive, du moins pour
les grandes lignes, la priorité de l’évangile de Marc, on est tout naturellement conduit à l'hypo- Ë thèse connue sous le nom de théorie des deux Se sources. On peut considérer comme la tâche |
actuelle de la critique, d’une part, de préciser cette théorie et, de l’autre, d'expliquer, dänsla mesure où la chose est possible, la formation des docu- :
,ments qui sont à la base de la littérature évangé-
lique actuelle. à Ü
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