ET PAR LUC ET LE PLAN PRIMITIF DU RECUEIL
Est-il possible de tenter une reconstruction des Logia, du moins pour les éléments communs à Matthieu et à Luc? La question doit être envisagée à deux points de vue différents, à celui de la forme et à celui de la disposition. Parmi les critiques, les uns, comme Harnack (1/, p. 1-87) et Allen
1. HarNaCk, 11, p.115 s. 136 s.; Hawkins, Probabilities, Studies, p. 1955.
(Mt., p. xt) pensent que c'est Matthieu qui a le plus fidèlement reproduit les Logia. Les autres, comme Stanton (11, p. 78) et B. H. Streeter (On the original order of Q, Studies, p. 141 -164) donnent la préférence à Luc. Nous ne croyons pas que l’on puisse, pour résoudre la question, faire valoir des considérations générales, celle-ci par exemple, que Luc paraissant avoir fait subir aux récits de Marc plus de corrections stylistiques que Matthieu, la forme primitive des Logia devrait être cherchée de préférence chez Matthieu, ou bien cette autre que Matthieu ayant profondément modifié la disposition des cinq premiers chapitres de Marc, le plan primitif des Logia se trouverait dans le troisième évangile plutôt que dans le premier. De pareilles considérations ne seraient valables que s’il était établi que les Logia et Marc se sont présentés à Matthieu et à Luc exactement dans les mêmes conditions, ce qui paraît peu vraisemblable, puisque Marc était un récit cohérent et bien charpenté tandis que les Logia avaient plutôt le caractère d’un recueil de matériaux.
Si, faisant provisoirement abstraction de la question de disposition, nous envisageons seulement les morceaux communs à Matthieu et à Luc au point de vue de leur forme, nous constatons, au premier coup d'œil, qu'ils constituent deux groupes
CR en
bien distincts. Le premier, auquel nous avons emprunté les exemples donnés plus haut pour établir l'existence d'une source commune à Matthieu et à Luc, comprend les morceaux qui ne présentent entre eux que de légères différences explicables par le travail rédactionnel des évangélistes. Dans le second groupe, les divergences, beaucoup plus importantes, sont telles que l’on ne peut guère affirmer autre chose que la parenté ou peut-être seulement la possibilité de la parenté des morceaux comparés sans qu'il soit possible d'expliquer comment ils se sont, à un tel point, différenciés. Que l’on compare, par exemple, les deux formes de la parabole de la brebis perdue (M4., 18, 12-14. Le., 15,4-%): l'origine commune des deux morceaux ne peut être mise en doute. Des deux côtés ce sont les mêmes idées et le même développement, la même marche du récit : mais dans la forme les divergences sont telles que c’est tout au plus si sur 64 mots de Matthieu, 18 mots ou fragments de mots se retrouvent dans Luc. La même impression ressort plus nettement encore de l’examen de la parabole du festin de noces (Mé., 22, 1-14. Le., 14, 16-24) ou bien de celle des talents (dans Luc, des mines) (Mé., 25, 14-30. Le., 19, 12-27) 1, On a l'impression que les textes
4. Voirencore M4., 5, 13. Le., 14, 34-35, Mt, 5. 15 56, 22-23. Ec..