XIX, XXVII, XXXVI, XXII, XXXVII
Si on fait le même travail pour se rendre compte de l'ordre des emprunts de Luc aux Logia, les emprunts désignés par les numéros des morceaux équivalents dans Matthieu (p.166 s.) se présentent dans l’ordre suivant : I, Il, ITI, IX, X°, XVIII, X*, XVI, XXXVII, XXVI, XX, XXI, XXII, XXI”, XXX, XXXI', XLIH, XXIV, XXV:
XXXII, XXXII, XXXV, XI, XVII, XXXIV*, V, XIII, XLIV, XXVI, XXVII, XXXIV*, XV, XLVINH, XXVIIT, VIT, XXXVI, XIX, XXI”, XXII, XLW, XLHI XXIX IV XEROX XX VE VILLE XL, XXXVII, XLVI, XLVII, XLIX, XLI2.
Les consécutions identiques chez Matthieu et
1. Nous marquons d’un astérisque'’les morceaux de Luc dont le parallèle est réparti en deux ou trois endroits de Matthieu.
2. On pourrait encore établir la différence de disposition entre les éléments des Logia en dressant une liste de concordance entre les numéros des morceaux communs chez Matthieu et chez Luc comme celles que nous avons données p. 169.
Lo
NN Erin LES LOGIA ES SO ES OR
chez Luc sont rares et cela confirme les obser-
vations faites plus haut sur les méthodes diférentes d'insertion des Logia suivies par Matthieu et par Luc. J
Avant de rechercher si les quelques consécutions communes que l’on peut relever permettent de se faire une idée de la disposition originale des Logia ou d’une partie des Logia!, il convient de faire une observation préliminaire. Pour in-
corporer les éléments des Logia dans la trame du
récit de Marc, Matthieu a certainement dû pratiquer des déplacements. Lorsqu'un élément des
Logia est encadré dans un contexte originaire de Mare, la place occupée par ce morceau ne
peut rien nous apprendre, quant à la disposition
“primitive des Logia. [1 faut, d'autre part, tenir
compte du fait que Matthieu, pour former des
groupements cohérents, a dû déplacer certains élé-
ments, ceux qui ne sont pas groupés chez Luc, car on ne pourrait admettre que celui-ci ait émietté
et dispersé des développements cohérents. Par là,
un grand nombre d'éléments des Logia se trouvent éliminés pour la détermination. de la disposition primitive du recueil. Il vaut la peine d’en dresser la liste. Nous y ferons figurer d’abord
4. Voir les tentatives faites par WELLnausen (Einl., p. 51) et par Harnack (II, p.121 s.) qui s'appuient, l’un et l’autre, sur les identités de consécutions.
ceux des éléments du Sermon sur la Montagne qui n'ontpas d'équivalent dans le discours-programme de Le., 6, 20-49. Ce sont ceux qui portent les numéros suivants : IV (xxx), V {xvin‘), VI (xxx), VIT Guiv), VIE (xxx), XI (xv), XII (xx), XII vor), XIV rc) ROC) ER VIT (VD, XX (xxvr').
À ces morceaux nous ajouterons XXI en tant qu'il correspond non seulement à Le., vi mais à LES MRXNTT.
Au début du récit de la tempête, au moment où Jésus est sur le point de s’embarquer pour la traversée du lac, Malthieu introduit l'épisode des diverses personnes qui veulent suivre Jésus, mais en prétendant mettre à leur réponse à son appel diverses conditions (8, 19-22, XXIV [xr]}). Luc n'a pas connu celle disposition puisqu'il donne le même morceau dans un autre contexte (9, 57-60). Ce fait confirme ce qu'indiquait déjà la combinaison par Matthieu de fragments de Marc et des Logia :
nous avons affaire à une disposition créée par le premier évangéliste.
Les fragments XXV à XXIX (W4., 9, 35-10, 39). (Les re en een XXXvI) se trouvant dans l'ensemble qui constitue l'envoi des apôtres en mission ont été insérés à l'endroit où
1. Et de même M. XAIII en tant qu'il correspond à Le. XXVE, Mt. XXAT en tant que correspondant à Le. xxxnr.
Marc plaçait l'épisode. Leur disposition ne peut donc fournir aucune indication sur le plan primitif des Logia. Il en faut dire autant du fragment XXXIV (72,22 s.), qui rapporte l'accusation de possession formulée contre Jésus et sa réponse {Le., xvu). La place occupée par ce morceau est, elle aussi, conditionnée par le récit de Marc.
La parole : « Heureux ceux qui ont vu... » (XXXV, 13, 16-17 ; Le., x1v) développe la péricope de Marc sur le but des paraboles. La parabole du levain (XXXVI, 13, 33; Lc., xxv)j est mise à la suite de la parabole du grain de moutarde dont la place était fixée par le texte de Marc.
La parole : «aveugles, conducteur d'aveugles.…. »
(XXXVWII, 15, 14. Le., v) et le logion sur la puis-
sance de [a foi (XXXVIIT, 77, 20. Le., xxxv), le logion sur les apôtres assis sur douze trônes (XLI, 19, 28. Le., xxxviu) sont incorporés à des péricopes de Marc.
La parole sur l'attitude des péagers et des pharisiens à l'égard de Jean-Baptiste (XLIT, 27, 28-32. Lc., x) est donnée comme conclusion à la parabole des deux fils, qui est placée avant la parabole des vignerons après laquelle est mise la parabole du festin de noces (XLIII, 22, 1-14.
Lc., xxvIn).
Le morceau XLV (23, 37-39 : Le., xxvn), qui donne la lamentation de Jésus sur Jérusalem a
été placée au seul endroit où elle püt logique-
ment s'insérer, c'est-à-dire à la fin du ministère
de Jésus dans la Ville Sainte. Le fragment XLVII (24, 42-51. Le., xxu), exhortations à la vigilance, est devenu ch Matthieu une addition à la conclusion de l'apocalypse synoptique.
Les morceaux XLIV (23, 4 s. Le.,xix}), XLVI et. XLVIT (24, 26-28. 37-41. Le., xxxvi), sont le développement de péricopes de Marc.
[n'y a pas lieu d'entreprendre un examen semblable des péricopes de Luc, puisque Luc n’a pas, comme nous l'avons vu, incorporé les éléments des Logia à la trame du récit de Marc. Il y a cependant quelques cas où on peut reconnaitre des combinaisons faites par lui : ce sont ceux ou il associe à un Logion donné par Matthieu, un autre Logion que le premier évangile a dans un autre contexte. Il est évident que, dans ces cas-là, la priorité de disposition est du côté de Matthieu qui n'aurait pas brisé un contexte organique présenté par la source.
Ainsi, dans le logion v sur le jugement (6, 37- 42), Luc combine des Logia répartis par Matthieu en trois endroits (7, 1-5 ; 15, 14 ; 10, 24-25, frgm. XVI, XXX VII, AX VI). Dans 6, 43-46 (wi), il a des éléments qui correspondent aux fragments XX, XXI et XXXIV (7, 16-23; 12, . -45). Au témoignage sur Jean- Ronde Le (7, 24-35, x) il
incorpore la parole sur les péagers et Jean-Baptiste que Matthieu donne en un autre contexte (XEII, 27, 32). La malédiction des villes galiléennes est introduite par Luc dans l'envoi des disciples en mission (XII, 70, 13-15), alors que Matthieu (XXXII, 71, 21-23) la donne ailleurs. A la parole sur la porte étroite, Luc ajoute la déclaration sur ceux qui viendront d'Orient et d'Occident pour être à table avec Abraham (xxv1, 13, 28-30) que Matthieu a combinée avec le récit du centenier de Capernaum (XXII, 8, 11-12). Enfin Luc a réuni en une seule péricope sur la Loi et les prophètes (xxx, 16, 16-18) des déclarations que Matthieu donne en deux endroits du Sermon sur la Montagne (VI, VIII, 5, 18, 32) et dans le témoignage de Jésus sur Jean-Baptiste (XXXI, 11, 12, 13).
Aprèsélimination des péricopes dontnous venons de parler, les divergences dans l’ordre danslequelles éléments des Logia se présentent chez Matthieuet chez Luc, n'ont plus une grande importance. En suivant la marche du récit de Matthieu, on rencontre les péricopes de Luc dans l’ordre suivant : PARA LM UV, VE) VIT, VII, IX, X, XII, XI, SX xxxIv. Il n'y a donc aucune divergence. Nous pouvons imaginer la disposition que les Logia présentaient, peut-être avec intercalation d’autres éléments entre ceux qui nous permettent de con-
cevoir le plan primitif du recueil. Ils s’ouvraient par des notices sur la prédication de Jeun- Baptiste et sur la tentation. Puis venait une sorte de discours-programme commencant par les Béatitudes et se terminant par la parabole de la maison bâtie sur le roc. Ensuite venaient l'épisode du centenier de Capernaum et deux morceaux (le message de Baptiste et le témoignage de Jésus sur Jean- -Baptiste) qui caractérisaient le rapport de l'Évangile et du précurseur. Dans la suite, on trouvait les paroles sur la révélation aux enfants, sur la brebis perdue et sur le devoir de pardonner et, enfin, peut-être comme conclusion, la parabole des talents {ou des mines). Quant aux autres éléments des Logia reproduits à la fois par Matthieu et par Luc (paraboles, discussion sur Beelzébul, discours d’envoi des apôtres en mission, inveclives contre les pharisiens, enseignements divers), nous ne croyons pas que l'on soit en état de formuler quelque conjecture sur la place qu’ils occupaient. La question de la disposition primitive des Logia pourrait être envisagée à un point de vue très différent de celui auquel nous nous sommes placé jusqu'ici. Nous avons vu que le rapport des textes de Matthieu et de Luc, dans les morceaux qui leur sont communs et qui manquent chez Marc, varie extrêmement depuis la quasi-identité
jusqu’à une diversité qui laisse seulement reconnaître la communauté d'origine. Rien ne nous autorise à admettre que le premier ou le troisième évangéliste ou peut-être l’un et l’autre, aient varié dans la méthode suivant laquelle ils reproduisaient le texte de leurs sources, tantôt le donnant avec seulement de légères corrections stylistiques, tantôt le remaniant très librement sans qu’on puisse découvrir d'explication satisfaisante d’une telle diversité de traitement. Comme on ne relève pas de semblable variation dans l'utilisation du texte de Marc, on est conduit à regarder non pas du côté des évangélistes, mais du côté de la source. On est ainsi amené à distinguer dans les Logia plusieurs couches successives, ce qui s'accorde bien avec le caractère que nous leur avons reconnu d'être une collection plutôt qu’une œuvre construite suivant un plan systématique. Une première couche serait formée des morceaux entrés d’abord dans la collection. Ultérieurement le recueil aurait été enrichi en des milieux différents, en sorte que les mêmes. morceaux ajoutés dans les deux branches qui ont donné naissance aux documents utilisés par Matthieu d’une part et par Luc de l'autre, ont pu y pénétrer après avoir eu dans la tradition antérieure des histoires différentes et s'être ainsi diversifiés. Il va sans dire que ce ne sont pas
exclusivement les mêmes morceaux qui ont été ainsi ajoutés aux Logia et qu’ainsi l'hypothèse & expliquerait aussi, sans avoir recours à d’autres documents, l’origine de certaines péricopes qui ne se trouvent que ee le premier ou dans ie troisième évangile. Mais il convient de laisser provisoirement ce point de côté.
Si notre hypothèse est exacte en ce qui concerne les morceaux communs, elle doit avoir une conséquence dont l'évidence saute aux yeux. Si des morceaux ont été ajoutés parallèlement mais indépendamment dans les deux recensions des Logia utilisées par Matthieu et par Luc, ils n'ont pas dû être introduits aux mêmes endroits. Il devra donc y avoir une certaine correspondance entre la liste des fragments différemment insérés et celle des morceaux pour lesquels les textes de Matthieu et de Luc ont de sensibles divergences de forme.
Voyons done comment les choses se présentent à ce point de vue. On peut constituer un premier groupe des morceaux de forme proche et de disposition semblable. Il comprend les fragments suivants : (1), El (xx), ET (tu), IX-X (1v), XVE (tv), XXIT (vu), XXII (vi), XXX (1x), XXI (x), XXXVI (xxv).
Un second groupe est constitué par les morceaux de disposition différente mais de forme
LES TEOGIA. ” 249
proche. Il comprend les fragments suivants : XI {xv), XIV (xxxu), XV (xx), XVIL (xvi), XXIV (x), XXV (xt), XX VIT (xx), XXXIII (x), XXXV (xiv), XLIV (xx), XLV (xxvu), XLVIIT (xxu). Comme . ces fragments, à part un seul (XXXIII) x}, se trouvent parmi ceux que nous avons considérés comme ayant été insérés par Matthieu à la place qu'ils occupent dans son évangile pour des raisons de composition, les différences d'insertion ne font pas objection à ce qu'ils aient fait partie, avec les morceaux de la première série, du fonds premier des Logia.
Dans un troisième groupe !, nous rangerons les morceaux qui diffèrent à la fois par la disposition et par la forme : IV (xxx), V (xvin), VIT (xxiv XIE (xvur), XV (xxr), XIX (xxvi), XX (vi), XX (vi, xxvi), XXII (vin), XXIV (v), XXV (xn), XXXII {xu), XXXIV (vi, xvu), XXXVII (v’), XXXVIIL (xxxv}, XXXIX (xxx), XL (xxxiv), XLI (xxxvir), XIII (xxvin), XLIV (xx), XLVIT (xxxvi), XLIX (xxxvu). Il y a une correspondance très frappante entre cette liste et le résidu qui subsiste
jme
1. Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu deconstituer un groupe à part des fragments qui présenteraient des différences profondes de forme, mais des analogies de disposition. Rigoureusement, en effet, ce groupe ne comprendrait qu'un morceau XX, 7, 46-19. cf.12, 33-35 (Le., vi, 6, 43-45). « L'arbre et les fruits». Ce morceau a un caractère très particulier et sans doute une histoire à part.
quand de l’ensemble des morceaux empruntés aux Logia on a déduit ceux dont la place primitive a été conservée à la fois par Matthieu et par Lucet ceux que Matthieu a déplacés pour les mieux incorporer à son récit; ce fait nous semble constituer une précieuse confirmation de l’hypothèse que nous avons formulée.
Si les Logia se sont ainsi formés progressivement par adjonction d'éléments nouveaux à un fonds premier, adjonction faite parallèlement dans deux branches différentes, il est a priori très invraisemblable que ce soient exactement les mêmes morceaux qui aient été ajoutés de part et d'autre. au recueil primitif. Mais avant d'examiner cette question, il convient d'envisager le problème des relations des Logia avec l’évangile de Marc.