Art. Evangelien (synoptische), R. G. G., IT, col
2. On ne peut reconnaître aucune valeur aux Acta Barnabae auctore Marco, ch. 2 (TiscHenvorr, Ac{a Apostolorum apocrypha, Leipzig, 1851, p. 64), qui attribuent à Marc une origine paienne et font de lui le serviteur de Cyrille, grand-prêtre de Zeus. Sur cet écrit composé sans doute vers la fin du v° siècle, voir Lrpsius, Apostelgesch., II, 2, p. 290-297. Le pseudo-Epiphane (Prophetarum vilae, p. 115, 20 s.) fait de lui un Cyrénéen sans cependant dire qu'il n’était pas de race juive.
3. Hirpozyre, Refut., VII, 30 ; Prol. Monarchien (WorspworTH and Wire, Novum Testamentum latine, Oxford, 1889 s. Tps
pas surpris de voir divers auteurs mettre Marc au nombre des soixante-dix Re ou même des apôtres ?.
La tradition est presque unanime ? à faire venir Marc à Rome #. Une opinion assez répandue dans l’ancienne Église attribue à Marc l'évangélisation de l'Éypte, elle fait de lui le premier évêque d'Alexandrie ?. D'après les Acta S. Petri
Corssen, Monarchiansche Prologe zu den vier Evangelien, Leipz1g, 1896, T. U., XV. 1, p. 9 s.). Hippolyte et le titre du prologue dans le codex Toletanus (Worpsworra-Wuire, N. T. latine, I, p- 170) donnent à Marc le surnom de xokoBodäxruhoc, colobodactilus. Harnack (Pseudopapianisches, Z. N. T. W., III, 1902, p. 165s.). sans admettre la légende explicative, croit que le surnom dut être donné à l’évangéliste comme titre d'honneur, parce que, malgré son infirmité, il était parvenu à écrire un livre. Nous ne croyons pas qu’il soit légitime de séparer ainsi le fait et l'explication.
1. Le plus ancien auteur qui ait fait de Marc un des 70 ou 72, paraît être Anamanrius, Dial., I, 15. Sur les autres témoignages en faveur de cette tradition, voir Prophetarum vilae, p. 124, 12. 126, 11. 136, 3 s. 170, 8 s. 180, 8.
2. Prophetarum vitae, p. 195, 18. 205, 3. 206, 9. 213, 16. 214, 29. 217, 4. Cf. TH. SCHERMANN, Propheten und Aposlellegenden. p.231.
3. Les seuls textes qui fassent exception sont les Acia Barnabae, 24, 15 (Tiscuenoorr, p. 64-14) et le Martyrium Marci (AA. SS., Aprili, IL, p. 346 s, avant 400. Lirsius, Apostelgesch., II. 2, D: 329 5:).
4. Les témoignages les plus anciens sont ceux d'IRÉNÉE, ado. haer., II, 1. 1 (texte grec dans Eusèse, h. e., V, 8,2) et de CLé- MENT D'ALEXANDRIE, Hypotyposes in 1 PE., 5, 13, texte grec dans Eusèse, À. e., VI, 14,5 ; texte latin : Zaun, Forsch., III. p. 82. Sur les témoignages postérieurs, voir MAURICE GoGuEL, Mc., p. 20.
5. Sur ces traditions, voir SCHERMANN, Prophelen und Apostellegenden, p. 287 s. ; MAURICE GoGuEL, Me., p. 13.
Alexandrini (AA.SS., Apr., III, p. 349), on monirait à Alexandrie un lieu appelé Bucolia qui, disait-on, était celui du martyre de Marc.
Il: =="LE PLAN
L'évangile de Marc se compose d'une introduction et de quatre parties dont la première se décompose à son tour en huit sections.
L'introduction (1, 1-13) est constituée par trois notices sommaires sur Jean-Baptiste, le baptème et la tentation de Jésus.
La première partie (1, 14-8,26) donne le tableau du ministère galiléen de Jésus et de sa prédication de l'Évangile aux foules. Le retour en Galilée, la vocation des premiers disciples, la première journée de Capernaum, la prédication itinérante et la guérison du lépreux forment une première section qui présente le tableau de l’activité de Jésus bien accueillie par la foule (Z, 14-45); puis viennent une série de conflits qui s'élèvent entre Jésus et les pharisiens et qui ont pour conclusionun complot des pharisiens avec les
A. C'est en 828 que des marchands vénitiens auraient enlevé le corps de Marc de l'église dans laquelle il était déposé à Alexandrie et l’auraient amené à Venise. Voir Maurice Gocuez, Mc., p. 15.
2, Lorsy, 1, p. 84 s. ; MAURICE GOGUEL, Me., p. 23 s.
hérodiens qui veulent faire disparaitre ‘Jésus. C'est la seconde section (2, 1-3, 6) qui, immédiatement après les succès du début, fait apparaître les difficultés qui ne feront que s’aggraver jusqu’au drame final. La troisième section (3, 7-19) forme, en quelque sorte, un intermède entre la seconde et la quatrième. Jésus ne se laisse pas décourager par l'opposition qui se dessine, mais continue son ministère de guérisons; en même temps il prépare l'avenir par l'institution de l'apostolat destiné à assurer la prédication de l'Évangile quand il aura succombé aux coups de ses adversaires.
Avec la quatrième section (3, 20-35) Le conflit s'aggrave. Les proches de Jésus eux-mêmes disent qu'il a perdu le sens et les pharisiens l’accusent d'être possédé de Beelzébul.
La cinquième section (4, 1-34) donne un spécimen de l’enseignement de Jésus constitué par trois paraboles accompagnées d'explications et de réflexions théoriques. Dans cette section, l’évangéliste explique en quelque sorte l'échec de Jésus qui a été annoncé dans les morceaux précédents. Ne pouvant admettre que cet échec n'ait pas été voulu, il développe sa théorie de l’endurcissement provoqué par l'emploi intentionnel de la parabole, celle-ci servant à Jésus à dissimuler sa pensée aux
non-initiés.
Une sixième section (4, 86-6, 6“) montre Jésus quittant le territoire de la Galilée pour agir à Gérasa, en terre païenne. Il n’est pas à proprement parler mal accueilli, mais le moment d'agir sur des non-Juifs n’est pas encore venu. Il faut voir dans l'épisode de Gérasa une préfiguration de la mission chrétienne. Au retour de Jésus à Capernaum se place la guérison de la fille de Jairus, insérée probablement à cet endroit uniquement parce que, dans la source à laquelle elle est empruntée, elle devait suivre l'épisode de Gérasa. La section se termine par le récit du rejet de Jésus à Nazareth.
Comme aprèsles conflits de la deuxième section, Jésus avait préparé l'avenir par l'institution de l'apostolat, après la scène à Nazareth qui est comme la synthèse de tous les échecs précédents, Jésus envoie ses apôtres en mission. À cet épisode, l’évangéliste rattache, d'une manière qui semble un peu artificielle, le récit de la perplexité d'Hérode au sujet de Jésus et de la mort de Jean- Baptiste (septième section, 6, 60-30). Les récits qui suiventjusqu'à la fin de la première partie de l'évangile (huitième section, 6, 81-8, 26), présentent une disposition très caractéristique, un même épisode, la multiplication ou plutôt la distribution des painsest racontée deux fois, et il semble que les divers récits qui suivent la seconde distribution
(traversée du lac, discussion avec les représentants du judaïsme, guérison) correspondent assez exactement à ceux qui accompagnent la première. Ce doublet montre à lui seul l'importance que cette partie de l’évangile avait dans la tradition.
La distribution des pains devait être conçue comme une anticipation de la cène. C'était une dernière tentative faite par Jésus pour conquérir le peuple que n'avaient gagné ni les appels, ni les guérisons !. L’échec de ces tentatives suprèmes est manifesté par l'opposition des Juifs qui soulèvent la discussion sur le pur et l’impur après la première distribution et qui demandent à Jésus un signe du ciel après la seconde. Désormais le sort du ministère public de Jésus est réglé. L’échec est complet et irrémédiable. Jésus en prend en quelque sorte son parti et renonce à un enseignement destiné à conquérir la foule.
Dans la seconde partie de l'évangile(8, 27-10, 52) ce n’est plus au peuple, c'est uniquement à ses disciples que Jésus va s'adresser. Les quelques récits où interviennent d’autres personnages ont le plus souvent leur centre de gravité dans les enseignements particuliers que Jésus y rattache pour ses disciples ; tel est le cas par exemple pour
4. Maurice GocueL, L'Eucharistie des origines à Justin Martyr, Paris, 1910, p. 51s.
l'épisode du danger des richesses qui traite, pour l'instruction des disciples, de la rétribution des sacrifices consentis pour la cause de l'Évangile (10, 17-31), ou bien ces récits sont insérés M où nous les lisons parce que la tradition les localisait en Judée; tel est le cas notamment pour la guérison de l’aveugle Bartimée (10, 46-52).
En même temps qu'il s'adresse à un autre auditoire l’enseignement de Jésus prend, dans la seconde partie de l'évangile, un caractère nouveau. Ce n'est plas l'Évangile du Royaume mais l' Évangile du Messie. Jésus révèle à ses apôtres le sort qui l'attend à Jérusalem et leur prédit sa résurrection. Mais ils ne comprennent pas son enseignement. Après chacune des trois prophéties des souffrances et de la résurrection du Messie, l’évangéliste place un épisode où éclate l’inintelligence des apôtres. Après le récit de la révélation du secret messianique et la transfiguration (8, 27-9, 13) vient l’histoire de l'enfant épileptique que les disciples n'ont pas pu guérir à cause de leur manque de foi (9, 14-29). Après la seconde prophétie des souffrances (9, 30-32), c'est la dispute de préséance (9, 33-37). Après la troisième (10, 32-34), c'est la demande des fils de Zébédée (10, 35-45).
Une importance toute particulière pour la disposition de l’évangile de Marc revient à la pre-
L'ÉVANGILE DE MARC 287 mière péricope de cette seconde partie, celle où l’auteur rapporte la confession de Pierre près de Césarée de Philippe (8, 27-33). À partir de cette péricope la notion de la messianité de Jésus domine le récit et fait l'objet central de l’enseignement donné aux apôtres !. Wrede (Messiasgeh., p.18 s.) a soutenu, sur ce point, une conception différente de celle qui est généralement reçue : il fait valoir que, dès Le début du récit, Jésus est et se sait le Messie, ainsi que cela se manifeste notamment dans ses relations avec les démoniaques. S'il est excessif de conclure de là, comme le fait Wrede (p. 115 s.), que l'épisode de Césarée de Philippe ne divise pas en deux le tableau de l’activité de Jésus, il n’en reste pas moins vrai qu'il marque dans le récit de Marc une époque de crise? et que les récits qui suivent ont un caractère très différent de ceux qui précèdent.
La troisième partie de l’évangile commence avec l'entrée de Jésus à Jérusalem et se termine au moment où les Juifs se préparent à former un complot contre Jésus (11, 1-13, 37). Les péricopes de cette partie de l'évangile se composent en
1. Il ne s'agit pas ici du problème de la messianité de Jésus, mais uniquement de la manière dont le second évangéliste la conçoit.