‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 87 sur 141 · DE L'ÉVANGILE · texte numérisé non relu

DE L'ÉVANGILE

L'analyse du plan du second évangile a montré, croyons-nous, que le récit de Marc n'est pas une simple compilation dans laquelle les épisodes ou les discours sont juxtaposés comme au hasard. c'est une œuvre littéraire, au sens plein du mot, c'est-à-dire dans laquelle les matériaux sont disposés avec soin et agencés suivant certaines idées directrices (En. Meyer, Ursprung, I, p.102, 1218.)

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Le caractère complexe et, il faut bien le recon- naître, assez artificiel de ce plan laisse l’impression très nette que le récit de Marc ne peut pas être regardé comme parfaitement homogène et écrit d’un seul jet d’après les souvenirs d'un témoin oculaire. Il y a tout au moins, chez Marc, un cadre systématique dans lequel est coulée la substance de la tradition. Ce n’est pas là, sans doule, une preuve absolue mais c'est une indication favorable du caractère composite de son récit. Il convient d'examiner si les observations que suggère l'étude de l'évangile la confirment ou non!.

Il y a dans le second évangile un certain nombre d'incohérences qui se comprendraient malaisément dans un récit fait d’un seul jet mais que l’on n'est nullement surpris de rencontrer dans une narration où sont combinées des sources et des traditions d'origines diverses. En voici quelques-unes : À la fin du récit de la guérison du lépreux (1, 45) ?, il est dit que Jésus ne peut

4. Karz-LupwiG Scauiot, Der Rahmen der Geschichte Jesuw, Literarkritische Untersuchung zur aeltesten Jesusüberlieferung, Berlin, 1919.

2. Lorsy (1, p. 463) croit que, dans le récit de la guérison du lépreux, les mots 2£é6aley (1, 43) et è£eX6wv (1, 45) témoignent que originairement la scène se placait dans une maison et non, comme c'est actuellement le cas, en plein air. Mais la présence d'un lépreux dans une maison est bien invraisemblable et la

plus venir ouvertement dans la ville mais qu'ilse tient dans des endroits isolés où les gens viennent à lui. Dès le morceau suivant (2, 1) cependant, nous retrouvons Jésus à Capernaum et l'évangéliste rapporte une série d'épisodes dans lesquels il ne prend aucune espèce de précaution pour rester caché. Au ch. 3, v. 6, en conclusion du dernier des six conflits entre Jésus et les Juifs qui sont rapportés de 2, 1 à 3,6, on lit : « Sortant aussitôt, les pharisiens tinrent conseil avec les hérodiens pour chercher comment ils le feraient mourir. » Cette indication reste isolée. L’intention prêlée aux pharisiens n’est pas suivie d'effet. L'évangéliste ne rapporte pas que Jésus ait été inquiété en Galilée; plus tard, quand le drame de la passion se nouera à Jérusalem, il ne sera fait aucune allusion à ces préliminaires galiléens et les hérodiens ne joueront aucun rôle dans l’affaire. Nous avons probablement en 3, 6 un fragment d'une tradition qui présentait autrement que ne le font nos évangiles actuels la période galiléenne du ministère de Jésus et parlait d’une opposition à laquelle Jésus s'était heurté de la part d'Hérode et des siens !. Au ch. 3, v. 9, il est langue de Marc n'est pas assez précise pour qu'on doive traduire «il le mit dehors » et non « il le chassa » et « sortant » et non « s'éloignant ».

1. On a souvent pensé que l'opposition d'Hérode contre Jésus pourrait bien répondre à la réalité et que l'épisode Mc. 6, {4-16

dit que Jésus pressé par la foule se fait préparer une barque par ses disciples. Ce détail cependant ne Joue aucun rôle; il sera repris, au début du ch. 41, et ce sera dans cette barque que Jésus traversera le lac (4, 36).

Une incohérence qui trahit très nettement la combinaison de deux sources se trouve dans le récit de l'institution de l’apostolat. « Il établit douze homnies.., il établit les Douze. Il donna à Simon le surnom de Pierre, et Jacques fils de Lébédée.…. » (3, 14 s.). Il y a, combinées dans ce passage, une mention de l'institution de l’apostolat, une liste des apôtres et la mention de surnoms donnés à Simon et aux fils de Zébédée.

Après l'épisode de la confession de Pierre qui se passe sur une route déserte, Marc dit, sans aucune transition : « Et appelant la foule avec ses disciples il dit » (8,34), ce qui est l'indice très net de la juxtaposition de deux fragments d'origines différentes.

Le récit de la transfiguration commence par les mots « six jours après » (9, 2), qui indiquent que

qui vient actuellement en hors d'œuvre et comme pour occuper la scène, jouait primitivement un rôle plus précis et déterminait le départ de Galilée, Hérode ayant manifesté l'intention de faire périr Jésus. Quelque chose de cette tradition serait conservé dans Me., 12, 13, dans Lc., 13-31, et, non sans une sensible transposition, dans Lc., 23, 6-12. Cf. WELLHAUSEN, Einl., p. 40 s.; E. KLosrerManx, Mc., p. 49; En. Meyer, Urspr., I, p. 109 s.

À Fe

ce morceau provient d'une source qui présentait un enchainement chronologique qu’on ne trouve plus dans le texte actuel.

On pourrait ajouter que tantôt Jésus apparaît entouré des douze apôtres (3, 14; 4, 10; 6, 11; 9, 85, etc.), tantôt d’un cercle plus étendu de disciples parmi lesquels il choisit les intimes qui l’accompagnent dans certaines circonstances solennelles (5, 39; 9, 2 ; 13, 32 ; 14, 33) t. Il ya lieu de se demander si les récits de la vocation des premiers disciples et de Lévi (1, 165. 2, 185.) ne font pas, dans une certaine mesure au moins, doublet avec celui de l'institution de l'apostolat (3, 13-19).

Des faits que nous venons de signaler il convient de rapprocher la présence dans l'évangile de Marc d’un certain nombre de récits qui sont soit des combinaisons de traditions diverses, soit. des formes déjà évoluées de la tradition. Dans un cas comme dans l’autre, ils ne peuvent être considérés comme des éléments d’une tradition homogène et directe.

La réponse de Jésus à la question qui lui est posée à propos du jeûne, présente un caractère composite : 1° Les jours viendront où les amis

À, En. Meyer (Urspr., I, p. 133 s., 135 s.) a voulu trouver dans ce fait un critère permettant de reconnaître deux sources différentes de l’évangile de Marc.

de l'époux jeûnéront (2, 19-20), ce qui revient à dire que le jeûne n’a de valeur que quand il est

-en harmonie avec les sentiments intérieurs; 2° A

des sentiments religieux nouveaux, il faut des formes nouvelles (parabole de la pièce neuve au vieux vêtement et parabole du vin et des outres 2, 21-22), ce qui équivaut à dire que le jeûne est abrogé. La juxtaposition de ces deux réponses est la preuve d’un travail rédactionnel.

La réponse de Jésus à la question relative au plus grand commandement permet de faire une observation toute semblable, On sait que cette péricope se présente sous deux formes très différentes mais qui ont cependant entre elles assez d’affinités pour qu'on ne puisse mettre en doute leur unité fondamentale. Dans Luc (10,

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