un scribe vient demander à Jésus ce
qu'il doit faire pour obtenir la vie éternelle. Jésus l'interroge sur la Loi et le scribe répond en citant comme résumé de la Loi le commandement d'amour pour Dieu et pour le prochain. Jésus approuve cette réponse. Dans Marc (12, 28-34) et dans Matthieu (22, 35-40), c'est Jésus lui-même qui, interrogé par un scribe sur le plus grand commandement, répond en citant le précepte d'amour. C'est ici Luc qui doit avoir conservé la forme primitive de la tradition, car on conçoit assez aisément qu'on ait attribué à Jésus
une réponse qu'il avait approuvée, tandis qu'il ne serait pas facile de se représenter comment on en serait venu à mettre dans la bouche d’un seribe, c'est-à-dire en somme d'un représentant du judaïsme, une parole originairement prononcée par Jésus lui-même. Cette interprétation est confirmée par le fait que Marc (et non plus Matthieu) a conservé à la fin de l'épisode une approbation donnée par le scribe à la parole de Jésus, approbation qui n'est qu’une paraphrase de la réponse et une réminiscence du rôle plus actif que le scribe jouait dans la forme primitive de la tradition.
On pourrait encore citer ici l'existence dans l'évangile de doublets, par exemple les deux récits dedistributions des pains avec les groupes de péricopes qui les accompagnent, et, à certains égards, celui qui est constitué par les récits de la tempête (4, 35-41) et de Jésus marchant sur les eaux (6, 45-52) (Wezcnausen, Me., p. 54; Joh. Weiss, 4elt. Év., peer.
Enfin, il faut signaler que certains morceaux ne sont, sous la forme où nous les lisons dans Marc, que la transformation de traditions plus anciennes. Des hypothèses de ce genre doivent être envisagées, par exemple, pour le récit de la guérison du lépreux (1, 40-45) !, pour l'épisode de
1. La colère que manifeste Jésus quand il renvoie le lépreux ne s'accorde pas avec la pitié avec laquelle il l'avait accueilli. On a
Jésus marchant sur les eaux (6, 45-52) (Jon. Weiss, Aelt. Ev.,p. 221) et pour le récit de la transfiguration (9, 2-8) 1. |
L'examen de l'enchaînement du récit, notamment au point de vue de.la chronologie ?, confirme l'impression qui se dégage des faits que nous venons de signaler et conduit à considérer la narration de Marc comme une combinaison artificielle de récits et de traditions dont il n'est plus, que dans une mesure très restreinte, possible de reconnaitre les relations réelles. Après une notice
supposé que cette contradiction tenait à une transformation du récit. A l'origine un lépreux guéri mais non purifié aurait demandé à Jésus de le proclamer pur pour lui éviter d'aller à Jérusalem. Jésus se serait indigné de cette demande. Ultérieurement on aurait introduit la guérison du lépreux par Jésus, Cu. Raucu, Bemerkungen zum Markustext, Z. N. T. W., III, 4902, p. 300-303.
1. Le récit de la transfiguration pourrait être la transformation d'un récit d'apparition du Christ ressuscité. Voir Maurice GoGuEgt., Note d'histoire évangélique, II. Esquisse d'une interprétation du récit de la transfiguration, R. H. R.;t. LXXXI (1920), p. 145 s. Cependant tout récemment En. Mexer (Ursprung, I, p. 153, cf. Ursprung und Geschichte der Mormonen, Halle a. S., 1912, p.228.) a soutenu, en s'appuyant sur les analogies assez frappantes qu'il y a entre le récit de la transfiguration et celui de la grande révélation sur laquelle s'appuie la doctrine de Joseph Smith, quil fallait voir dans le récit de la transfiguration la relation d'un fait exact. Ce qui affaiblit beaucoup l'argumentation de Ed. Meyer, c'est que cet auteur ne tient pas compte du fait que la genèse de la grande révélation mormone peut avoir été dans une certaine mesure déterminée par le souvenir de la tr'ansfiguration.