LAGRANGE, Mc., p. Os. CXXVISs
générale dont le caractère rédactionnel est évident (1, 14-15), le tableau de l’activité de Jésus s'ouvre par un groupe de récits homogènes localisés à Capernaum et qui remplissent un peu plus d’une journée (1, 16-38), la vocation des premiers disciples devant se placer sans doute à la fin de la journée du vendredi et La fuite de Jésus dans un lieu désert pendant la nuit du samedi au dimanche. Cette première journée de Capernaum ne peut évidemment pas être le début de l'activité de Jésus, car la vocation des premiers disciples suppose que ces hommes qui vont tout quitter savent qui est Jésus et pourquoi il les appelle à le suivre. |
Après ce premier tableau, nous trouvons de nouveau une note générale sur la prédication itinérante (1, 39) et le récit de la guérison du lépreux (1, 40-45) qui peut se placer au cours de cette tournée. La manière dont est mentionnée la prédication itinérante « dans toute la Galilée » porterait à attribuer à cette partie du ministère de Jésus une certaine durée. Pourtant il semble que ce soit peu après son départ que Jésus revienne à Capernaum (rauv.. d'auepüv 2, 1). Il y a ici une série de récits simplement juxtaposés, en sorte qu'il faut se représenter qu'ils se suivent directement et sans intervalle. Rien n'autorise à placer dans deux journées différentes la guérison du pa-
ralytique (2, 1-12) et la vocation de Lévi que Jésus appelle quand, après la guérison, il est sorti pour aller du côté de La mer (2, 13-17). Le repas chez Lévi qui provoque la question relative au jeûne suit immédiatement la vocation (2, 18-22). Le récit qui vient ensuite se rapporte à un jour de sabbat, il ne peut donc être placé le même jour que le repas chez Lévi. La manière dont le récit est introduit : « Il arriva qu'un jour de sabbat... » (2, 28) représente une simple juxtaposition sans aucune coordination réelle. Manifestement ce qui a amené le groupement ce n’est pas une relation chronologique, c’est une affinité de fond; dans cette partie de son récit, Marc groupe des conflits qui s'élèvent entre Jésus et les Juifs. L’épisode des épis arrachés (2, 23-28) est immédiatement suivi d'un autre conflit relatif au sabbat, celui que provoque la guérison de l’homme à la main sèche (3, 1-6). Ici encore la liaison tient à la nature des faits. L'enchainement chronologique n’est pas clairement marqué, bien qu'il semble, ainsi que l’a compris Matthieu (72, 9), mais contrairement à ce qu'a compris Luce (6, 6), que l'épisode de l’homme à la main sèche se place le même jour que celui des épis arrachés. En tout cas le vague qui règne sur ce point, ainsi que sur la relation dans le temps des épisodes relatifs au sabbat avec ceux qui précédaient 18*
montre que l’évangéliste ne s'attache pas ici à donner un tableau cohérent au point de vue chronologique.
L'examen de la péricope qui suit confirme pleinement l'impression d’'incohérence que donne l'examen de cette partie de l’évangile. Il est dit (3,7): « Et Jésus s’en alla avec ses disciples du côté de la mer ». Cette indication étant simplement juxtaposée sans aucune transition à la conclusion de l'épisode de la guérison de l'homme à la main sèche, il faut penser que le départ de Jésus pour le bord du lac se rattache directement à la conclusion de la discussion sur la guérison de l'homme à la main sèche, mais, un jour de sabbat, Jésus ne peut avoir été accompagné d'un grand concours de peuple, il ne peut avoir donné à ses disciples l'ordre de Iui préparer une barque et il ne peut avoir accompli les guérisons qui sont rapportées ici(3,7 s.). Ce n'est pas tout: la notice qui nous oceupe parle de foules qui viennent non seulement de Galilée et de Judée mais encore d’Idumée, de la région du Jourdain, et de celle de Tyr et de Sidon; elle ne peut donc se rapporter à un moment précis mais à un caractère général. Cette association de notices générales et de récits particuliers dénote ce qu'il y a d’artificiel dans Ja combinaison.
Le récit de l'institution de l’apostolat pour
lequel Jésus se rend sur la montagne est de nouveau simplement coordonné, en sorte que nous avons à choisir entre deux explications. Ou bien, un jour de sabbat, Jésus, après s'être rendu à la synagogue en traversant les champs, vient au bord de la mer où des foules s’assemblent, puis il accomplit des guérisons, après quoi il monte sur une montagne où il institue l'apostolat (3, 73-19): ceci fait — et toujours dans la même journée, puisqu'aucun changement de temps n'est marqué — il revient dans la maison (3, 20) où il discute avec les pharisiens qui l’accusent de chasser les démons par Beelzébul (3, 22-30) et repousse les siens qui veulent s'emparer de lui sous prétexte qu'il a perdu le sens (3, 20-21. 31-35). Si l'on ne peut décidément admettre un sabbat ainsi occupé, il faut reconnailre que le cadre chronologique dans lequel les épisodes considérés sont rapportés est artificiel et que l’évangéliste a juxtaposé des récits qui, au point de vue du développement dans le temps, n'avaient pas de relation organique entre eux.
La suite de la narration permet les mêmes observations. Le groupe des paraboles (4, 1-34) est rattaché à ce qui précède par un simple xai rdv qui ne marque aucunlien interne. L’accumulation, au même endroit, de trois paraboles données à titre de spécimen est bien invraisemblable. L’al-
ternance des enseignements adressés à la foule (4, 1-9. 26. 32) et des instructions données en particulier aux disciples (4, 10-25) ne l’est pas moins.
Après le groupe des paraboles, nous trouvons de nouveau une série de récits étroitement liés et dont l’enchainement est probablement antérieur à l’évangile de Marc. Jésus traverse le lac — et au cours de la traversée apaise la tempête — (4, 35- 41) ; il guérit le démoniaque de Gérasa puis, à la demande des habitants de la région, s'embarque de nouveau pour la Galilée (5, 1-20). Au moment où il yarrive, il rencontre Jaïrus qui l'emmène chez lui pour guérir ou pour ressusciter sa fille ; en route, il guérit la femme à la perte de sang (5, 21-43). Après la résurrection de l'enfant, il se rend à Nazareth où il est mal accueilli par ses concitoyens (6, 1-6%).
Ici se termine une période de l° activitéde Jésus. Jusqu'ici Capernaum a été son centre d'action, c'est là qu'est la maison et c’est là qu'il revient après les tournées qu'il fait soit dans toute la Galilée, soit sur la rive est du lac. A partir du chapitre 6, au contraire, nous ne verrons plus Jésus résider d’une manière suivie à Capernaum et il sera difficile de suivre ses déplacements, à plus forte raison de les expliquer. Il y a à, au point de vue de l’enchaïnement du récit, une sin-
gulière difficulté. L'introduction de ce morceau présente ce caractère général et vague auquel on reconnaît l'intervention du rédacteur. Jésus parcourt les villages à l’entour en enseignant. Il appelle les Douze et se met à les envoyer (6,7). C'est l’association déjà rencontrée dans 3, 7-12 d’une activité qui se déroule pendant une certaine durée de temps (Jésus parcourt les villages en enseignant) et d’un fait précis qui ne peut se passer qu’à un moment particulier (Jésus envoie les disciples en mission). La mission des apôtres a dû durer un certain temps et cependant entre leur départ (6, 13) et leur retour (6, 30), l’évangéliste ne rapporte rien concernant Jésus et comble le vide de la narration par un récit qui, en apparence au moins et dans l’état actuel de l'évangile, apparait comme sans relation directe avec l'histoire de Jésus.
Le tableau de la perplexité d'Hérode quand il entend parler de Jésus est en effet fort mal intégré dans le récit. Le verbe #xovsey de 6, 14 n'a pas de complément, ce que dissimule mal le membre de phrase explicatif oxveoy yap ëyévero vd veux 2370 et il n’est pas possible de suppléer le complément qui manque. Ce qu'apprend Hérode ce ne peut pas être le fait de la tournée accomplie par les apôtres puisqu'il est évidemment question de Jésus. D'autre part, il est impossible de rattacher
l'épisode à une phase antérieure de l'activité de Jésus, par exemple, comme le voudrait Wellhausen (Mc., p. 48), à la première journée de Capernaum. Enfin, on ne peut manquer d'être frappé de l’analogie qu'il y a entre Îles diverses hypothèses envisagées par Hérôde et son entourage et celles qui sont rapportées dans l'épisode de Césarée de Philippe (8, 28) et il faut conclure que dans l’une ou l’autre des péricopes qui présentent de telles affinités il y atrace de remaniement rédactionnel. Comme la péricope d'Hérode est certainement un élément détaché de son contexte primitif et mal intégré, c'est chez elle qu'il y a lieu de supposer l’activité du rédacteur. Nous sommes donc en présence d’un tableau qui ne peut pas être primitif, et qui, dans l’état où il se présente à nous, ne répond pas à un enchaîinement réel des faits.
Le récit de la première distribution des pains (6, 31-44) qui se place après la tournée missionnaire est introduit par l'intention de Jésus de procurer à ses disciples un peu de repos. Matthieu (14, 13) motive le départ de Jésus par le fait qu’il a appris la mort de Jean-Baptiste ; cela pourrait faire soupçonner que le véritable motif de la retraite de Jésus a été dissimulé par Marc.