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On ne peut cependant considérer comme primitif l'enchai

De plus, si vraiment Jésus avait voulu procurer à ses disciples la possibilité de prendre quelque repos, il ne les aurait pas, immédiatement après la, journée de la première distribution, ramenés sur la rive ouest du lac. Il y a dans cette partie du récit de perpétuelles allées et venues qui donnent l'impression qu’on a affaire à une période d'activité intense et non de repos. Au retour sur la rive ouest, qui suit immédiatement la distribution des pains (6, 45-52), doit se placer une période d'activité itinérante puisqu'on amène les malades à Jésus dans toutes les villes et bourgades qu'il traverse (6, 53-56). Jésus revient ensuite à Capernaum où a lieu la discussion sur le pur et l’impur (7, 1-23). Il doit y séjourner au moins quelque temps puisque nous le trouvons établi dans la maison (7, 17). Il part de là pour une tournée dans la région de Tyr et ensuitedans la Décapole (7, 24-37). Abstraction faite du voyage dans le Nord, le groupe suivant présente exactement la même disposition : distribution des pains qui se place à l’est du lac (8, 1-9), retour sur la rive ouest (8, 10) où se place le refus de Jésus d'accomplir un signe du ciel à la demande des pharisiens (8, 11-12), départ pour Bethsaïda

nement des faits présenté par Matthieu, car il manque dans son récit un élément essentiel, à savoir le retour des disciples auprès de Jésus.

(8, 13), c’est-à-dire pour la région semi-paienne de la rive nord-est du lac. Ce doublet autorise à penser que nous avons affaire à un groupement systématique d'épisodes plutôt qu'à un enchaînement naturel de faits. Cette impression est confirmée si on considère que dans le quatrième évangile aussi la multiplication des pains est suivie d'un retour sur la rive ouest et d’une discussion (le discours sur le pain de vie) qui fait éclater Yopposition des Juifs contre Jésus (Jean, 6, 1-71). Enfin, ainsi que nous le verrons, les divers éléments constitutifs de cette section du récit ne proviennent pas tous de la même source.

En résumé, il n'apparait pas que, pour cette première partie de son récit, l'évangéliste ait disposé d'indications précises sur l’enchainement des faits. IL semble avoir connu deux ou peut-être trois groupes de récits, ceux relatifs à la première journée de Capernaum, à la série tempête-Gérasa-Jaiïrus-Nazareth et peut-être aux multiplications, il a connu ce dernier cycle sous deux formes différentes qu'il a Juxtaposées au lieu de les combiner. L'évangéliste a construit un tableau d’ensemble en ajoutant à ces trois groupements certaines traditions isolées (le lépreux, les conflits, l'apostolat, récits relatifs à Hérode) et des éléments didactiques (Beelzébul, les paraboles). Quelle que soit la valeur intrinsèque des matériaux qu'il à

ainsi utilisés, le tableau qu'il a tracé n’en reste pas moins artificiel.

L'examen de Ia seconde partie de l’évangile ne donne pas, au point de vue de la cohérence et de l’enchainement des faits, une impression plus satisfaisante. Elle s'ouvre dans la région de Césarée de Philippe où Jésus se trouve en route avec ses disciples (8, 27), loin par conséquent du théâtre habituel de son activité. Après que Pierre a proclamé la messianité de son maitre et que Jésus a rattaché à cette confession un enseignement précis sur la destinée qui lui est réservée (8, 27-33), il s'adresse à la foule pour lui faire connaître le sort qui attend ses disciples (8, 34-9, 1). Nous avons déjà noté combien la présence de cette foule à cet endroit est surprenante. Enfin, six jours après (9, 2), vient la transfiguration.

Aucun changement de lieu n'ayant été indiqué, la scène ne peul être localisée ailleurs que dans la région de Césarée de Philippe. Cependant, à la descente de la montagne de la transfiguration se place la guérison de l'enfant épileptique (9, 145s.). Nous voyons la foule s'assembler pour demander aux disciples d'abord, puis à Jésus lui-même, la guérison d'un enfant malade; une telle scène n'est possible que là où Jésus à poursuivi son activité régulière, c'est-à-dire dans la région de Capernaum. L’enchainement actuel du récit ne ré-

pond donc pas au développement réel des faits. Le lieu de la guérison de l'enfant ne doit pas être très éloigné de Capernaum, puisque Jésus y vient ensuite et que nous l'y retrouvons dans la maison (9, 33). Nous trouvons là un certain nombre d'éléments didactiques (9, 33-50), puis Jésus quitte Capernaum pour se diriger vers la Judée (10, 1). Il entre donc dans une région nouvelle. L’évangéliste se représente qu'il y poursuit son enseignement dans les mêmes conditions qu'en Galilée, mais il n'a évidemment pas sur cette partie de l'activité de Jésus de tradition cohérente, puisqu'il se borne à rapporter trois épisodes (les pharisiens et le divorce 10, 2-12, les enfants 10, 13-16, le danger des richesses 10, 17-31) qui ont tous les trois un caractère didactique et dont aucun n’est solidement encadré dans son contexte. Il place ensuite la troisième prophétie des souffrances (10, 32-34), et la demande des fils de Zébédée (10, 35-45) c'est-àdire des enseignements qui ne s'adressent qu'aux seuls apôtres. Enfin cette partie du récit se termine par la guérison de l’aveugle de Jéricho (10, 46-52) qui constitue la conclusion de la seconde

4. Nous ne tenons pas compte de la tournée en Galilée (9, 30- 32), car au cours de cette tournée Jésus a soin que personne ne le reconnaisse. Elle n’est évidemment Ilà que pour permettre l'introduction de la seconde prophétie des souffrances adressée

aux seuls apôtres.

partie de l’évangile. Il n'y a donc pas, pour la période qui s'ouvre par la confession de Pierre, un enchainement plus solide que pour la période proprement galiléenne.

La question de la cohérence se pose dans des conditions différentes pour la période jérusalémite et pour l'histoire de la passion. Pour cette dernière, l’enchaîinement des faits est donné par l’objet même du récit. En ce qui concerne la période d'activité jérusalémite, il suffit d'observer qu'il y a une singulière disproportion entre l'importance des enseignements rapportés et le cadre chronologique étroit de moins d’une semaine dans lequel ils sont enfermés. Il y aurait lieu aussi de se demander si la brièveté du séjour de Jésus à Jérusalem suffit pour que le drame de la passion ait eu le temps de se nouer, mais c'est là une question qu'il suffit d'indiquer et qu'il n’est pas nécessaire d'examiner ici dans le détail. Aussi bien, les observations qui précèdent permettent, croyons-nous, de conclure qu'il n'y a pas, dans le. récit du second évangile, une trame serrée correspondant au développement réel des faits, mais une construction établie par le narrateur pour y encadrer les éléments dont il disposait et qui ne se présentaient pas à lui dans un enchainement organique.

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