Die synoptischen Evangelien, Heidelberg
4. HocrzmanN, Né. Th., I, p. 491; JÜLICHER, Einl., p. 218 ; Jou. Weiss, Aelt. Ev., p.9% ; Fete, Jesus Christus und Paulus, Leipzig, 1902, p. 136, 149. 3
Marc a écrit pour donner un exposé de l'Évangile, non pour faire l'apologie d’un système théologique. Son idée dominante est que Jésus, Messie et Fils de Dieu, a été mal accueilli, combattu et finalement mis à mort parles représentants du judaïsme, mais que cet échec apparent n'a fait que réaliser le plan divin, le mystère du Royaume, car, pour que ce Royaume pût être réalisé, il fallait que le Christ souffrit, pour ensuite ressusciter afin de revenir glorieusement sur les nuées du ciel.
Les analogies incontestables que cet ensemble d'idées présentent avec le système théologique de Paul ne doivent pas faire perdre de vue le fait que certaines des plus essentielles d’entre elles sont courantes dans le christianisme primitif, telles par exemple, les idées de la messianité de Jésus et de la nécessité de sa mort pour la réalisation du plan divin en vue de l'avènement du Royaume céleste. Rien ne permet donc d'affirmer que ce soit de Paul que Marc tienne ces notions. Mais il convient d'essayer de serrer de plus près les rapports de la pensée de Marc avec le paulinisme.
Nous ne croyons pas que l'on soit en droit de découvrir une relation directe entre la manière dont le second évangile décrit le conflit croissant entre Jésus etles Juifs et la théorie de l’abrogation de la Loi soutenue par Paul. La critique de l'évangile vise en effet le judaïsme dans ses re-
présentants et non dans son principe et cela même dans la discussion sur le pur et l'impur et le corban (7, 1-23) ou sur le divorce (10, 2-12) où c'est au nom du principe de la Loi que la tradition des Juifs est combattue!.
Il semble au premier abord qu'avec l’idée de la nécessité et de l’efficacité de la mort du Christ, on ait affaire à un groupe de notions sur lesquelles l'influence du paulinisme soit plus directement saisissable. Comme le dit justement H.-J. Holtz-
mann, l’évangile montre comment s’est réalisé,
en fait, ce qui, au point de vue divin, était nécessaire?. Mais Paul ne semble pas s'être intéressé aux circonstances historiques qui ont amené la mort de Jésus et l’idée de la nécessité de cette mort a dû être déduite des faits dans d’autres milieux encore que dans le milieu paulinien. Même s’il y avait lieu de considérer comme une addition paulinisante de Marc la parole sur le Fils de l'Homme qui donne sa vie en rançon pour plusieurs (10, 45)?, on ne pourrait attribuer à une in-
1. Contre von Sonen, Das Interesse, p. 148. Bacon (Is Mark a roman Gospel ? p. 66 s.), trouve dans le discours sur le pur et l’impur le point de vue des forts que Paul vise dans Aom., 14,15.
2. Nt. Th., I, p. 495, cf von Soven, Das Interesse, p. 145; O. PFLEIDERER, Urchristentum ?, Berlin, 1902, 1, p. 402.
3. Avec Hozrzmann, Né. Th., I, p. 496; JüLICHER, Einl., p. 278 s. et bien d’autres.
fluence paulinienne les trois prophéties des souffrances (8, 31; 9, 31; 10, 32-34) où se trouve seulement affirmée la nécessité de ces souffrances mais où rien n indique l'interprétation particulière qu’en a donnée Paul.
De même, si l’idée de l'inintelligence du peuple, telle qu'elle est développée au chapitre 4 de Marc, à propos des paraboles, présente une incontestable affinité avec l’idée paulinienne de l’endurcissement providentiel d'Israël qui devient la cause de l'élection des païens (Rom., 11, 1-11)!, il ne faut pas, d’autre part, méconnaître que l’endurcissement d'Israël amène chez Marc le drame de la passion et chez Paul la prédication de l’Évangile aux païens. C’est assez pour rendre douteuse l'influence de Paul sur la théorie de la parabole chez Marc.
Par contre, sur. un point de doctrine fort important, le second évangile exprime des idées qui ne s'accordent pas avec celles de Paul. Il commence sa narration par un récit du baptême dont le sens est certainement celui d'une adoption de Jésus comme Fils de Dieu. Cette conception est inconciliable avec l’idée si impor-
1. Jüricuer, Gleichnissreden Jesu, I, p. 144; Hoztzmanx, Né. Th., 1, p. 496; PrLEitDERER, Urchrislentum, I, p. 402; von SE Das Inleresse, p. 144; Jon. Wetss, Aelf. Ev., p. 525.
tante pour Paul de la préexistence du Christ !.
Si aucune des idées dominantes du second évangile ne nous paraît ainsi avoir une origine paulinienne, 1l se peut que sur tel ou tel point de détail on reconnaisse l'influence du grand apôtre et même l'intention de faire l'apologie de son ministère. Tel nous paraît être notamment le cas de l'épisode de l’exorciste étranger (9, 38-39) ?. Il se peut aussi que des passages comme 7,27 el 13, 10 constituent des apologies de la mission parmi les païens dont Paul était le champion (Hocrzmann, ele ip.-406).
Au début de l’évangile, la formule « le temps est accompli » (7, 15) est l'écho de Gal., 4, 4° et ce qui suit: « croyez à l'Evangile », anachronisme dans la bouche de Jésus, est une formule pauli-
4. La portée de cette constatation n’est pas diminuée par le fait que Mc. 10, 45 parait impliquer l’idée de la préexistence.
2. Hrcéenrecn, Einl., p. 519; Jon. Weiss, Aell. Ev., p.258 s.; Lotsy, I, p. 95, I, p. 15. Par contre il nous semble excessif de reconnaître avec Loisy (11, p. 69) Paul dans l'enfant que Jésus propose en modèle à ses disciples (9, 36). Plus invraisemblable encore est l'explication donnée par VoLkmar (Marcus, p.502 s.) de l'épisode de Bartimée (10, 46-52) dont le nom signifierait « fils de l'impur » et qui personnifierait le paganisme qui implore en vain la miséricorde du judaïsme orgueilleux et n’est sauvé que par le Christ.
3. Hocrzmanx, Né. Th., I, p. 495 s.; PrLeinerer, Urchristentum, 1, p.339, 402; von Sonen, Das Interesse, p. 150; JüLicuer, Einl.,
nienne (Horrzmanx, Né. Th., I, p. 496). L'épisode de la transfiguration (9, 2-8) trahit incontestablement l'influence de la notion paulinienne de la gloire du Christt. L'opposition de la chair et de l'esprit (14, 38) est une idée fondamentale du pau- . linisme. Enfin Holtzmann? a fait remarquer que le terme « Abba » ne se rencontre que chez Marc (14, 36) et chez Paul (Rom., 8, 15. Gal., 4, 6).
On voit par ce qui précède que l'influence du paulinisme sur Marc ne peut être admise que dans une mesure assez limitée, pour expliquer non pas les idées fondamentales de l’évangile, mais seulement quelques détails.
Cette conclusion est confirmée par le fait que l'on ne constate pas une influence profonde du vocabulaire de Paul sur celui de Marc. Il y a bien quelques termes caractéristiques qui se rencontrent chez Marc et chez Paul (divaute, ebayyéniev, vorhpiov, xnpusoety, etc.). On n’est cependant pas en droit de conclure à l'emprunt car, d’une part, un certain nombre de mots spécifiquement pauliniens manquent chez Marc (ayarav, Giraocivn, dixauov,
1. Maurice GoGuer, Noles d'Histoire évangélique III. Esquisse d'une interprétation du récit de la trénsfiguration, R. H. R;, t. LXXI (4920), p. 154 s.
2. N{. Th., I, p. 496. HozrzManx (loc. cil.) met aussi en relation l'idée de.la déchirure du voile du Temple (15, 38) et l'idée paulinienne de l’accès des Chrétiens auprès de Dieu (Rom., 5, 2). Ceci nous parait un peu subtil.
CN EEE POESIE. EVER EU D ES VAR AL HTC û :
Are, navyaoda, curnpix, etc.), et, d'autre part, Paul n’emploie jamais le terme de Fils de l'Homme
qui joue un rôle si important dans Marc. On doit
donc conclure avec Jülicher qu'on ne trouve pas chez Marc plus qu’un léger écho de la langue paulinienne !.