‹ Introduction au Noveau Testament (volume 2)Chapitre 28 sur 127 · Ce qui pourrait faire penser que c'est à ce moment-là que · texte numérisé non relu

Ce qui pourrait faire penser que c'est à ce moment-là que

Marc quitta Paul pour suivre Pierre.

donnée l'existence d'une relation de Pierre avec Marc, est des plus naturelles; elle est d’autre part confirmée par le fait qu'un certain nombre de récits de l’évangile de Marc paraissent bien venir de Pierre. Il nous semble donc. que si le témoignage du presbytre n'apporte pas de renseignements directs sur l’activité littéraire de Marc, il s’est pour le moins constitué autour d’un fait réel, à savoir la transmission de la tradition évangélique de Pierre à Marc. Sa genèse, comme le remarque Loisy (1, p. 27), s'explique beaucoup plus aisément ainsi.

Le commentaire dont Papias accompagne le témoignage du presbytre a une pointe apologétique non déguisée, il s’agit de montrer que le récit de Marc, bien que n'émanant pas d’un compagnon de Jésus, a cependant la valeur d'un témoignage apostolique. Accessoirement Papias veut établir qu’on ne saurait opposer à l'autorité de l’évangile de Marc des défauts que, sans doute, quelques-uns lui reprochaient et qui sont certaines lacunes et l'absence d’une +éi c’est-à-dire d'une disposition et d’un ordre satisfaisants. Le premier défaut pouvait être reproché à Marc par comparaison, soit avec la tradition orale plus abondante, soit avec des évangiles, à certains égards, plus riches comme ceux de Matthieu, de Luc ou de Jean.

L'absence d'une +41: ne saurait être reprochée à l’évangile de Marc pris en lui-même,, car on y

discerne aisément un plan très net. L’évangile de Mare ne peut être qualifié d’évangile sans ordre que si on le compare à un évangile d’un type différent, dans lequel il serait séduisant de reconnaître celui de Jean!. [Il semble que les défauts qui étaient reprochés à l'évangile de Marc et que Papias entend expliquer par les conditions dans lesquelles cet évangile avait été composé, l’aient été par comparaison avec un type d'évangile qui dominait dans la région où vivait Papias?. /

Ce qu'il faut retenir du témoignage, c’est l’idée d’une certaine relation de la catéchèse de Pierre avec notre second évangile. Comme nous essayerons de le montrer, on pourrait supposer que de la catéchèse de l’apôtre dérive plus ou moins directement une des sources qui ont été utilisées pour la composition du second évangile à.

1. Contrairement à l'opinion de AgBort (art. Gospels, E. B., II, col. 1813. 1817) et de divers autres critiques, nous croyons que Papias a connu le quatrième évangile. Nous reviendrons sur cette question dans notre prochain volume.

2, Cette préoccupation de Papias de défendre un évangile écrit montre qu'il ne faut pas exagérer la portée de la prédilection qu'il affiche pour la tradition orale.

3. Il serait vain de préciser l'interprétation du fragment au point d’en extraire une indication sur la date de composition de l'évangile, bien qu’il paraïisse naturel d'admettre, avec Ab. Link, (Die Dolmetscher des Petrus, SE. u. Kr., 1896, p. 405 s.) que Marc — si toutefois c'est lui qui composa l’évangile — écrivit de sa propre initiative et non sur l'ordre de l’apôtre et, sans doute

après la mort de celui-ci.

Le témoignage de Papias sur l’évangile de Matthieu est ainsi conçu : Marhaiss uèv oùv ‘Eépaiè BuakéxTe 5x Adyix ouvetdEaro, Fpuhveucey d abra à Àv Juvards 425105. « Matthieu réunit les sentences [du Seigneur] en langue hébraïque et chacun les traduisit comme il put ».

Dequiémaneletémoignageainsirapporté? Vientil, comme une partie au moins de celui qui est relatif à Marc, du presbytre ou bien Papias parle-t-il en son propre nom ? À cause du parallélisme des deux notices, quelques auteurs leur attribuent la même origine !. Mais si ce parallélisme, que contredit d’ailleurs la différence de développement des deux morceaux, existe dans le texte de l'Histoire ecclésiastique, rien ne prouve qu’il se soit trouvé aussi chez Papias et que le rapprochement des deux notices n’ait pas été fait par Eusèbe. Zahn (G. K., I, p. 889) fait justement observer qu'Eusèbe, qui attache tant de prix à recueillir les témoignages anciens, n'aurait pas manqué de menüonner ici le presbytre Jean s’il avait pu le faire. C'est donc au témoignage de Papias, non à celui de Jean que nous avons affaire ?. La différence n'a d’ailleurs peut-être pas toute la portée qu'il

1. HocrzManN, S. E., p.249; WetrrensacH, Die Fragmente, p. 12; Jücicaer, Einl., p. 259.

2. ZaAuN, Einl. Il, p. 254; Jacourer, Le N. T. ds. l'Egl. chr., I, Dr192

, semble au premier abord, car même si Papias parle en son propre nom, il peut rapporter des données traditionnelles. lei encore c'est l'étude intrinsèque du témoignage qui seule peut en déterminer la valeur.

Cette valeur serait nulle si, comme le pense Rendel Harris, l'œuvre de Matthieu avait été un recueil de passages prophétiques de l'Ancien Testament {voir p. 118 n. 1). Elle ne serait guère plus considérables’ilfallait,commele pense Schmidtke!, expliquer le témoignage de Papias par une confusion relative à l’évangile araméen des judéo-chrétiens qui n'aurait été en réalité qu’une traduction plus ou moins libre du Matthieu canonique. Rien n'autorise à penser que cette traduction ait pu être connue en Phrygie, loin de son lieu d’origine, dès l'époque de Papias, c'est-à-dire à un moment qui ne pourrait être que .de très peu postérieur à celui où elle futfaite. En outre Papias — puisque ce serait lui qui, dans cette hypothèse, serait l’auteur de la notice — aurait certainement connu l’évangile canonique,

1. Neue Untersuchungen zu den judenchristlichen Evangelien, Leipzig, 19141 (T. U. XXX VIT, 1), p. #s. ArxouD Mexer (dans Hex- NECKE, Neut. Ap., p. 18 s.) penche vers cette hypothèse ; il fait remarquer que, d’après Eusise (h. e., [II, 39,17), Papias, commentait l'histoire de la femme adultère «. ue renferme l'évangile des

Hébreux ».

et l'on ne voit pas bien comment il aurait pu le considérer comme une traduction improvisée !. Ici encore, il convient de soigneusement distinguer deux questions : Quelétait le document dont Papias entendait expliquer l’origine dans le fragment qui nous occupe? et à quel document se rapportaient les traditions qu'il a utilisées pour cela ? Il n’est nullement évident que la même réponse doive être aite à ces deux questions. La plupart des critiques pensent que Papias aentendu parler de l’évangile canonique de Matthieu, soit sous sa forme grecque ?, soit sous une forme araméenneÿ. Quelques-uns cependant estiment que Papias n’a encore que le recueil de discours de Jésus‘ lequel aurait, d’après quelques-uns, comporté aussi quelques éléments narratifs. Deux rai-

1. Witricnen (Jahrb.f. d. Th., 1866,p. 432 s.) et WerTzeL (Diesyn. Ev.,p.63 s.) n'attribuent aucune valeur au témoignage de Papias.

2. B. Weiss, Die Erzählungsstücke des apostolischen Matthäus, Jahrb. f. d. Th.,1865, p. 319 s.; Keim, Gesch. Jesu von Nazara, I, p. 56s.; Hozrzmann, Einl., p.317; Zanx, Eini., II, p. 255: Jücicaer, Einl., p. 259; Lorsx, I, p, ‘28. TO après avoir hésité (Histoire, IT. p.14 s.,), paraît se rapprocher de cette pypeese (Le N.T. ds. l'Égl. chr.; 1, p.93 s.)

3: HicGenrsLo, Einl., p. 54 s., 456 s. (Le Matthieu de Papias serait Déteele des Hétielne

4. SCHLEIERMACHER, SÛ. u. Kr., 1839, p. 136 s., HozrTzmann, S. E., P- 252; Werzsecker, Unlers., p. 196; SchenNkeLz, Charakterbild Jesu, p. 353 ; ScnoLren, Das aelteste Evangeliumi, trad. Repr- PENNING , Elberfeld, 1869, p. 50, 240s., WeiFFENBACH, Die Fragmente p. 101; Same pr 52,

sons nous paraissent militer en faveur de la première de ces interprétations. C’est d'abord que si Papias avait parlé d’un recueil de discours, cela aurait été indiqué dans le contexte, et Eusèbe n'aurait pas manqué de relever un détail aussi intéressant. C’est en outre que nous n’avons aucun indice positif établissant l'existence d'un recueil de paroles de Jésus au n° siècle et que le recueil primitif dut bientôt disparaître après que son incorporation dans les évangiles de Matthieu et de Luc l’eut rendu inutile. Les quelques recueils de paroles de Jésus retrouvés dans des papyrus apparaissent nettement comme secondaires par rapport aux évangiles canoniques et comme étant à leur égard non pas une source, mais des extraits. Sous sa forme primitive la tradition utilisée par Papias se rapportait-elle aussi à l’évangile canonique de Matthieu? Zahn (G. X., 1, p. 8895.) répond affirmativement à cette LR en entendant que le terme de Acyi visait la tradition évangélique dans son ensemble (paroles et récits). On ne comprendrait pas, s’il en était ainsi, pourquoi, dans la notice sur Marc, Papias désigne la tradition évangélique par deux termes ñ ÀsyBévrx à roaæylévsz, « ce que Jésus a dit et ce qu'il a fait». Il est vrai que, dans la suite de la notice, Papias désigne l'évangile de Mare comme un recueil des paroles du Seigneur (civraËts y rupanüy Acyiwv),

mais cette expression n’est pas isolée, elle est expliquée par son contexte. Une autre raison très sérieuse s'oppose à ce que la tradition se soit rapportée à l’évangile de Matthieu tel que nous le possédons c'est ce qui est dit de traductions en grec de l’œuvre araméenne de Matthieu. Le premier évangile actuel peut avoir eu une ou plusieurs sources araméennes, mais il ne peut avoir été écrit qu'en grec, puisque nous n'y relevons aucun indice qui permettrait d'y voir une traduction. Il est encore plus impossible d'admettre qu'il soit la traduction occasionnelle et toute improvisée d’un original araméen. Zahn (G. X., 1, p. 893 s.) a essayé d'échapper à cette objection en supposant que Papias avait entendu parler seulement des traductions orales du Matthieu araméen et quil .na rien dit des conditions dans lesquelles s'est formé le Matthieu grec. Celui-ci ne serait pas une simple reproduction de l’évangile araméen, mais une œuvre nouvelle dont l'évangile araméen serait la source principale. Dans le milieu pour lequel a écrit Papias, on n'avait pas besoin de renseignements sur l’origine du Matthieu grec ; on la connaissait parfaitement.

Cette ingénieuse explication n'est pas admissible ; ayant commencé à raconter la formation de l’évangile de Matthieu, Papias n'avait aucune

raison d'interrompre son récit, avant de l'avoir poursuivi jusqu'à l'établissement du texte que lisaient ses contemporains. Il faut conclure de cette remarque qu'’originairement le témoignage recueilli par Papias ne se rapportait pas à notre premier évangile, mais à un autre document. Ceci étant, il n'y a aucune raison d’admettre que les Logia aient été autre chose qu'un recueil des discours. Au moment où la tradition s'est formée il existait, en araméen, une collection de discours de Jésus, dont on attribuait la. rédaction à Matthieu, nous ne pouvons juger sur quels indices. Il n’en existait pas de traduction grecque et on se bornait à la transposer oralement à La façon des Targums (Jacouier, Le N. T. ds. l'Égl. chr., 1, p. 96).

S'il arrive parfois, comme l’a remarqué Weiffenbach (Die Fragmente, p. 1), que les interprètes fassent dire à Papias ce que réclament leurs théories sur la composition des évangiles synoptiques, il est cependant excessif de dire, avec Zahn!, que si la critique croit devoir admettre l’existence d’une source de discours, c'est par des critères internes qu’elle doit l’établir sans se faire une béquille du témoignage de Papias.

41. G. K., I, p. 892. Loisy (1, p. 28) formule sur ce point une opinion qui se rapproche de celle de Zahn.

La conclusion à laquelle nous aboutissons est donc que l'analyse du témoignage de Papias permet de reconnaître derrière nos deux premiers évangiles deux sources plus anciennes dont la rédaction est attribuée respectivement à Marc et à Matthieu. La première reproduisait des récits. de Pierre, la seconde était une collection de paroles de Jésus.

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