Jon. Weiss, Aelf. Ev., p.29 s.; WELLHAUSEN, Einl., nA
celui qui l'a composé n’a pas eu en vue un intérêt biographique ou historique mais un intérêt missionnaire. Son livre doit servir à prêcher la foi chrétienne. S'il l'a appelé « Évangile » c'est parce qu'il était, à ses propres yeux, un exposé de la prédication apostolique. « Évangile de Jésus-Christ » dans Marc, 1,1 ne signifie pas .Évangile prêché par Jésus-Christ mais Évangile dont le contenu et l’objet essentiel c'est Jésus-Christ; aussi la physionomie propre du récit, son individualité, si on peut ainsi parler, importe peu. La notion centrale. c'est la doctrine du salut, l'auteur de l'évangile n’en est que l'interprète. D'où l'objectivité avec laquelle les œuvres de ce type sont intitulées d’une manière absolue « l'évangile » etla modestie avec laquelle: les auteurs présumés sont indiqués parun simple xarz?. Ce n’est que très postérieurement à la composition des évangiles que le mot a pris le sens, qui a prévalu par la suite, de livre qui relate la vie de Jésus.
La conclusion à laquelle nous avons abouti con-
4. HozrzmanN, B. C., I, 1, p. 111; WEtLHAUSEN, Mc., p. 3'; Jon. Weiss, Schr., I, 1, p. 13 ; E. KLOSTERMANN, Mc., p. 4 ; LAGRANGE, Mc., p. 3. Loisy (I, p. 390) admet quici évangile pourrait avoir le sens de relation.
2, On peut rappeler aussi que Marcion intitulait son évangile simplement sdayyéiov. Voir là-dessus Zanx, G. K., I, p. 619 et les textes qu'il cite n.2. et Harxack, Marcion, das Evangelium vom fremden Gott, Leipzig, 1921, p. 165*, n. 3.
cernant le caractère apostolique de la notion primitive de l'Évangile se heurterait à une grave objection, s'il était établi que Jésus lui-même s'était servi de ce terme. Il convient donc d'examiner l'emploi de ce mot dans les évangiles de Matthieu et de Marc !.
IL faut d’abord écarter les passages où « Évangile » n’est pas dans la bouche de Jésus, mais est le terme dont le narrateur se sert pour désigner l’enseignement ou la prédication de Jésus; il est évident, en effet, que dans ces passages il n’y a qu'un reflet de la conception apostolique du mot et que le sens est « prédication du salut ». C'est dans cette acception que le mot est pris dans Mc., 1, 1. 14. Mt., 4, 23; 9, 357. 11 faut éliminer aussi trois passages de Marc où le mot Évangile est bien placé dans la bouche de Jésus mais, à cause de son absence dans les parallèles, doit être mis au compte du rédacteur. Ce sont Mc., 1, 15 (cf.
Mit., 4, 17)°; 8, 35 (cf. Mt., 16, 85. Le, 9, 24); 10, 29 (ct. Mt. 19, 29. Le., 18, 29).
1. On ne le rencontre pas dans l'évangile de Luc non plus que dans les écrits johanniques.
2. Les trois derniers passages cités ont un parallèle dans Matthieu, mais le mot «Évangile » ne s’y trouve pas.
3. À propos de ce texte, Jon. Weiss (Aelt. Ev., p. 31) fait observer que la prédication fondamentale « Le Royaume de Dieu est proche » serait affaiblie et comme émoussée si elle était accompagnée d'une exhortation à croire à l'Évangile.
Il ne reste que deux textes dans lesquels le mot « Evangile » est mis dans la bouche de Jésus à la fois par Marc et par Matthieu, Luc n’ayant pas de parallèle aux morceaux où ils se trouvent. L'un se rencontre dans le grand discours eschatologique. « Il faut que cet Évangile soit d’abord prêché à toutes les nations » (Mc., 13, 10.cf. Mt., 24, 14), l’autre dans le récit de l’onction de Béthanie. « Partout où cet Évangile sera prêché » (Mc., 14, 9. cf. Mt., 26, 13). Il est déjà frappant que dans ces deux passages l’« Évangile » ne désigne pas la prédication de Jésus, mais la prédication future des apôtres. Nous rejoignons par là la conception apostolique, en sorte que si l’expression venait de Jésus elle ne ferait que confirmer l'interprétation que nous avons donnée. Mais vient-elle réellement de lui? Cela est douteux. Pour le premier des deux passages considérés, on doit, pour le moins, admettre qu’en rédigeant la parole de Jésus les évangélistes se sont servis du terme qui, de leur temps, désignait la prédication chrétienne. Quant au second, il y a de fortes raisons de penser que l’épisode dans lequel il figure, ne fait pas partie de la couche La plus primitive de la tradition évangélique et que, dans la solennelle déclaration que l'épisode de l’onction fait partie de l’évangile, il y a une réminiscence de l’époque où il n’y figurait pas encore . (Maurice Gocvez, Mc., p. 255).