‹ Introduction au Noveau Testament (volume 2)Chapitre 70 sur 127 · IV. — Les accorps DE Marrnieu Er DE Luc · texte numérisé non relu

IV. — Les accorps DE Marrnieu Er DE Luc

CONTRE Marc !

Les faits qui ont été passés en revue dans le paragraphe précédent constituent, nous semblet-il, une série d'arguments favorables à la priorité du récit de Marc par rapport aux relations parallèles. Mais, avant de conclure d’une manière formelle, il convient encore d'examiner certains faits qui, au premier abord, paraissent comporter une interprétation différente. Il s’agit des cas où un accord entre les textes de Matthieu et de Luc contre celui de Marc pourrait faire penser que ce n'est pas Marc qui a conservé la forme primitive du texte. Ces accords de Matthieu avec Luc contre Marc sont de deux ordres. Il y a ceux que l'on pourrait appeler positifs : Matthieu et Luc ont un récit ou une parole sous la même forme, tandis que Marc a seul une forme différente. Il y a, d'autre part, les accords que l’on pourrait appeler négatifs. Le récit de Marc contient un trait particulier, un détail caractéristique qui n’est reproduit

1. En. Simows, Hat der dritte Evangelist den kanonischen Matthäus benutzt? Bonn, 1880; Wennze, S. F., p. 45 s.; Hawxixs, p.1728.; P. W. Scamrenez, art. Gospels, E. B., II, col. 1848, 1851 S.; STANTON, 11, p. 139 s. 207 s.; W. Saxpay, Conditions under which gospels were written, Studies, p. 195.

ni par Matthieu ni par Luc. Il convient d’envisager simultanément ces deux séries de faits.

On peut, a priori, concevoir diverses explications comme possibles. (1) Matthieu et Luc, dans les passages considérés, utilisent, conjointement avec Marc, une autre source, et c'est d'après cette source qu'ils corrigent dans le même sens le texte de Marc. (Il) Matthieu et Luc reproduisent non pas l’évangile de Marc tel que nous le lisons, mais sa source. C’est en somme l'hypothèse du proto-Marc. Elle peut être présentée sous des formes sensiblement différentes depuis (a) la théorie du proto-Mare, œuvre réellement différente du Marc actuel, jusqu'à {b) celle de simples retouches rédactionnelles de caractère secondaire ou (c) de simples altérations dues à la négligence de copistes. (III) On pourrait aussi supposer que le rédacteur du troisième évangile a subi l'influence de l’œuvre de Matthieu ou réciproquement que Luc a influencé dans une certaine mesure la rédaction de Matthieu. (IV) Enfin on pourrait imaginer que Matthieu et Luc ont, indépendamment l’un de l’autre, mais dans le même sens, corrigé le texte de Marc. Il n’est nullement nécessaire d'admettre que tous les faits qui nous occupent doivent être expliqués de la même manière.

Avant d'aborder la discussion du problème, il

convient d'indiquer quelle est l'importance des faits étudiés. Les accords positifs de Matthieu et de Luc contre Marc sont au nombre d’une centaine, répartis dans une cinquantaine de péricopes. Ils sont, en général, d'une portée assez restreinte. Ce ne sont le plus souvent que des nuances de style. Ils s’accompagnent d'accords de Matthieu et de Luc avec Marc ou de désaccords entre Matthieu et Luc, beaucoup pius importants que leurs accords. Souvent on peut relever, dans les péricopes où on les trouve, des indices très nets de la dépendance de Matthieu et de Luc par rapport à Marc.

Quant aux accords que nous avons appelés négatifs, c'est-à-dire aux omissions simultanées par Matthieu et par Luc de traits qui se trouvent dans le récit de Marc, on en compte une cinquantaine dans unetrentaine de péricopes. Il convient d’ajouter à ce nombre environ vingt cas, dans une quinzaine de péricopes, qui ne se trouvent quechezMare et Matthieu et dans lesquels Mare a un détail ouuntrait particulier qui n’a pas été reproduit par Matthieu. Dans les péricopes (beaucoup moins nombreuses), qui ne.se trouvent que chez Mare et Luc, il n’y a que trois cas où Luc ne reproduise pas un détail quise trouve chez Marc! Mais, d'autre

1. Il va sans dire que ces deux dernières séries de faits ont beaucoup moins d'importance que ceux qui précèdent.

part, il faut noter les cas (19 dans 14 péricopes), où Luc reproduit un détail de Marc omis par Matthieu et ceux (à peu près aussi nombreux, 20. dans 17 péricopes) où Matthieu reproduit un détail de Marc omis par Luc. Ces faits montrent que le premier et le troisième évangéliste ne se sont pas astreints à une fidèle reproduction de Marc. Les faits que nous venons de noter nous permettent déjà, dans une certaine mesure, de prendre position à l'égard des diverses explications dont nous avons indiqué plus haut la possibilité théorique. Deux d’entre elles paraissent appeler dès l’abord de sérieuses réserves. C'est, en premier lieu, l'hypothèse du proto-Marc. Il faudrait concevoir ce document comme ne différant de l'évangile actuel que sur des points tellement secondaires que l’on ne pourrait y voir une œuvre vraiment indépendante. Tout au plus pourrait-on admettre que l’évangile de Mare a pu être l’objet, après son utilisation par Matthieu et par Luc, de retouches d'importance secondaire, mais non d’une rédaction nouvelle, encore moins d’une véritable refonte. 11 semble de même y avoir une réelle disproportion entre l'hypothèse d’une relation directe des évangiles de Matthieu et de Luc entre eux et l'importance des faits à expliquer. Peut-on concevoir que Luc utilisant accessoirement l’évangile de Matthieu, se

soit inspiré de lui pour faire subir à quelques morceaux qu'il empruntait à Marc des retouches sans grande portée et n’ait en rien subi l'influence de tout ce qu'il contient de vraiment caractéristique, soit dans ses éléments constitutifs, soit dans leur disposition 1?

Ceci dit, nous pouvons aborder le classement et l'appréciation des faits qui sont à expliquer. On peut les répartir en six groupes AE importance.

I. Nous mettrons dans le premier les cas où l'accord de Matthieu avec Luc contre Mare n'est qu'apparent et s’évanouit dès qu'on essaye de le serrer de près. Ainsi Marc(3,7)dit : red xAñôcs... #2h0%0no2v. Matthieu (4, 25) et Luc (6, 17) introduisent ici les mots ëyXos moAd<, mais Luce les a au singulier et Matthieu au pluriel. Chez Luc seul, il est dit que ceux qui accompagnent Jésus sont des disciples ; enfin Marc et Matthieu ont en commun le mot #xox050mca?. C'est aussi un accord apparent du premier et du troisième évangiles contre le second que constitue le fait que Marc (1, 13) mentionne seul les bêtes sauvages dans le récit de la tentation. En réalité Matthieu et Luce

1. Les mêmes objections seraient à faire à l'hypothèse d'une influence accessoire de Luc sur Matthieu.

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