‹ Introduction au Noveau Testament (volume 2)Chapitre 72 sur 127 · Voir encore Mc · texte numérisé non relu

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Dans divers passages, on peut reconnaître une obscurité ou une incohérence que Matthieu et Luc - ont pu, indépendamment l’un de l’autre, s’efforcer de faire disparaître, par exemple, la parole sur le «sabbat fait pour l’homme » (2, 27), qui ne paraissait pas une justification de l'attitude du Fils de l'Homme, ce terme étant pris dans son sens messianique. De même, à la fin de l'épisode de la guérison de l’homme à la main sèche, Marc dit que les pharisiens tiennent conseil avec les Hérodiens pour faire mourir Jésus (3, 6). Matthieu et Luc ont fait disparaître la mention des Hérodiens, sans doute parce qu'il ne sera plus question d'eux et qu'il y a là un trait qui ne joue aucun rôle dans le récit. On peut en dire autant de la mention de la barque dans 3, 9, détail qui sera repris et utilisé dans l’introduction de l’enseignement en paraboles. Dans la péricope sur le danger des richesses, Matthieu et Luc n'ont pas reproduit l'annonce de persécutions (Mc., 10, 30) qu’ils ont dàù juger contredire la promesse de compensations dans cette vie.

Il arrive fréquemment que le récit de Marc contient des traits dont la suppression ne fait que simplifier le récit et qui sont trop insignifiants pour qu'on puisse y voir des développements secondaires de la tradition. Le fait que très fréquemment des simplifications de cet ordre

ne se trouvent que chez Matthieu! ou que chez Luc? constitue une confirmation de notre interprétation. Citons seulement quelques exemples de ces simplifications simultanément faites par Matthieu et par Luc. Dans le récit de la guérison de la belle-mère de Pierre, Marc seul dit que Jésus fait lever la malade (7, 31). Dans le récit de la tempête, il est seul à rapporter que Jésus dort « à la proue sur le coussin » (4, 38). Seul il dit que les soins des médecins n'avaient fait qu'empirer l’état de la femme à la perte de sang (5, 26). Seul il dit que l’homme riche accourt et se prosterne aux pieds de Jésus (70, 17). Dans le récit du reniement, il dit seul que Pierre se chauffe (14, 54) et seul il parle de deux chants du coq (14, 72)3.

4. Me, 3,38; 4, 1.5; 5, 93.98; 6, 14. 35; 8, 32. 33. 81; 9, 28. 42; 10, 16. 26. 97 ; 11, 15; 12, 1. 11; 14, 2.

2. Me., 1, 44.45; 2,7;3, 8; 4, 40. 41 ; 5, 1. 20. 99. 30.38, 35. 87} 6,15. 16; 8. 38 ; 9, 32. 37 ; 10,.20. 30. 52; 11, 5. 6. 18.

3. Voir encore 4,29. 33; 2,2.16. 19 ; 3,31 ; 4, 5; à, 8. 6. 82. 34. 38 8.: 8, 14: 9, 3. 14 5. ; 10, 93. 94. 46 s. 11, 4:13, 8 ; 14, 44. Simplifications analogues de Matthieu dans des passages sans parallèles chez Luc. Voir Mc., 1, 20; 6,17. 29. 56; 7, 24. 30; 8,7; 9, 12; 10,38. 89 ; 14, 3. 5.7. 13. 15. 40. 41; 15, 8. Le cas de 12, 32-54 est un peu particulier. Marc rapporte l'approbation donnée par le scribe à la déclaration de Jésus. C’est probablement une trace de la forme première de la tradition dans laquelle, comme c’est le cas chez Luc (/0, 25-28), la déclaration était mise dans la bouche du scribe (cf. Maurice GoGuEL, Mc., p. 224 s.). Marc serait donc ici plus ancien que Matthieu

Dans les trois groupes qui viennent d'être in- * diqués il n'y a donc pas lieu, à notre avis, de mettre en doute la priorité du texte de Marc tel que nous le lisons par rapport à ceux de Matthieu et de Luc. Il n’est pas certain qu'il en soit de même pour ceux que nous avons maintenant à examiner.

IV. Ilse peut que dans quelques cas, peu nombreux il est vrai, la déviation de Mare par rapport à l'accord de Matthieu et de Luc ne provienne que d’une altération du texte de Marc. On peut se demander, par exemple, si, dans Marc, 8, 81, ilne faudrait pas corriger ür> rüv rpecévréour en &r>, ce qui est la leçon de Matthieu (76, 21) et de Luc (9, 22.). De même, il se pourrait bien qu'on doive a priori se défier des lecons harmonisantes, qu'il faille dans Mc., 10, 28, écarter la leçon #zxohovrxausv, qui est celle de BCDW en faveur de xoxcvbicausy de ANA, ce qui réaliserait l'accord avec Mt., 19, 27, et Le., 18, 281.

V. Dans un certain nombre de cas, la comparaison du texte de Marc avec ceux de Matthieu et de Luc donne nettement l'impression que la priorité n'est pas du côté de Mare, mais il s’agit de détails de si minime importance et qui sont en

1. I est théoriquement possible qu'une explication de ce genre

convienne pour tel ou tel autre des cas que noùs avons rangés dans une autre catégorie,

si petit nombre que l'hypothèse d’une source différente de Marc pour Matthieu et pour Luc serait hors de proportion avec les faits qui sont à expliquer et qu'il faut plutôt penser à des gloses ou à de légères retouches du texte de Marc. Par exemple, Matthieu (79, 24) et Luc (18, 25) disent «entrer (2ios0eiv) par le trou d’une aiguille ». Marc (10, 25) emploie le terme de «traverser » (3::10eùv). Dans le récit de l'entrée triomphale à Jérusalem, Matthieu (27, 8) et Luc (19, 36) disent qu'on jette des rameaux ou des vêtements « sur la route » (y +5 556), Marc (11, 8) a, plus correctement, eis rnv 62v. Pour la réponse de Jésus au grand-prèêtre, Matthieu (26, 64) et Luc (22, 69) ont « À partir de maintenant, vous verrez le Fils de l'Homme assis à la droite de la puissance divine ». Marc (14, 62), a simplement : « Vous verrez »,ce qui est sans doute une atténuation de ce qui a pu paraitre, à la longue, une prophétie relative à un avenir trop prochain.

Il faut sans doute juger de la même manière quelques éléments du récit de Marc sans équivalent chez Matthieu et Luc, par exemple, la prophétie de Malachie, 3, 1 (1, 2), le terme d'Évangile dans la première prédication de Jésus (1, 14), l'explication : « c'était parce qu'ils avaient dit : «il a un esprit impur » à la fin de la péricope de Beelzébul (3, 30) et, dans la parole sur la des-

truction du Temple, l'opposition «-fait, non fait de main d'homme » (74, 58) !.

VI. Un dernier groupe est formé par un ensemble de cas où la priorité est manifestement du côté de Matthieu et de Luc et où le texte de Marc ne saurait être regardé comme la corruption ou la correction d’un texte primitif semblable à ceux de Matthieu et de Luc. Nous croyons que, sur ces points, le texte de Marc dépend des Logia qui ont été plus fidèlement et plus complètement reproduits dans le premier et dans le troisième évangiles. Nous nous bornons à indiquer cette opinion sur laquelle nous aurons à revenir. Notons seulement ici quelques-uns des cas auxquels nous faisons allusion. Dans Marc, 1, 2, la citation est placée avant la mention de Jean-Baptiste, tandis qu’elle l’est après, ce qui est plus naturel, chez Matthieu et chez Luc. Dans la prophétie du baptême messianique, il n'est pas question de feu chez Marc (1, 8) et il n’y a pas trace de la parole sur l'aire et le van qui en est en quelque sorte le commentaire chez Matthieu et chez Luc?. L'étude de certains passages de Marc

1. Ce dernier texte est sans parallèle direct dans Luc. 11 faut indiquer ici qu’il est, au moins théoriquement, possible que, dans certains des cas énumérés plus haut (p. 204 n. 4 à la fin), il y ait non pas correction stylistique simultanée par Matthieu et par Luc, mais retouche secondaire par un copiste de Marc.

2. Voy.encore Mc., 1,5 ; 2, 21;3,93. 24. 29;4,31.82:6,7.41 ;19,38.

À He pe: (2, . nous Pat dattes __ fournir des raisons décisives d'admettre la dépe dance de Marc par rapport aux Logia.

Mais ce fait ne contredit pas la priorité de Mare, de puisque c'est non par rapport à Matthieu et à Luc, mais par rapport à leur source que nous sommes, ; sur quelques points, amené à admettre le caractère secondaire de Marc. es - Notre conclusion générale n’est donc pas | ébranlée par les accords de Matthieu avec Luc c: que nous avons étudiés. Dans la plupart des c ne ; ils laissent subsister intégralement la priorité de Marc; dans quelques-uns seulement ils re.

… sent à admettre que son texte a pu subir cer-. taines retouches secondaires.

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