Cf. Ignace, Philad., 5, 1.2; 9, 2: Sm
de la « foi aux Évangiles, cdayyehlwy tions ». C'est ce sens, qui se trouve aussi dans un passage de l'épitre d'Ignace aux chrétiens de Philadelphie t.
Chez les Apologètes, letermed'Évangileneserencontre que chez Justin Martyr. Dans deux passages il est incontestablement question de l’évangiledocument. « Il est écrit dans l’évangile », lit-on dans le dialogue contre Tryphon (700,1), comme
1 Voici ce passage (8, 2). « J'ai entendu des gens qui disaient Eky un èv coïc dpyelouc edpuw Èv © edayyehlw où moredw (Certains manuscrits, au lieu de dpyetou, lisent ëv roïs apyaiots Sans qu'il soit possible de décider laquelle de ces lecons est la plus autorisée. C'est ce texte qu'adopte Harxack (Evangelium dans Entstehung und Entwichelung der Kirchenverfassung, p. 230); et comme je leur répondais : « Cela est écrit », ils me disaient; « C'est en question ». «Mes documents à moi, c’est Jésus-Christ, mes documents irréfutables c'est sa croix, c'est sa résurrection, etc. ». Si l'on admet la lecon &pyetou, le membre de phrase considéré peut être traduit de deux facons : ou bien en faisant des ëy r@ edwyyehiw une apposition à èv vois dpyeiou, Ou bien en rapportant ce mot à où morevw. Dans le premier cas, il faut traduire : « Si je ne le trouve pas dans les documents, c’est-à-dire dans l’évangile, je ne le crois pas»; dans le second cas, il faut entendre : « Si je ne le trouve pas dans les documents {dans ce cas.
il s'agirait de l'Ancien Testament), je ne le crois pas sur la foi de l'évangile » ce second sens s'impose sionadopte la leçon gpyaæouc. (Voir là-dessus G. KrküGer dans E. HENNECKE, Handb., p.198 s). La première interprétation se heurte à la difficulté qu'il y a à ce que l’apposition soit séparée du terme auquel elle se rapporte par un verbe, la seconde à ce que l'interprétation ëy r& edayyellw, sur la foi de l’'évangile,n’est pas fort naturelle. En tout cas — et c'est ce qui nous intéresse — dans ce texte nous trouvons le terme « évangile » avec le sens de document sur la vie de
Jésus.
introduction à une citation de Mt., 11, 27. « Les ‘Apôtres, dit Justin dans l’Apologie (66, 3), dans leurs souvenirs ! que l’on appelle évangiles ». Le sens du terme dans ces deux passages rend vraisemblable l'interprétation d’après laquelle il serait aussi question d’un document dans Dial., 10, 2. « Les préceptes qui sont dans ce qu’on appelle l'évangile. » On ne peut toutefois éliminer complètement dans ce dernier passage la possibilité de l'interprétation qui verrait ici dans l'Evangile l'équivalent du Christianisme.
Après les Apologètes, dans la période qui commence dans la deuxième moitié du n° siècle, le sens de document-récit, s’il n’est pas le sens exclusif du terme d’évangile, en devient cependant un des sens courants. L'évolution s’est achevée, en grande partie sans doute, sous l’influence exercée par les évangiles canoniques.
4. Le terme de ärouynuoveïuara est celui que Justin emploie couramment pour désigner les évangiles. Le choix de ce mot lui est dicté sans doute par le désir d'employer un terme que puissent comprendre des lecteurs non chrétiens ; mais cela n'implique pas que Justin ait entendu établir ou qu'il existe une relation organique, au point de vue de la forme littéraire entre les évangiles et la littérature grecque d’arouvauoveiuwaza. Sur la relation entre les deux, voir J, Wauiss, Aelt. Ev., p.11 s.; La GRANGE, MC., P. GxIII s.
V. — L'INTÉRÊT DES PREMIÈRES GÉNÉRATIONS CHRÉTIENNES POUR LA TRADITION ÉVANGÉLIQUE
Il résulte de ce que nous avons vu sur le sens du terme évangile que ce n’est pas dans un intérêt d'ordre historique ou narratif qu’on a, à l’origine, recueilli, conservé et transmis les traditions relatives à la vie et à l’enseignement de Jésus !. La pensée des premiers chrétiens était tournée d'une manière,sinonexclusive, du moins dominante vers l'avenir. Ils attendaient le retour du Christ qui devait venir régner sur la terre et ainsi achever son œuvre. Toute préoccupation d'organisation . était donc étrangère à leur esprit. Dans la mesure où l’on avait besoin d’une autorité, on en trouvait une dans l'Ancien Testament, et aussi dans le sentiment qu’on avait d'être inspiré et dirigé par l’'Esprit?. Cependant il était impossible que ceux qui avaient vécu dans l'entourage immédiat de Jésus ne conservassent pas pieusement le souve-
4. Voir H. von Sopen, Das Inleresse des aposlolischen Zeitallers an der evangelischen Geschichte, Theol. Abh. C. v. Weizsäcker gewidmet, Freiburg i. B., 1892.
2. H. Gunkez, Die Wirkungen des heiligen Geisles nach «der populären Anschauung des apostolischen Zeitalters und der Lehre des Apostels Paulus, Gœttingen, 1888; Maurice GoGueL, La no-
‘ ion johannique de l'Esprit et ses antécédents historiques, Paris, 1902, p.435.
nir de ce qu'avait été, de ce qu'avait dit, de ce qu'avait fait leur maitre. Il n'était pas possible que ces souvenirs ne jouassent pas, dans leur vie, un rôle considérable et qu’ils ne devinssent pas un principe d'inspiration pour les circonstances les plus diverses. Ainsi, dès les premiers jours de la vie de l’Église, les souvenirs de la personne, de l’activité, des paroles du Christont dû être précieusement conservés comme uné source permanente d'inspiration.
Lorsque, au lendemain même de la passion, commença à se constituer une théologie chrétienne, le point autour duquel se concentrèrent les réflexions etles méditations de ceux qui avaient été les disciples de Jésus fut un fait d'ordre historique: sa mort. Ce fait paraissait en contradiction flagrante avec l'impression qu'avaient produite sa vie, sa personne, son activité. La nécessité de concilier ces contradictions fut pour la pensée chrétienne le plus puissant des stimulants.
Ainsi, à la naissance de la théologie chrétienne, se trouvent ‘les faits historiques et la tradition relative à ces faits. La pensée spéculative a pu élever sur leur fondement toutes sortes de constructions. Le fait qu'ils étaient à la base suffit pour différencier radicalement la théologie chrétienne de tous les mythes et de tous les mystères,
LE TERME D'ÉVANGILE x AA
quelque grande qu’ait pu être l'affinité entre les systèmes spéculatifs édifiés de part et d'autre.
Mais cet intérêt primordial des chrétiens à conserver le souvenir de la vie historique de leur maître ne suffit pas pour épüiser les raisons -qu'avaient les disciples de ne paslaisser s’'évanouir le souvenir de la vie terrestre de Jésus. Il avait été pour ceux qui avaient vécu prèsde lui l’incarnation de la plus haute autorité morale. On avait pris l'habitude de regarder à lui, d'attendre ses conseils, de s'inspirer de son exemple dans toutes les circonstances graves ou délicates. Lui disparu, l'autorité morale de sa personne ne s’évanouit pas; elle s’attacha, non plus à la personne vivante mais au souvenir, aux actes, aux paroles. Rien ne montre mieux la portée de cette autorité que l'exemple de l’apôtre Paul. Il n'avait pas connu Jésus, l’ascendant de sa personne ne s'était par conséquent pas exercé sur lui et il n'avait subi son influence que d’une manière toute indirecte. Il ne connaît cependant pas d'autorité morale plus haute que celle d’une parole de Jésus et il lui subordonne nettement la -+oun de l'inspiré, de l’homme qui cependant possède l'Esprit du Christ (1 Cor., 7, 25. 40).
Un triple intérêt s’attachait donc aux souvenirs conservés de la personne et de l’œuvre du Christ:
l'intérêt théologique qui ne pouvait faire abstraction de l'épisode terrestre du drame de la rédemption, l'intérêt humain: ceux qui directement ou indirectement avaient été en contact avec la personne de Jésus ne pouvaient laisser son image s'évanouir dans leurs esprits et dans leurs cœurs ; enfin l'intérêt moral, les paroles et les actes de Jésus étant considérés comme fournissant la solution des problèmes moraux et pratiques en présence desquels on pouvait se trouver. Ainsi s’explique que la communauté chrétienne n'ait jamais pu se passer de la tradilion relative à la vie historique de Jésus.
De la nature même de l'intérêt qui s’attachait à cette tradition, il résulte que l’on ne devait pas, à l’origine au moins, attacher un prix particulier à ce que la tradition conservèt une histoire cohérente de la vie de Jésus. Au point de.
vue spéculatif, la seule chose qui importait c'était le simple fait de la mort du Christ; au point de vue sentimental, c'étaient des paroles, des actes, des attitudes de lesquels s'était exprimée l'âme de Jésus bien plutôt qu'un tableau homogène de son activité; au point de vue moral auquel se joignit ultérieurement un point de vue doctrinal, ce qui importait c’étaient des faits isolés, des paroles, des actes, ce n'était pas l’ensemble de la vie de Jésus et Ê cohérence de ses divers éléments.
Ainsi, dès l'origine, l’Église avait besoin de traditions sur la vie de Jésus mais des souvenirs fragmentaires lui suffisaient pleinement. C'est à cette situation que correspondent, par exemple, les épitres de’ Paul qui supposent la connaissance de maint détail de l’histoire évangélique, mais non une tradition cohérente, organiqueetsystématique sur la vie‘de Jésus.