‹ Introduction au Noveau Testament (volume 3)Chapitre 113 sur 192 · DANS LE PROLOGUE DE L'ÉVANCILE · texte numérisé non relu

DANS LE PROLOGUE DE L'ÉVANCILE

« Le Logos est devenu chair, il a habité parmi

nous, lit-on dans le prologue, et nous avons

contemplé sa gloire » (1,14). Qui désigne ici la.

première Pnre du pluriel! ? Pour Spitta (p: 45 s.), le prologue ne parlait pas primitivement du Logos mais des disciples de Jean-Baptiste au milieu desquels, dans le désert, Jésus F4 ‘avait dressé sa tente. La transposition serait

bien hardie. Le style du morceau qui convient bien pour un résumé philosophique n’est pas naturel dans une relation historique. La question, d’ailleurs, n’a qu’un intérêt secondaire, puisqu'il s’agit de déterminer le sens de la 2 phrase considérée dans le prologue actuel, et non dans la source que l’évangéliste pourrait = - avoir utiliséé. ; | Deux interprétations sont possibles suivant qu’on entend le passage considéré comme un témoignage historique ou comme un témoignage religieux. Dans le premier cas, « nous » désigne: . rait un ou des disciples témoins du ministère de Jésus ; dans le second, il se rapporterait à dés = Rx | chrétiens qui ont fait l'expérience des bénédic- : tions que le Christ apporte à ceux He croient en lui.

Une présomption favorable . au &econd des

ET. SCHWARTZ (Z, p. 367) considère le v. . 14 comme interpolé parce que la première personne ne figure dans aucun autré 17 passage. Cependant, l’évangéliste se met implicitement en &* scène quand, dans la conclusion de 20,31, il s’adresse à ses lecteurs. En dehors du prologue et de la conclusion, il n'avait LEURS aucune raison d'employer la première personne. | ER

LE QUATRTÈME ÉVANGILE Ÿ

deux sens indiqués ressort du rapprochement

qu’il paraît naturel de faire entre notre passage et1,11-18. Les grâces visées dans ce passage sont certainement celles-là mêmes auxquelles il est fait allusion dans 1,16. Ce sont celles que les.

croyants reçoivent du Christ sans qu’il soit

possible d'établir aucune différence entre les-

diverses générations chrétiennes. Le verset 16 ne vise pas nécessairement le point de vue d’un contemporain de Jésus ou d’un témoin de son ministère. <> | Mais il n’y a là qu’une présomption. On peut encore la renforcer par divers arguments. Dans

un certain nombre de passages, 6:äc6ar (OU Gewpeiv

qui en est l’équivalent) se rapporte à la vision matérielle et naturelle (1,32. 38 ; 4,35 ; 6,5 ; 11,45) ; mais dans d’autres, ce sens ne saurait être admis et il faut penser à une vision spirituelle et mystique. Tel est le cas de 14,19 où

Jésus, parlant de sa mort, dit : « Le monde ne |

me verra plus, mais vous me verrez ».

Ces observations n’établissent cependant pas

qu’il soit impossible d’entendre : « il a habité au milieu de nous » comme se rapportant à la

présence de Jésus au milieu de ses disciples, et «nous avons contemplé sa gloire » comme une allusion aux miracles dont les apôtres avaient été les témoins.

gloire », certains exégètes ! rapprochent la conclusion du récit du miracle de Cana : «il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui » (2,11). La gloire est, pour eux, l’ensemble des manifestations et des signes qui ont permis aux

disciples de reconnaître, sous les apparences de

l’humanité, la réalité divine de la personne de |

Jésus. L'auteur de 1,14 se donnerait comme un des témoins du ministère de Jésus ; il parlerait

au nom de ceux qui en avaient été témoins avec

lui. Il est vrai que plusieurs des exégètes qui

acceptent cette interprétation, par exemple

Holtzmann (p. 44) et Loisy (p. 105), donnent à «nous » le sens de « les. chrétiens en général », sans distinguer entre ceux qui ont été directement témoins des miracles et les hommes des générations postérieures, qui ont reçu leur témoignage, Holtzmann, après Grill”, invoque, à l’appui de cette interprétation, le passage

# 1. ZAuN, Eïinl., II, p. 469 ; Comm., p. 79; WREDE, p. 2 ;

Jomannes Weiss, Aufgaben, p. 38 ; D. V@LTER, Jesus am Oelberg, N.theol. Tijdschr., 1915, p.16 5.; STANTON, TIT, p.141. LerpocpT, Johannesevangelium und Gnosis, Neut. St., p. 141. croit que l’emploi de l’aoriste impose cette interprétation.

2. J: Grizz, Untersuchungen, p. 101 ; HOLTZMANN-BAUER, p. 44. Loisy (p. 105) pense que l’évangéliste se donne comme témoin oculaire mais que le « nous » comprend aussi les chré- tiens des diverses générations. >

De la phrase « nous avons contemplé sa

Le., 1,1 où, dans l’expression « les choses qui

ont été accomplies parmi nous », « nous » ne peut représenter que les hommes de la seconde génération chrétienne à qui les événements de l’histoire évangélique ont été transmis par ceux qui en avaient été les témoins !. ;

Mais, même ainsi amendée, l'interprétation

de Zahn présenté un point faible, c’est qu’elle

supposé que le terme de gloiré a partout, dans l’évangile, et notamment dans 1,14, le même sens que dans 2,11, c’est-à-dire désigne la mani-: festation, sous les apparences de l’humanité,

du caractère surnaturel de la personne de Jésus.

C’est là négliger ce fait souvent observé, mais

trop souvent oublié par les exégètes, que la terminologie johannique est loin d’être parfai-

tement homogène.

On peut reconnaître, pour s’en tenir à l’essentiel, quatre acceptions bien distinctes du terme de gloire :

1° La gloire est un attribut de Dieu (11, 40) :

2° La gloire est un hommage rendu à Dieu,

. c’est-à-dire la manifestation ou la proclamation,

1. G.-P. WettTer (Charis, Ein Beitrag zur Géschichte des . aeltesten Christentums, Leipzig, 1913, p. 153) entend que le « nous » de 1,14 comprend à la fois tous les chrétiens et même les incrédules qui ont été les témoins du ministère de Jésus. L'extension ainsi donnée au «nous » paraît excessive.

soit pas. Dieu, soit par le: Christ, Soit par les hommes, d’un attribut divin (7,18 ; 11, 4 ; 12, 28 : 13,31 ; 14,18 ; 15,8 ; TE É AID ITON

39 La gloire est un attribut du Christ pendant son ministère terrestre (2,11) ;

40 La gloire est un attribut que le Christ possédait avant son incarnation et qui lui sera rendu au terme de son ministère (7,39 ; 8,54 ; 11,4 ; 12,16.28 ; 13,31.82 ; 16,14 ; 17,1.5.10).

Pour le passage 1,14, c’est entre les deux der: Ne

niers sens qu'il y a à choisir. La gloire n’est, d’une manière certaine, un attribut du Christ

pendant son ministère terrestre que dans 2,11:

En accomplissant le miracle de Cana, Jésus fait

agir, et, par là, laisse transparaître quelque chose

de la toute-puissance divine dissimulée sous les apparences de l’humanité. Mais ce n’est pas une

pleine révélation (æroxsud), ce n’est qu’une manifestation (vxvéowsx) de la gloire divine. Les

, disciples ont pu en deviner quelque chose, ils ne l’ont pas contemplée dans sa plénitude. Or, c’est une pleine contemplation, et non une vision passagère et fugitive, que suppose le terme de éfeacdueba employé dans 1,14.

Dans la prière sacerdotale, le Christ dit à Dieu : « Glorifie-moi de la gloire que j'avais avant que le monde ne fût » (17,5). Il y a ici deux idées également importantes : la première

ve NES Soûr

Page 1