Une hypothèse du même genre a été proposée par J.-H
BERNARD (The traditions as to the death of John the son of Zebe- dee, Irisch Church Quaterly, 1908, p. 51-66, cité par MoFFaATT,
Introd., p. 605). Bernard pense qu’il est question, chez Papias,
de Jean Baptiste et de Jacques, le frère de Jésus, et que
OAAEADOEAYTOYKATAKOBOEZ est une corruption de OAAEADOZTOYKYPIOYIAKQBOZ (le frère du ME ebRe
Jacques).
| dont, en bonne Ron il ne devrait plus se - préoccuper peur il serait, d’après lui, sans
valeur. : " Il HS qu’il faut le rapporter à Jean-Bap- Je
LE QUATRIÈME
Johannestradition, Z. N.: TOME PE 1914,
p. 189 s.), que Jean a dû mourir martyr avant
70, on comprend mieux une hypothèse comme celle de Bacon (p. 1445.) qui pense que Papias a
commis une confusion fréquente dans l’antiquité chrétienne, entre Jacques, fils de Zébédée, et.
Jacques, le frère de Jésus, et que Jean est mort
martyr en même temps que le second Jacques, à
l’époque des troubles qui ont précédé la guerre juive. Bacon fait remarquer que Josèphe parle (Ant, XX, 9,1) du meurtre de Jacques et de
quelques autres. Jean, d’après lui, serait de leur nombre et il serait fait allusion à la mort des deux hommes dans le passage Ape., 11,7 sur les
deux prophètes mis à mort. Quelque ingénieuse que soit cette hypothèse, elle ne nous paraît pas justifiée. Il n’y à aucune raison positive d'attribuer à Papias une confusion entre les
deux Jacques, quelque facile qu’elle puisse être, |
et la mort de Jean ne soulève pas plus de difficulté en 48 /44 qu’en 62 /68. RE
Il nous semble donc qu’il n’y a aucune raison
de ne pas donner au texte de Papias ce qui
paraît être son sens naturel et de ne pas admet-
tre que l’apôtre Jean est mort martyr en 48 /44,
en même temps que son frère Jacques. Le texte primitif d’Actes, 12,2 pourrait bien avoir été,
comme l’a conjecturé Wellhausen (Noten zur
ke D ue La | L'APÔTRE JEAN PUR RE er. LORSE
RENE Nachr. d. k. Ge d. Wi iss. 2.
Goetiingen, Ph.-hist. K1., 1907, p. 9), « Hérode fit périr par l’épée Fute et son frère Jean ». Il faut d’ailleurs observer que, si, en dehors du texte de Papias, nous n’avons pas, dans l’an-
cienne littérature chrétienne, d’attestation pré-
cise du martyre de l’apôtre Jean, il y a cependant un certain nombre d’indications qui apportent à la conclusion que nous avons formulée une confirmation qui n’est pas négligeable.
Il faut citer d’abord le témoignage de l’écrivain syriaque Aphraates qui, dans sa 21€ homélie (BerT, Aphraates des persischen Weisen Homi-
lien, Leipzig, 1888, T. U., III, 2, p. 347 s.), ne nomme à côté de Pierre et de Paul que deux
martyrs apostoliques : Jacques et Jean. De même
le gnostique Héracléon, dans un fragment con-
servé par Clément d'Alexandrie (Strom., IV, 9),
nomme comme apôtres qui n’ont pas subi le martyre, Matthieu, Philippe, Thomas, Lévi et plu- sieurs autres. Etant donnée l’importance attribuée à l’apôtre Jean, il est peu vraisemblable qu'il soit compris dans cette Jensen collective. ” - Ces deux Fe il 4 vrai, mien seulement le martyre de Jean, mais sans fournir aucune indicaticn sur l’époque où il fut subi par lapôtre. D’autres sont plus précis. Certaines
Eglises ont, jusqu’au me Sécle: célébré simultanément le martyre des Zébédaïdes et cela
est attesté par le plus ancien martyrologue syria-
que (il date, sous sa forme actuelle, de 412) qui, éommençant l’année le 25 décembre, donne le 26 le-martyre d’Etienne, le 27 celui des apôtres Jacques et Jean, à J érusalem, et le 28 le martyré,
à Rome, de Paul, l’apôtre, et de Simon Pierre, le chef des apôtres !. L'importance de ce témoi-
gnage est grande, elle ne saurait être diminuée par l'explication proposée par Bernard (The
Trish Quarterly Review, 1908, p. 51-66) et accep-.
téé par Harnack (Th. Ltzg., 1909, ce. 10 s.),
d’après laquelle les apôtres auraient figuré dans les anciens calendriers en leur qualité d’apôtres
et non de martyrs car, à l’époque où ces calendriers ont été composés et répandus, la tradition qui dissociait les martyres des apôtres Jacques et Jean était si dominante qu’on peut comprendre qu’une tradition plus ancienne ait été conservée mais non pas qu’elle se soit alors
constituée. On doit done, pensons-nous, considérer que la célébration commune des martyrs
Jacques et Jean apporte à la thèse de la mort
précoce de l’apôtre Jean une importante con-
firmation ;
Er
1 LIETZMANN, Die drei aeltesten Martyrologien, Bonn, : 1903 (Kleine Texte, n° 2), p. 9. — Cf. ScHwARTZ, Zur Chrono
III — La TRADITION ULTÉRIEURE
Le souvenir de la mort de l’apôtre Jean semble avoir disparu d’assez bonne heure sous lin fluence de la formation de la légende éphésienne de Jean dont nous aurons à nous occuper dans notre prochain chapitre. Heitmüller (Z. N. q W., XV, 1914, p. 208) pense que l'absence dans l’évangile de Luc de la demande des fils de Zébédée et le fait que le livre de Actes mentionne seulement la mort de Jacques (12,2) marquent
. déjà l'effacement de la tradition primitive, Son interprétation ne nous paraît pas s’imposer. Elle .
se heurte au fait que Matthieu, qui ne peut être
logie des Paulus, p. 267 ; Boussert, Theol. Rundsch., 1905, P.
229. Dans le martyrologue de Carthage, Jean Baptiste est substitué à l’apôtre Jean « VI Kal. Jan. sancti Johannis Baptistae et Jacobi Apostoli quem Herodes occidit ». Cette étrange association de Jean Baptiste et de l’apôtre Jacques constitue indirectement une confirmation de témoignage du martyrologue syriaque. Le calendrier arménien place le 28 décembre « festum sanciorum filiorum tonitrus Jacobi et Joannis evangelistæ » (Exiz Ecrr, Zweiter Commentar zu Wrighfs syrisches Martyrologium, Z. f. wiss. Th., 1891, p. 276 s.). Comme attestation de la célébration simultanée des fêtes de Jacques et de Jean, ERgBes (Petrus nicht in Rom sondern, in Jerusalem gestorben, Z. f. Kirchgsch., XXII, 1901, p. 201) cite le témoignage de
Grégoire de Nysse, L2 Basilio LEE Op III (Paris, 19882
cs p- 479.
" * , tbe D Ta ss ‘104 LE QUATRIÈME ÉVANGILE
de beaucoup postérieur à Luc, a reproduit lépisode en se bornant à l’atténuer par l’attribution de la démarche faite auprès de Jésus à la mère au lieu des fils. Le silence du troisième ‘évangile sur un incident dans lequel les fils de Zébédée n’apparaissaient pas sous un jour très favorable peut s’expliquer plus simplement par la tendance que l’on constate ailleurs aussi dans la tradition évangélique à effacer ce qui pouvait passer pour incompatible avec l’autorité sans cesse grandissante reconnue aux apô- Tes re .
Quoi qu’il en soit, à partir de l’époque d’Irénée, on rencontre, d’une manière de plus en plus explicite, une tradition d’après laquelle l’apôtre
Jean serait venu se fixer à Ephèse et y aurait:
véeu jusqu’à un âge avancé. La légende s’est plu à parer de traits divers la figure du patriarche d’Asie Mineure. Il s’est ainsi constitué tout un cycle de traditions dont sont sorties les différentes formes des Acta Johannis qui constituent un
. des groupes les plus importants et les plus inté-
ressants de l’ancienne littérature hagiographi-
que et dont les spécimens les plus caractéris-
tiques sont les Acta Johannis de Leucius Charinus que Zahn (4. J., p. CXLVIII) date d'avant 160 et probablement même d’avant 140, et
Hennecke (Apok., p. 424) de 150-180, et le récit.