‹ Introduction au Noveau Testament (volume 3)Chapitre 85 sur 192 · LA DIALECTIQUE JOHANNIQUE REA · texte numérisé non relu

LA DIALECTIQUE JOHANNIQUE REA

. Un auteur qui juxtapose les éléments de son. PE sans établir entre eux d’é étroite liaison logique n’est pas un dialecticien rigoureux. Le qua- 1 trième évangéliste ne s’attache pas à démontrer : des thèses par un ‘enchaînement serré de ses matériaux. Il se borne à les exposer en laissant. à ce qu’il dit le soin de produire sur ses lecteurs Peftet qu’il recherche. | RAS L'absence d’une construction Fe serrée aussi bien dans les récits que dans les discours ressort de la rareté des particules de liaison et de l'emploi courant de la parataxe. Dans chaque morceau particulier lévangéliste procède par juxtaposition et non par enchaînement. Ils ’at- : tache à montrer non à démontrer. | Quelques exemples justifieront cette appréciation. Prenons d’abord la partie du quatrième évangile dans laquelle il y a sans doute l’enchaî- nement le plus HEURE de la pensée, c’està-dire le prologue. La pensée n'y progresse NDS 0 par l’analyse d’une idée exprimée au début, ni | 152 par le développement de cette idée ou l’indication des conclusions qui doivent en être tirées.” 702

ment courtes et indépendantes les unes des autres

ou du moins qui ne sont reliées les unes aux autres que par le fait qu’elles se rapportent au

même objet. Ainsi est indiqué d’abord ce que Eee : : ‘

Logos est en lui-même et par rapport à Dieu. So (1,1.2), puis son rôle dans la création (1,8. 4), la- . ne Ce

révélation qu’il apporte aux hommes et qui n’est pas acceptée par eux (1,4-5. 9-10), celle

qu’il à réalisée dans le peuple d'Israël et les # effets qu’elle a eus pour ceux, en petit nombre, qui l’ont accueillie (1,11-13), et enfin la RENNES

tion accomplie par son incarnation (1,14. 16- -18)7 Dans le prologue l’évangéliste médite sur le. Logos, sur son œuvre dans le monde, dans la

religion d’Israël et dans le ministère de Jésus. À Il exprime successivement les différentes pen-

sées qui se présentent à son esprit. On peut faire “les mêmes observations pour les morceaux où 1 développement de la pensée est interrompu ou en. partie provoqué par les objections qui ne saisissent pas où qui repoussent l’ensei- gneément du Christ. C’est ce type de développement qui est le plus fréquent dans le quatrième évangile. L’entretien de Jésus avec Nicodème

Pr en fournit un exemple très caractéristique. A

l’entrée en matière très générale de Nicodème

(8,1-2), Jésus répond par l’énoncé du principe :

to}

aussitôt OR coton 5 : Contents un one L nu à la vieillesse, Routes naître de nou- :

veau ? » (8-4) Jésus ne répond pas directement mais se borne à affirmer à nouveau le principe posé en insistant mais, en même temps, en le + ÉRROE : «Si quelqu'un ne naît d’eau et d'Esprit, dit-il, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (5). Puis vient la déclaration sur Fee de ce qui est né de la chair et de ce qui est né de l’Esprit et la comparaison avec. fs vent dont on ne voit que les effets mais dont on ne sait ni d’où il vient ni où il va, comparaison destinée à montrer ce qu’il! y a de mystérieux Let d’insaisissable dans l’action de l’Esprit (6- 8). Nicodème ne comprend pas et Jésus prend, en quelque sorte, acte de sor inintelligence (9-10). Dans ce morceau il n’y a ni développement, 1 HET argumentation, ni explication, il y a constatation que l’être charnel est incapable de saisir les vérités spirituelles et qu’il est impossible de les lui faire accepter si cela ne lui est pas donné par Dieu. Cette constatation de l'impuissance de la dialectique, de l’inutilité D démonstretions *

1. Le mot ävwbey signifie à 1 fois « de nouveau » et « d’en haut ». L'emploi d'expressions à double sens est Requis. chez l’évangéliste. Voir p. 213, 230.

Là

mais et à montrer la vérité. “ Le quatrième évangéliste n’est pas un dialec- ; ticien comme l’apôtre Paul, habile à enfermer ses adversaires dans un raisonnement étra les. ‘contraindre, en partant de ce qu’ils admettent, à aboutir à ce qu’il veut leur faire admettre. Il n° rien de la véhémence qu’apporte Paul à démo les objections qui lui sont faites. C’est un contemplatif, AE AE l’étonne et presque 1

ne il n’a rien à lui opposer et. “quand il L

pensée avec ce qu’ ’on Fest tenté d? appeler un doux entêtement. Il ne peut comprendre qu’on ne oise pas sa foi et ne parvient à se l'expli- quer qu’en pensant à UE entre) la chair et l'esprit ?.

:* On doit encore signaler l’emploi, par le qua- | trième évangéliste, de quelques procédés dialectiques qui donnent à ses exposés et à ses développements une physionomie très caractéristique. | 1. On pourrait faire exactement les mêmes constatations

à propos du discours sur le pain de vie, au chapitre 6, 26 s.

| 2. WEINEL (p. 582) met, avec raison, ce caractère de la dialectique johannique en rapport 3 avec Je tempérament mystique de l’auteur. Ê

F Un a plus Frs de: l'emploi de for 9 PR en Den sens différents, les Juifs audi- D

sens spirituel. La ten se ee .

avec l'apparence d’un perpétuel malentendu, d’un véritable coq à l’âne, mais d’un malentendu qui permet à Jésus d'exposer sa pensée d’une manière complète pour les initiés. C’est ainsi que dans 2, 19 s., le Temple, pour Jésus, désigne son corps et pour les Juifs le bâtiment de Jérusalem; dans 3,8 s. Jésus et Nicodème entendent la. nou- velle naissance dans deux sens qui n’ont rien de commun ; dans 4,10 s. et dans 6,31, le pain ee l’eau désignent, pour les interlocuteurs de Jésus, un aliment et un breuvage matériels tandis que Jésus n’a en vue que des réalités spirituelles PCT. encore 11,11: Le sommeil de Lazare.11,50s.: Un seul homme meurt pour le peuple. 19, 5: Voilà l’homme. 19,15. 19 : Le Roi des Juifs).

% 1. WeEDE, p. 15 (cf. Das Messiasgeheimnis, p. 199). REIT- __* ZENSTEIN (Poimandres, p. 246 s.) remarque que le même procédé est employé aussi dans les écrits hermétiques et notamment au !. XIII (XI V) du Poimandrès, précisément à propos de la nouvelle naissance. KrrBS (Der Logos als Heiland im ersten, Jahrhundert, Freiburgi.B., 1910, p.165 s.) objecte que ces sortes de discussions sont Éd dans les enseignements des rabbins. Il reconnaît, dans l’opposition du sens matériel au sens par spirituel, un écho des objections qui étaient réellement faites à

Le:

. indépendamment l’un de l’autre. C’est d’ailleurs le propre de

yeux, l'évangéliste + use mere ne la de tition. Celle-ci se présente sous diverses formes, | d’abord répétition pure et simple des phrases ou des formules qui constituent le thème ou le leit-motiv des Fun tres d’eau 1,26. 31. 33, :

5,31. 32; 8, 13. 14, le pain descendant du co | 6,33. 41.50. .51 58) (cf: ABBOTT, Grammar, p. 487 s.). AN DER $ Le redoublement se présente parfois sous une forme un peu différente, tantôt il y à ‘juxtaposi- Le tion de deux affirmations, 1,7 : « il vint pour le témoignage, pour rendre témoignage à la.

vérité »; ; 4, 28. 24 : 1€ Les : vrais de Hi adorent

Jésus. Cette opinion paraît difficile à admettre pour des développements purement théologiques comme les entretiens avec À Nicodème et avec la Samaritaine. L'’analogie de procédé dialec- * tique ne permet pas de conclure à un contact direct ou indirect entre le quatrième évangile et la pensée hermétique. Le genre d’objection considéré est un procédé si simple et si Datutel pour souligner l° opposition du sens $pirituel et du sens matériel que deux auteurs peuvent parfaitement y avoir eu recours, A

la dialectique des mystiques que de constater l'incapacité de comprendre des non-initiés ; or, l’objection frivole est précisément ur moyen de souligner cette inintelligence. Dans le ” domaine de la dialectique, REITZENSTEIN (Poimandres, p. 147)

44 :x sie TA signale encore une autre affinité entre le quatrième évangile ER DE

| aimiez ie uns se autres. Er que vous vous aimiez les uns les autres. » Tantôt certaines RAR assertions sont renforcées par la juxtaposition de. j formules affirmatives et négatives, ainsi LIST «Ils ne sont nés ni du sang, ni de la volonté de {| la chair, ni a la volonté de l’homme, mais de. . Dieu. » 1,20 :’ « Il le confessa et ne le nia pas. » FES 16 : « Afin que quiconque croit en lui, ne périsse pas, mais ait la vie éternelle. ) ET 3, LT 5 5,24, ete). ar AT te . Tout cela dénote un Ses manque d’habi- leté dans l’exposé de la pensée. La dialectique de l’évangéliste manque de souplesse. L° auteur ne / parvient pas à exprimer directement une pensée ETA un peu nuancée, il procède par retouches sans arriver du -premier coup à trouver la note

à gi À c et les écrits hermétiques : c’est l’idée que certains enseignements ne peuvent être donnés aux hommes que sous une forme enveloppée et nuageuse et qu’ils ne seront pleinement compris qu'après que le fidèle aura reçu le Paraclet (Jn., 14, 23-26 ; 16, 25), ou aûra passé par la nouvelle naissance ? (Poimandres, XIII (XIV) 12: Hermès parle apr oÈSs DE LE SET où rahavyo, ill explique, en disant : ToùTo To YEVOc, © Téxvov, où diôdoxetar &ÀÀ'ôtay 0éAn nd Toù Gedu RARES Ici encore, il n’est pas nécessaire de supposer un contact direct ou indirect. Tout s'explique suffisamment par l’idée que le non-initié est incapable de saisir la vérité Cire mystique tant qu’il n’a pas “ad une révélation supérieure.

Le siens ne l'ont pas ». 8, 3,38. 33 1€ «Person

8 15. 16 : «€ Fri ne juge personne ; e. ROPAOIE Grammar, p. 466 20

-% 4 = w FA À 7" vs : (4 “ EF # x La Po 1 . + 2 ; ; “ ‘ ï Æ ” J à Ge :

F k + Se i te r n 1 £ Fa f t "1 Û [e .

ES * Li à & :

+ es + j [1 à D à æ. \ CRE PO Î 4 EE AT: À EURE L } | LT ' * ÿ Ÿ

Page 1